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Le parfait manuel à l’usage des futurs dictateurs (théâtre de Belleville)

Le parfait manuel à l’usage des futurs dictateurs (théâtre de Belleville)

Il faut vraiment le vouloir : traverser tout Paris par ces chaleurs suffocantes, en prenant un métro bondé et non climatisé, se rendre jusqu’à Belleville qui n’est pas le quartier le moins populeux de notre capitale, pour aller s’enfermer au théâtre qui risque lui aussi de ne pas connaitre ce que c’est que la climatisation, c’est bien une entreprise de folie. Mais quand on prend des billets, on ne peut pas prévoir que ce sera la canicule et qu’il faudra justement être héroïque et surtout très motivé pour honorer la réservation.

Vous dire que je n’ai pas hésité une minute serait mentir. Mais le métro n’était pas si surchargé que ça, les quais quoique pleins de gens s’en revenant du travail offraient tout de même des courants d’air et une ventilation bienvenue aux stations, et comme c’était très très loin, nous avons pu embarquer quasiment aux terminus et donc profiter de places assises, y compris après la correspondance. Enfin le théâtre permettait d’avoir un peu de fraîcheur et la salle n’était pas pleine, ce qui laissait le choix des places. Le théâtre n’avait pas fait le plein et n’accueillait que les mordus comme nous.

Par contre Belleville à 18 heures passées est vraiment un lieu à fuir. La foule se presse dans les petites rues pleines d’échoppes, de cafés, de restaurants asiatiques et de pâtisseries orientales, qui, tous, avaient installé un climatiseur mobile à l’entrée de telle sorte que vous étiez gratifiés d’une bouffée de chaleur à chaque pas de porte. C’est peut-être pittoresque (encore que le street art ne m’a jamais émue), mais je déconseille aux agoraphobes.

Le théâtre de Belleville est dans un petit passage tranquille qui tranche avec l’enfer de la rue de Belleville.

La pièce « Le Parfait Manuel du Dictateur » est jouée par 3 formidables acteurs, Pauline Vaubaillon, Paul Tilmont et Brice Cousin, qui incarnent, pour l’un le mécène qui finance l’apprenti dictateur, pour l’autre le dictateur en herbe puis en titre, et pour la troisième le Peuple, sur qui s’abat la dictature.

La pièce est signée de Mariana Lezin et Paul Tilmont.  Personnellement, j'y ai retrouvé beaucoup d’éléments du livre de l’historien Christian-Georges Schwentzel, « Manuel du parfait dictateur. Jules César et les « hommes forts » du XXIe siècle » (Vendémiaire 2021). Ce livre était construit comme un faux manuel en « dix leçons » expliquant comment accéder au pouvoir absolu. César y apparaissait comme un stratège politique exceptionnel.

La mise en scène tient autant du cabaret que de la farce politique, ce qui crée un univers instable où le rire est souvent très grinçant.

Il s’agit donc de « fabriquer » un dictateur. Première leçon : se présenter comme le défenseur du peuple contre les élites corrompues. Puis raconter des histoires capables de séduire le peuple. Parler simplement essentiel. Il faut élaborer un récit politique émotionnel plutôt qu’un véritable programme idéologique. Et faire croire qu’on est uni, tous ensemble, qu’on va travailler main dans la main. Un autre aspect essentiel : désigner un ennemi. C’est encore mieux si cet ennemi n’appartient pas vraiment à la « nation ». On a peur de l’étranger, du chaos, et finalement du déclin. Il faut utiliser ces peurs comme un instrument politique.

Et puis progressivement contourner les lois républicaines sans abolir officiellement la République. Les dictatures modernes ne détruisent pas toujours brutalement les institutions ; elles les vident lentement de leur substance. Les citoyens, apeurés, acceptent cette évolution parce qu’ils recherchent l’ordre, la sécurité et attendent un chef présenté comme indispensable, car fort, capable de tenir tête à ce qui dérange depuis si longtemps, capable de mettre fin à des situations jugées intolérables mais qui peu à peu empiètent sur les droits de tous les citoyens.

Les citoyens deviennent eux-mêmes, les rouages du système, ils vont contribuer à leur aliénation. Chacun va tenter de se conformer à des normes qui ne sont pas forcément visibles, bien au contraire. La loi du dictateur n’est pas publiée ni écrite. La loi du dictateur pèse sur chacun de manière souterraine.

Le Parfait Manuel de Mariana Lézin et Paul Tilmont est une satire politique aussi ludique qu’inquiétante. Sous l’apparence d’un faux guide pédagogique destiné aux futurs tyrans, la pièce démonte avec ironie les mécanismes modernes de la conquête du pouvoir : fabrication médiatique d’un leader, manipulation des peurs collectives, banalisation de la haine et mise en scène permanente de la politique.

« Laissez-vous faire », « ne résistez pas », sont des slogans que l’on voit défiler sur la scène.

Cette pièce nous plonge dans l’univers de la « bête immonde » qui bouge encore, comme on le sait. Les démocraties sont fragiles, très facilement renversables et bientôt il n’y en aura plus qu’en Europe, mais pour combien de temps ?

 

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R
Je dis bravo aussi aux acteurs car j'imagine que ce n'est pas évident de jouer dans une petit théâtre à Belleville alors d'après le ptich cette pièce gagnerait à être connue du plus grand nombre<br /> Dictatures et régimes autoritaires se multiplient hélas à travers le monde à croire que les gens en ont assez des démocraties véritables ou ne savent pas (plus) comment les choyer, les protéger, les faire grandir correctement .. <br /> Démostène en son temps avait déjà dénoncé avec vigueur les travers du système démocratique athénien
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C
merci beaucoup de ta lecture et des commentaires. Oui cette pièce se situe bien dans l'actualité. Je crois que les gens ne veulent plus de la démocratie car elle ne les protège pas et ils croient (à tort) qu'i un régime fort résoudra leurs pbs