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Ambition Morale de Rutger Bregman (Seuil 2025)

Ambition Morale de Rutger Bregman (Seuil 2025)

Ce livre rejoint exactement ce que je pense et déclare à longueur de temps. Dans Ambition morale, Rutger Bregman, un jeune (38 ans) historien-philosophe néerlandais, développe une thèse simple, mais radicale : les personnes les plus talentueuses, les plus ambitieuses et les plus éduquées consacrent aujourd’hui leur énergie à des objectifs trop petits, trop privés ou socialement insignifiants, alors que les grands problèmes du monde exigeraient précisément leur intelligence et leur détermination. Le livre est à la fois un manifeste philosophique, une critique sociale et un appel à l’action.

L’idée centrale de Bregman est que l’ambition personnelle devrait être réorientée vers le bien commun. Il ne condamne pas l’ambition en soi ; au contraire, il pense qu’elle est une force extraordinaire. Mais il estime que les sociétés modernes ont détourné cette énergie vers la réussite individuelle, le prestige, l’accumulation financière ou l’optimisation de carrière, au lieu de la mettre au service des causes décisives.

Le point de départ du raisonnement est un paradoxe. Nous vivons dans des sociétés extrêmement riches et technologiquement avancées, mais beaucoup de personnes ressentent une forme de vide moral. Beaucoup d’emplois bien rémunérés semblent dépourvus de sens profond. Les diplômés des meilleures universités finissent souvent dans la finance, le conseil, le marketing ou des secteurs où ils optimisent des systèmes déjà prospères plutôt que de résoudre des problèmes fondamentaux.

Pour Bregman, ce n’est pas seulement un problème individuel ; c’est un immense gaspillage collectif de talent.

La logique de sa démonstration commence ici :

  1. Les sociétés modernes disposent d’un capital humain immense.
  2. Ce capital humain est dirigé vers des objectifs à faible valeur morale.
  3. Pendant ce temps, des crises majeures persistent : pauvreté, changement climatique, inégalités, exploitation animale, crises démocratiques, pandémies, etc.
  4. Donc le problème n’est pas l’absence de capacité, mais l’absence de direction morale.

Il insiste sur le fait que beaucoup de gens veulent sincèrement “faire le bien”, mais qu’ils le font de manière limitée : dons symboliques, bénévolat occasionnel, consommation éthique. Selon lui, cela ne suffit pas. Les défis contemporains nécessitent des individus prêts à consacrer leur carrière entière à transformer les structures du monde.

Dans les sociétés modernes, réussir signifie souvent obtenir un diplôme prestigieux, gagner beaucoup d’argent, construire une image personnelle attractive.

De ce fait, beaucoup de gens intelligents deviennent des rouages efficaces du système sans jamais interroger le sens global de leur activité. Et il est vrai que ce qui est bien payé n’est pas forcément ce qui est le plus utile socialement. Une infirmière, un militant efficace ou un chercheur en santé publique peuvent avoir un impact bien supérieur à celui d’un trader extrêmement rémunéré. À mes yeux le pire des bull shit jobs, c’est celui des influenceurs. Voilà bien ce qui ne sert à rien et qui, au contraire, détruit la planète. Les influenceurs ne visent qu’à inciter les « followers » à cliquer sur un produit !!!

Bregman veut donc dissocier prestige économique et importance morale.

Pour Bregman, une personne moralement ambitieuse ne se contente pas d’être “gentille” ou “correcte”. Elle veut résoudre les problèmes les plus importants de son époque avec le même sérieux qu’un entrepreneur veut bâtir une entreprise ou qu’un athlète veut gagner un championnat.

L’ambition morale combine trois éléments : le désir d’avoir un impact réel , la volonté d’agir à grande échelle, l’acceptation du risque. Beaucoup de gens veulent aider sans renoncer à leur confort, à leur carrière ou à leur réputation. Mais les grands progrès historiques ont presque toujours été portés par des individus prêts à prendre des risques considérables.

Quelques exemples de ceux qui ont pris des risques et fait avancer le progrès moral : les abolitionnistes contre l’esclavage ; les suffragettes ; les réformateurs sociaux ; les lanceurs d’alerte … Bregman insiste beaucoup sur le fait que les grandes avancées morales ont souvent été initiées par des personnes considérées comme naïves, radicales ou irréalistes.

Le cynisme contemporain, selon lui, donne une apparence d’intelligence, mais produit surtout de l’inaction. Les grands progrès humains viennent davantage des “idéalistes efficaces” que des sceptiques passifs.

Bregman ne méprise pas les petits gestes, mais il pense qu’ils servent parfois d’alibi moral. Recycler, acheter des produits “éthiques” ou faire quelques dons peut donner le sentiment d’agir sans modifier les structures profondes des problèmes.

Ce qui compte n’est pas seulement l’intention morale, mais l’impact concret. Bregman insiste fortement sur la responsabilité particulière des personnes favorisées : diplômés, cadres, intellectuels, entrepreneurs, habitants des pays riches. Selon lui, quelqu’un de très compétent peut parfois avoir un impact immense en changeant simplement d’orientation professionnelle.

Choisir un métier n’est pas seulement une question de revenu ou d’épanouissement, c’est aussi une décision morale et politique. Plutôt que la rentabilité immédiate et le prestige personnel, Bregman pense qu’une autre hiérarchie des valeurs est possible. Au lieu de nous interroger sur : “Comment réussir ma vie ?” nous pourrions nous demander “Quel problème puis-je aider à résoudre ?” et pour cela ces questions sont essentielles :

  • Où puis-je être le plus utile ?
  • Quel problème est sous-estimé ?
  • Quelle cause manque de talents ?
  • Quel risque suis-je prêt à prendre ?

Bregman donne des tas d’exemples de personnes qui ont fait avancer le monde, comme Florence Nightingale, Marin Luther King, Frances Kelsey, Malala. On peut en trouver tout proches de nous aussi : Pasteur, Simmelweiss, Hubertine Auclert, Louise Michel etcc…..il y en a qui sont moins connues. Personnellement je côtoie une femme qui a lancé plusieurs communautés whattsapp et qui a le génie de mettre les personnes en relation. Dans un monde aussi égoïste que le nôtre, c’est une vraie solution. D'autant qu'elle a créee un réseau de solidarité qui fonctionne vraiment. On peut aider sans trop de moyens ...

 

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