On n’en finit plus de dévoiler les horreurs de la libéralisation des différents secteurs économiques, et toutes les dérives cruelles du néo-libéralisme. Que ceux qui veulent encore supprimer des services publics sous prétexte de coûts exagérés entendent enfin que la privatisation ne réduit pas les coûts pour le client, bien au contraire, et que le service effectué est bien souvent moindre.
/image%2F2174873%2F20251210%2Fob_1f9259_vulture-4667576-1280.jpg)
J’ai déjà lu Les Ogres (sur la gestion privée des crèches), Les fossoyeurs (sur la gestion privée des maisons pour personnes âgées dépendantes), et maintenant "Les charognards" enquête qui concerne la gestion privée des Pompes Funèbres.
Je rappelle tout de suite que la caractéristique de tous les secteurs libéralisés, c’est qu’il se constitue très vite des grands groupes qui éliminent la concurrence (donc tous les « bienfaits » supposés pour les consommateurs) et finissent par dicter les normes, sans que les pouvoirs publics soient encore capables d’exercer une vraie régulation. Car c’est bien là qu’il faudrait retrouver des services publics armés et compétents : dans le contrôle et les sanctions.
/image%2F2174873%2F20251210%2Fob_334a11_gvkuvtdgqfechlazw3sbxejr5i.jpg)
« En 2019, la Cour des comptes sonne déjà l’alarme. Selon les magistrats financiers indépendants, l’ouverture des services funéraires à la concurrence « a plus [profité] aux opérateurs qu’aux familles endeuillées ». Insuffisamment contrôlé, le secteur se caractérise, à leurs yeux, « par sa concentration, la hausse des prix et [son] manque de transparence ».
/image%2F2174873%2F20251210%2Fob_f70020_une-hyene-tachetee-crocuta-crocuta-don.jpg)
En effet, le business est pris en charge par deux grands groupes qui assurent 1/3 des obsèques de la France : OGF et Funecap, plus connus pour leurs marques PFG et Roc Eclerc.
OGF : Omnium de Gestion et de Financement possédé, depuis 2018, et à 74 % par un fonds d’investissement canadien, Ontario Teachers, destiné aux retraites des enseignants de ce pays
Funecap : une holding détenue également par un conglomérat de fonds d’investissement.
Vous pouvez imaginer, avec le vieillissement de la population et l’arrivée des « boomers » vers le moment de leur fin en ce monde, que le marché est en pleine expansion. Le COVID, disent ces grands humanistes qui s’enrichissent sur la mort, n’a été qu’une « avance sur recettes », les plus fragiles ayant été « balayés » plus rapidement que prévu. Mais ce qui est vraiment épouvantable, c’est de penser que même nos « morts français » ne bénéficient pas à la France puisque tous les profits servent à des caisses de retraite et fonds d’investissement étrangers.
/image%2F2174873%2F20251210%2Fob_8b024c_pompes-funebres-le-non-respect-des-for.jpg)
Voyons maintenant comment concrètement ces opérateurs assurent un service qui devrait être public.
Et voilà ce que révèle cette enquête menée sur un an auprès des 100 personnes et très documentée :
/image%2F2174873%2F20251210%2Fob_c37a82_charognard-061409.jpg)
L’un des cas les plus alarmants rapportés est celui-ci : un défunt en état de décomposition avancée — censé être isolé dans une « cellule négative » adaptée aux corps sensibles — a été placé avec d’autres dépouilles parce que la cellule n’était “pas fonctionnelle”. Résultat : des asticots issus de la décomposition ont contaminé les autres corps. Un membre d’une famille qui embrassait un mort, a failli se trouver en face d’un asticot qui sortait des narines de son proche.
/image%2F2174873%2F20251210%2Fob_580dae_vautour-064446.jpg)
Ce type de non-respect des procédures d’hygiène met également en danger le personnel : des porteurs chauffeurs chargés de transporter les corps — parfois décédés depuis un certain temps — ne disposeraient que de gants fins comme protection, dans un contexte à hauts risques infectieux.
« Chez Funecap, la sensibilisation à la santé et à l’hygiène, c’est zéro »
Dans certains cas, les agents auraient dû “forcer” la fermeture de cercueils (par exemple en frappant le couvercle avec une masse parce que le front du défunt empêchait la fermeture). Plus grave encore certains employés seraient contraints de briser les os de morts pour les faire rentrer dans un cercueil (technique d’expédition) trop petit.
Ces scandales sont bien entendu étouffés et les familles, mais aussi les salariés, signent des accords de non-divulgation dans la presse, ce qui nuirait au « commerce ».
/image%2F2174873%2F20251210%2Fob_d89b61_vautour-fauve-2-scaled-1000x1000-c-cen.jpg)
Dans ces conditions et s’agissant d’un « travail » très mal rémunéré et stressant, car au contact de la tristesse et des adieux définitifs, les salariés sont difficiles à recruter et le turn-over est important. Les craquages et burn out sont fréquents.
Le moment des obsèques est un moment sacré, intime, solennel, et il est transformé par ces opérateurs, en une prestation facturable, standardisée et froide, où le respect est sacrifié sur l’autel de la rentabilité.
/image%2F2174873%2F20251210%2Fob_4b0b51_mozart-mort.jpg)