Ito Ogawa est une écrivaine japonaise née en 1973. Elle est notamment connue pour ses romans : "Le Restaurant de l'amour retrouvé", "Le Ruban" ou encore "La Papeterie Tsubaki".
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C’est ma pharmacienne qui m’a conseillé de lire La Maison du Lion, en me confiant : « J’ai beaucoup pensé à vous en lisant ce livre ». Quand les gens qui me connaissent pensent à moi, c’est si agréable que je les crois sur parole et que je n’ai pas tardé à lire ce roman.
Et voilà l’histoire :
À trente-trois ans, le personnage central du livre, Shizuku Umino apprend que son cancer, combattu pendant des années, est entré en phase terminale. Épuisée par les traitements, les hôpitaux et les médecins froids et impersonnels, elle refuse de terminer sa vie dans une atmosphère sans âme. Sur l’avis de son docteur, elle choisit de suspendre les soins curatifs et de rejoindre la Maison du Lion, un établissement de soins palliatifs atypique situé sur l’Île aux Citrons, dans la mer intérieure du Japon (région de Setouchi). Je ne sais pas si cette maison existe vraiment mais les îles Setouchi , elles, ont bien une existence réelle et semblent être effectivement une sorte de paradis.
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Dans le livre, la maison, accessible uniquement par bateau, est une ancienne grande demeure entourée de citronniers, de jardins et de la mer, où une poignée de résidents en fin de vie viennent vivre leurs derniers mois ou semaines dans la douceur, la dignité et une forme de joie tranquille.
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Dès son arrivée, Shizuku est accueillie par Madonna, la directrice charismatique et bienveillante de la maison. Madonna, avec son énergie maternelle et son sens de l’organisation, veille à ce que chaque pensionnaire se sente chez soi. La maison compte peu de résidents : des personnes de tous âges et de tous horizons, unis par la conscience aiguë de leur fin prochaine. Parmi eux, on trouve divers personnages, souvent hauts en couleur : des grognons, des bavards, des taiseux, chacun portant son histoire, ses regrets et ses petites joies.
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Le cœur du quotidien à la Maison du Lion repose sur un rituel magnifique et central : le goûter du lion. Chaque semaine, un dessert est tiré au sort parmi une liste de recettes raffinées. Autour de ce dessert (tartes, gâteaux, crèmes, pâtisseries japonaises ou occidentales), les résidents se réunissent pour partager non seulement les saveurs, mais surtout l’histoire d’un des leurs. Ces moments deviennent des confessions douces, parfois drôles, souvent émouvantes, où chacun livre un pan de sa vie, un souvenir marquant, un regret ou un bonheur.
Shizuku arrive avec un passé chargé. « Pour l’heure, je n’arrivais pas à imaginer ma propre mort. Mon cœur battait dans ma poitrine, mes membres bougeaient même si j’avais tout de même l’impression d’avoir perdu du poids. Je prenais plaisir à manger. »
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Orpheline très jeune, elle a été élevée par son oncle, qu’elle considère comme son véritable père. Leur relation, tendre et protectrice, a pourtant connu des tensions, notamment quand Shizuku a grandi et cherché son indépendance. Elle porte aussi des blessures liées à ses parents biologiques disparus trop tôt, à des amours inachevées, à des rêves professionnels mis de côté par la maladie. À la Maison du Lion, loin du tumulte du monde, elle commence un lent travail de réconciliation avec elle-même. Elle observe les autres résidents, écoute leurs récits, et peu à peu ose partager le sien.
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Ito Ogawa adopte un rythme lent, contemplatif, presque méditatif, pour décrire la vie dans la Maison du Lion. Les journées s’écoulent entre promenades au bord de la mer, siestes dans le jardin, lectures, discussions légères ou profondes, et surtout ces fameux goûters. La mort rôde, présente mais jamais spectaculaire : certains résidents partent doucement, presque discrètement. Leur absence est vécue avec une forme de sérénité collective. La maison enseigne implicitement que la fin de vie peut être belle, entourée, choisie.
« À la Maison du Lion, nous savourons le délice suprême de la vie jusqu’à la dernière goutte. »
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Au fil des pages, Shizuku fait la paix avec son histoire. Elle revoit mentalement son enfance, son oncle, les occasions manquées, les moments de bonheur simples qu’elle n’avait pas su pleinement apprécier. Elle apprend à accepter l’inéluctable sans colère ni désespoir excessif.
« Accepter la mort, accepter son désir de vivre, accepter cela, l’accueillir comme on regarde la mer, comme on s’éprend de l’horizon, comme on respire le parfum du yuzu à pleins poumons. »
L’île aux citrons joue le rôle d’un personnage. Le parfum des agrumes, la lumière changeante sur la mer, le bruit des vagues, le vent dans les citronniers créent une atmosphère enveloppante, comme un cocon protecteur. La nature rappelle que tout est cycle : naissance, croissance, déclin, retour à la terre. Shizuku redécouvre le plaisir des petites choses : un rayon de soleil sur sa peau, le goût acidulé d’un citron frais, le contact doux de la fourrure du chien, le rire partagé autour d’une tarte aux pommes.
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La Maison du Lion n’est pas un mouroir ; c’est un endroit où l’on vit encore pleinement, jusqu’au bout.
« C’était une chance inouïe que de pouvoir vivre chaque jour sans y penser. Le bonheur, c’était de couler des jours ordinaires, à se plaindre juste un peu, sans rien d’extraordinaire. »
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Le roman culmine dans une forme de sérénité lumineuse : la mort n’est plus une ennemie terrifiante, mais un passage que l’on peut aborder avec grâce, entouré de beauté et d’attention.
J’adore particulièrement ce conseil qui me parait la clé d’une vie « bonne », qu’elle soit courte ou longue :
« Inspirez le malheur de toutes vos forces, transformez l’air que vous expirez en gratitude, et votre vie brillera bientôt. »
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