Depuis que les cerises ont rougi dans le cerisier, mon chat passe son temps sur l’arbre. Non, mon chat ne s’est pas mis à croquer les cerises, simplement ces fruits attirent les merles et les autres oiseaux de la ville et mon chat, plein d’optimisme, se dit qu’il va bien finir par en attraper un. Je précise tout de suite pour les défenseurs des petits oiseaux, qui protestent contre l’extermination des piafs en maudissant les chats, que le mien n’a été élevé qu’à l’intérieur et qu’il n’a absolument jamais réussi à crocheter un volatile, ni avec la patte, ni avec les dents. Je m’étonne d’ailleurs qu’ayant vécu toute son enfance de chaton dans un appartement et n’ayant donc jamais reçu de leçon de sa maman chat pour lui apprendre à chasser à autre chose de volant que les mouches, je m’étonne donc qu’il ait si bien conservé le comportement atavique du chasseur tapi sur l’arbre.
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Mais visiblement, il est à son affaire. Il se cache parmi les feuilles épaisses, derrière les grappes de fruits, et ne bouge pas une seule moustache pendant de longues minutes, voire heures. Et comme il est parfaitement silencieux, parfaitement attentif, à l’affût, patient, plein d’espoir, il se pourrait qu’à la fin, il y arrive. J’espère que non d’ailleurs. Mais peut-être que lui aussi, il ne veut pas vraiment attraper un merle, finalement. Il semble très heureux au sommet de l’arbre, on le verrait presque sourire. Et il redescend dès que je l’appelle, tout content de lui, alors qu’il a passé son temps à guetter. Il parait que l’affût est une activité nécessaire au psychisme du chat, ce petit prédateur arboricole aux yeux ensorceleurs.
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J'en reviens aux défenseurs des petits oiseaux et de la faune sauvage (s’il s’agit des rats et mulots parisiens, je ne vois pas du tout l’utilité de les protéger). Et aux chats en général. Qui sont, sans nul doute, des prédateurs, même si le mien est si parfaitement civilisé (et aussi bien nourri) qu’il n’a conservé des chasseurs que le comportement sportif, sans réussir jusqu’à présent à saisir les proies qu’il convoite. Mais à entendre les piailleurs soi-disant écolos, les chats seraient à l’origine de la disparation des moineaux et de toutes les espèces volantes à Paris. La colère de ces militants irait jusqu’à tuer nos petits mammifères s’ils venaient à passer dans leur périmètre. Des scientifiques australiens ont ainsi demandé « des restrictions sur le nombre maximum de chats autorisés par foyer, la stérilisation obligatoire et l’enregistrement des chats de compagnie, des couvre-feux, l’obligation pour les chats domestiques qui errent à l’extérieur de porter sur un collier des agents de dissuasion de la prédation ou le confinement obligatoire des chats sur le terrain de leurs propriétaires », même s’il est clair que ces restrictions ne feraient pas augmenter le nombre des animaux sauvages aux alentours.
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J’ai l’impression que les chats sont devenus des boucs émissaires bien commodes car comment évaluer les dommages causés à la faune par nos si jolis compagnons ? J’ai lu une statistique complètement farfelue qui estimait à près de 300 millions le nombre d’animaux sauvages occis au Royaume-Uni, par les 10 millions de chats. Il est évident que personne ne peut calculer réellement combien d’animaux ont pu se trouver dans les griffes des chats, à supposer que tous aient un compteur autour du cou, car certains chats ne sortent pas, et que d’autres n’arrivent jamais à leurs fins. Cela ferait 30 proies par an et par chat, soit 2 par mois.
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Si les chats sont correctement nourris, je suis certaine qu’ils n’attrapent pas grand-chose, et d’ailleurs certainement principalement des souris et des lézards, mais pas d’oiseaux ou de chauve-souris. De là à en faire des ennemis publics numéro 1, plus nocifs à la planète que la bombe H, il y a juste la marge d’une haine gratuite et d’un fascisme de la pensée qui ne m’étonne pas chez ces jusqu’au boutistes de l’ornithologie. L’actualité nous montre que ces militants ne sont pas eux-mêmes inoffensifs. Le couple d’ornithologues qui vient de décéder du Hantavirus, l’avait contracté sur une décharge près d’Ushuaia, où ils étaient allés admirer une sorte d’oiseau particulier. En espérant, au moment où j’écris ces lignes, qu’ils n’aient pas contribué à une pandémie gravissime, je me dis que les passions devraient toutes être modérées, et que risquer sa vie pour voir des oiseaux est bien plus stupide encore que de dénoncer nos chats.
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Il faudrait plutôt réfléchir à ce qui cause la disparition des insectes, abeilles, mésanges et chauvesouris. S’agissant des abeilles, évidemment les chats n’y sont pour rien. Les néonicotinoïdes non plus. Depuis qu’ils ont été interdits en France, les abeilles continuent de mourir.
À Paris, les rongeurs courent dans les rues. Les chats ne peuvent pas remplir leur rôle. Quant aux mésanges, merles, rouge gorges, étourneaux, moineaux, ceux qui auraient pu être capturés par nos délicieux félins, sont, je le parierais, des animaux faibles ou malades, qui n’auraient pas passé l’hiver. C’est la loi de nature. Et c’est tellement une prouesse que d’arriver à saisir des animaux volants, que je n’imagine pas que le chat puisse, malgré ses qualités de souplesse et de rapidité indéniables, s’emparer d’oiseaux en bonne santé et vigoureux.
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Il nous reste les pigeons, perruches, corbeaux, pies et geais que je vois régulièrement dans mon jardin. Et qui sont bien trop gros pour les canines de mon chat.
Évidemment aussi, si on vit dans une petite île tropicale pleine d’oiseaux exotiques et qu’on y introduit tout à coup nos petits félins, le carnage me parait assuré. Mais ce n’est pas le cas en ville. Les chats y vivent très souvent en appartement et ne sortent jamais, je ne vois pas comment leurs instincts de chasseurs pourraient être comblés.
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Le mien a donc son cerisier et je ne me lasse pas d’admirer sa constance. Finalement, c’est lui qui me sert d’épouvantail à oiseaux et qui me permet de distraire quelques cerises aux appétits des merles. Ceux-ci ont par ailleurs, une façon désagréable de se servir sur l’arbre. Ils picotent la cerise et la font tomber à moitié dévorée. Quel gâchis ! Heureusement que mon chat, bien déguisé parmi le feuillage, met ces gaspilleurs en fuite. Si je pouvais lui apprendre à cueillir les cerises, cela m’éviterait l’échelle et le travail !!!
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