Comme mon précédent post sur le business de la mort a fait forte impression sur mes lecteurs, il m’a été demandé une publication plus « légère » pour donner un peu d’optimisme à mon blog.
J’ai donc trouvé dans ma vie quotidienne de quoi être bien plus frivole.
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Surtout que parallèlement, l’actualité n’a jamais été aussi angoissante : Les Américains considèrent que l’Europe est une ennemie à abattre, Les Russes se proposent justement de la dépecer, de par le monde les tyrannies prennent peu à peu la place des démocraties. En France, les partis politiques tendent presque tous à nous offrir l’image de la corruption et du non-respect des institutions, l’instabilité gouvernementale est entretenue par celui qui aurait dû assurer la cohésion nationale, et, last but not least, notre pays s’enfonce dans la dette et la pauvreté.
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Mais les parisiens (que j’adore) continuent de mener leur petit bonhomme de chemin, un peu comme les pêcheurs, dans les estampes japonaises, tournent le dos à la scène centrale remplie de guerriers et de combats sanguinaires, et continuent sereinement à taquiner le goujon, indifférents aux tumultes du monde.
La vie des Parisiens est rythmée par les encombrements, les travaux dans la ville, et leurs petits soucis quotidiens.
En voilà un exemple, car je viens de traverser tout Paris d’ouest en est, aujourd’hui, en bus.
Aux heures creuses, c’est très intéressant d’observer les autres voyageurs, qui engagent d’ailleurs volontiers la conversation.
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Devant moi, une dame toute petite, toute fragile, avec, sur les genoux, une immense panière à chat d’où l’on apercevait le museau d’un bel animal roux. Comme j’aime les chats, je la félicite sur la beauté de son animal. On dit que les chats roux sont plus intelligents que les autres. Elle acquiesce : « En tous les cas, ils sont vraiment différents : J’en ai trois, trois chats roux. Je les ai recueillis par hasard, l’un est venu de lui-même, l’autre m’a été donné et le 3° est resté chez moi, car je suis famille d’accueil pour chats ».
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À ce moment de la conversation, une grosse dame africaine, à l’arrière du bus, se met à crier :
« Monsieur, pourquoi vous ne vous êtes pas arrêté à Denfert ? »
Le chauffeur ainsi interpellé lui répond : « Je vous l’ai dit, l’arrêt n’est pas assuré en ce moment à Denfert à cause des travaux, descendez à la prochaine station. Je ne suis pas autorisé à vous ouvrir la porte. »
La dame hurle : « C’est toujours comme ça, vous ne m’avez rien dit du tout, je ne savais pas que vous alliez continuer sans stop, et moi, il va falloir que je marche, vous le faites exprès ». Elle se retourne vers sa voisine, une jeune femme voilée et ajoute :
« Sur cette ligne de bus, tous les chauffeurs se donnent le mot pour me harceler, c’est évident, ils me guettent, c’est toujours comme ça ; c’est parce que je me suis un jour disputée avec une de leurs copines. Maintenant ils se concertent pour me créer des ennuis, mais il y a bien quelqu’un au-dessus de ce chauffeur, j’irai me plaindre » .
La voisine voilée lui répond seulement : « Dieu est grand ».
Ce qui fait rire le couple assis derrière moi qui commente ainsi : « Ah bon, on croyait que c’était Macron qui était grand !!! ».
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La dame aux trois chats orange décide d’empoigner le panier où se prélasse son matou géant, et de quitter le bus rapidement dès que l’arrêt est possible. Elle est ensevelie sous son encombrant fardeau, elle si menue et frêle. Elle est suivie par la grosse dame africaine qui hurlait. Et qui maugrée toujours.
Enfin au calme, nous entamons la conversation avec le couple assis derrière moi. Le bus ayant bien du mal à se frayer un passage, nous parlons logiquement des travaux qui empoisonnent la ville depuis ces dernières années. La critique porte sur les aménagements d’espaces verts, créés un peu partout et qui créent des embouteillages monstres.
Nous convenons aisément que rien ne va, rien n’est fait correctement.
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Les bancs verts, par exemple, qui faisaient la carte postale parisienne depuis une bonne centaine d’années, sont remplacés par d’horribles blocs de bétons, durs et froids, inconfortables aux derrières lassés des parisiens fatigués. Les espaces verts sont laids, car par économie, les décideurs font appel à n’importe qui pour planter des arbres squelettiques de ça de là , et pas à des paysagistes compétents. Les clochards s’installent sous des tentes hideuses qui perturbent les perspectives d’une des plus belles villes du monde. Enfin, la circulation automobile, chassée du centre-ville, a été remplacée par l’arrivée massive de trottinettes électriques, gyroroues, et autres hoverboards, qui menacent les passants par des vitesses excessives et une conduite inconséquente. La femme derrière moi a eu très peur quand elle a vu, la veille, une jeune fille slalomer entre les voitures, griller le feu rouge, et finir par faire piler de justesse une moto sous le nez de laquelle elle s’est crue autorisée à traverser.
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Après ces constats indéniables, il est clair que la mairie de Paris est tombée sur la tête, nous en sommes tous les trois facilement tombés d’accord.
La femme me dit alors : « heureusement, ils reconstruisent les pissotières !! Pendant longtemps il ne restait qu’une seule vespasienne, boulevard Arago. Et elle avait été peinte en doré, c’était magnifique ! »
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Effectivement, au XIXe siècle, les vespasiennes étaient partout dans Paris. Initialement, elles servaient même de supports publicitaires, puis, fin XIX°, les deux rôles ont été dissociés : les urinoirs d’un côté, et l’affichage de l’autre, assuré par les fameuses colonnes Morris.
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Peut être que les vespasiennes faisaient aussi partie de la beauté de notre capitale ?
Nous nous perdons dans ces considérations esthétiques et historiques pendant un moment. J’ajoute que ces équipements étaient destinés aux seuls hommes et que nous, les femmes, n’y avions aucun bénéfice. La dame derrière moi me recommande alors un petit équipement portatif qu’elle a trouvé dans une boutique de Tout-Pour-Rien et qui consiste en une sorte d’entonnoir, armé d’un tuyau aboutissant à un récipient, bien pratique pour recueillir les urines des femmes.
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Vous reconnaitrez que tous ces échanges fort passionnants sont bien éloignés de la Russie, de l’Amérique, de la situation de pré-guerre mondiale et de tous les sujets d’inquiétudes que nous supportons tous les jours. La vie parisienne vaut mieux que toutes les chaines d’info en continu.
En tous les cas, la méditation sur les urinoirs parisiens et le bon conseil sur l'urinoir portatif pour femmes, m’ont bien détendue et ça, ça vaut de l’or par les temps qui courent !
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