Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Billet d'humeur n° 7: Soir d'été

Billet d'humeur n° 7: Soir d'été

Moi : Viens, on va prendre le frais dans le jardin. Il fait beau, le soir tombe et on a bien besoin d’un moment de répit. On sera bien, là sous le cerisier.

Lui : Oui, oui, mais il est où Willy ?

Moi : T’inquiètes pas du chat, il va venir avec nous. Tu vas voir, dès qu’on sera installé, il va venir se coucher près de nous. Il adore être proche de nous.

Lui : Ah, le voilà. Viens mon Willy, viens là. Au fait, il a mangé ?

Moi : je t’ai dit tout à l’heure qu’il a fini toute sa gamelle. Il est déjà assez gros, faut pas le gaver.

Lui : non, mais il n’est pas gros et je m’inquiète pour lui, il faut lui donner ce qu’il aime.

Moi : il ne fait pas vraiment pitié. Il pèse déjà plus de 5 kgs ce malheureux chat. Allez, viens t’assoir sur la chaise longue. Ouh ! on est bien, il y a une petite brise du soir pas désagréable.

Lui : et on va faire quoi maintenant ?

Moi : on va deviser, c’est tout. Ah, mais j’ai une idée. Tu ne voudrais pas que je te lise quelque chose ? . Quelque chose que je connais et que j’aime bien, je sais pas, comme…..les fables de La Fontaine.

Lui : oh non, tu ne vas pas me lire Le Corbeau et le Renard, ou tu sais, comment c’est cette  histoire avec des petites bêtes… Comment tu dis, ces trucs-là qui sont petits. Machin, truc et …je ne me souviens plus. Où il est le chat ?

Moi : Il est là, sous ta chaise longue, il n’est pas perdu. Hein Willy, t’es un gentil chat, toi ? Un peu gros, mais gentil. Je ne vais pas te lire la Cigale et la Fourmi ? Non, non, je pense à d’autres fables. Ou alors, j’ai une meilleure idée. Victor Hugo.

Lui : c’est des vieux trucs ça ?

Moi : très vieux, effectivement. Tiens je vais choisir une histoire avec un vieil homme, au même âge que toi, un peu plus « jeune ».

Lui : ah oui, il a quel âge ?

Moi : Cinq ans de moins que toi, il a 80 ans.

Lui : Je connais pas, je sais pas. Et le chat, il a mangé, tu lui as bien donné, tu es sûre ?

Moi : Sûre et certaine, il a le ventre plein. Victor Hugo raconte l’histoire  de Booz, un homme de 80 ans et ça se passe dans des temps très anciens, bien avant le Christ, c’est dans la Bible. Je peux commencer, alors ?

Lui: vas y. Le chat est bien là-dessous. Il aime bien être avec nous.

Moi : je prends mes lunettes, sur le téléphone, je n’arrive pas à lire sans mes lunettes. Voilà, on y va, j’ai trouvé le texte, merci Google

Moi : « Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.

Ce vieillard possédait des champs de blés et d’orge ;

Il était, quoique riche, à la justice enclin ; »

Tu vois, c’est un vieillard, mais il travaille encore dans sa ferme, c’est le temps des moissons, ils font les moissons, ils fauchent les blés. À l’époque ça devait prendre du temps. Pas de tracteurs, il fallait tout faire à la faux.

Lui : ils avaient des faux ? c’étaient  des hommes de la préhistoire ?

Moi : Non, de l'Antiquité, mais pas de la préhistoire. C’était un homme juste et bon, ce qui n’est pas la caractéristique de ceux qui sont riches. Tu es d’accord ?

Lui : oui, c’est drôle comment c’est écrit.

Moi : c’est Victor Hugo, un grand génie. Ecoute :
"Les femmes regardaient Booz plus qu’un jeune homme,
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.
"

Tu as vu, tu as encore toutes tes chances toi aussi, non ?

Lui : Qu’est ce que tu veux dire ?

Moi : Booz, était vieux, mais il plaisait encore aux femmes.

Lui : Ah !, mais moi je reste avec toi.

Moi : je plaisantais. Ecoute voilà que l’on voit le rêve de Booz :

"Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne

Qui, sorti de son ventre, allait jusqu’au ciel bleu."

Tu trouves pas que c’est, hum, un peu explicite, non ?

Lui : c’est quoi, ce chêne ? Tiens le chat va grimper sur le cerisier, lui.

Moi : un arbre, il va engendrer une lignée. Avec son sexe…d’ailleurs il a bien compris le sens de son rêve :

« Et Booz murmurait avec la voix de l’âme :

« Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ?

Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt,

Et je n’ai pas de fils, et je n’ai plus de femme. »

Lui : alors il va faire comment ? «

Moi : c’est là qu’il y a un petit mystère. Figure-toi qu’à l’époque, on faisait venir de la main d’œuvre étrangère pour aider aux travaux des champs. Et, aux pieds de Booz dormait, à peine vêtue, Ruth, une étrangère, une immigrée quoi. Et cette Ruth , ce n'est pas du tout une allumeuse. Elle ne sait même pas pourquoi elle dort aux pieds de ce maitre, de ce vieillard.

Lui : ah bon ? C’est ça le mystère ?

Moi : oui, tous les deux vont s’unir parce que c’est Dieu qui le veut.

Ecoute :

«  L’ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;

Les anges y volaient sans doute obscurément.

Car on voyait passer dans la nuit, par moment,

Quelque chose de bleu qui paraissait une aile. »

Comme c’est beau, regarde au-dessus de nous, le soir est en train de tomber. Regarde les nuages. Tu regardes le chat dans le cerisier, sur la plus haute branche, et le soir est en train de tomber, il y a des nuages de nuit qui commencent à se former. Vicor Hugo, pour montrer que cette union était voulue par Dieu, imagine qu’on voit dans le ciel, une nuée qui ressemble à une aile d’ange et qui va protéger Booz et Ruth.

Lui : c’est beau, c’est vrai. Je n’aurais jamais écouté ni lu une poésie avant ; Ca me paraissait un vieux truc, sans intérêt. Je m’occupais de technologies, d’ordinateurs, d’informatique, de programme. C’est loin tout ça !!! Maintenant je n’y vois plus du tout, pas assez pour lire et sans toi, je ne l’aurais jamais connue cette histoire.

Moi : c’est pas fini. Écoute la fin…

« et Ruth se demandait,

Immobile, ouvrant l’œil à moitié sous ses voiles,

Quel dieu, quel moissonneur de l’éternel été,

Avait, en s’en allant, négligemment jeté

Cette faucille d’or dans le champ des étoiles. »

Ruth n’est pas juive. Elle voit les signes, elle voit ce qui est beau, mais elle ne peut pas déchiffrer ce que ça veut dire. Il y a plein de symboles de fertilité là-dedans. C’est la lune qui fauche (on est dans un champ de blé) les étoiles comme des épis de blé.

Lui : Il faudra qu’on recommence, j’ai bien aimé. Et le chat aussi, regarde comme il descend du cerisier. Il aime la poésie de Victor Hugo. 

Moi: Normal, il est HPI!

 

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
Un très beau texte<br /> Une réalité bien mélancolique <br /> Je pense à vous
Répondre