Mitsuyo Kakuta est une écrivaine reconnue au Japon pour son écriture dite « féminine », elle avait 40 ans à la publication de ce livre.
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Une amie très chère à mon cœur me l’a offert et je suis sensible à ce qu’elle m’a ainsi transmis, un roman psychologique tout en finesse, ce qui n’exclut pas la puissance des émotions.
La cigale du huitième jour (titre original japonais : Yōkame no semi, publié en 2007) est un roman qui explore les thèmes de la maternité, de l'identité, du pardon et des cycles de la vie à travers l'histoire d'un enlèvement et ses conséquences à long terme. Qu’est-ce qu’une mère ? L'analogie avec la cigale, qui passe sept ans sous terre avant de mourir au septième jour à l'air libre, symbolise la survie au-delà des normes. Si toutes les cigales meurent le septième jour, celle du huitième jour pourrait voir des choses invisibles aux autres, pas forcément horribles.
Première partie : La fuite de Kiwako (1985)
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L'histoire commence en 1985 à Tokyo. Kiwako Nonomiya, une jeune femme d'une trentaine d'années travaillant comme employée de bureau ordinaire, traverse une période de désespoir profond. Elle a entretenu une liaison passionnée avec Takehiro Akiyama, un homme marié qui lui avait promis de quitter sa femme. Cependant, lorsque Kiwako tombe enceinte, Takehiro la persuade d'avorter, arguant que ce n'est pas le bon moment. L'intervention médicale tourne mal : Kiwako perd non seulement l'enfant, mais aussi sa fertilité, la plongeant dans une dépression abyssale. Pire encore, elle apprend que la femme de Takehiro, Etsuko, a donné naissance à une petite fille peu après, comme si le destin se moquait d'elle.
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Kiwako sombre dans l'obsession. Un soir, sans préméditation, elle s'introduit par effraction dans l'appartement du couple Akiyama pendant leur absence. Elle trouve le bébé de six mois, endormi dans son berceau, et dans un acte impulsif dicté par la douleur et le désir de maternité refoulé, elle l'emporte avec elle. Elle court dans les rues de Tokyo, le cœur battant, l'enfant dans les bras. Le bébé ne pleure pas, comme si un lien invisible se tissait déjà. Kiwako renomme la petite Erina en Kaoru, signifiant "parfum", et décide de l'élever comme sa propre fille. Ce kidnapping marque le début d'une cavale de trois ans et demi, une période de fuite et d'effacement d'identité où Kiwako tente désespérément de construire une nouvelle vie.
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Au début, Kiwako se réfugie chez une amie, à qui elle ment partiellement sur les circonstances de sa vie. Mais la peur de la police la pousse à quitter Tokyo rapidement. Elle adopte une fausse identité, change d'apparence et voyage à travers le Japon, évitant les grandes villes. Les médias s'emparent de l'affaire et Kiwako vit dans la paranoïa constante, dormant dans des hôtels bon marché, travaillant au noir pour survivre. Malgré les difficultés, un lien profond se forme entre elle et Kaoru.
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Puis Kiwako trouve refuge dans une communauté appelée Angel Home, située près de Nagoya. Il s'agit d'une commune réservée aux femmes, dirigée par un groupe religieux aux allures de secte, fondée sur des principes d'entraide et de renoncement au monde extérieur, un peu comme un béguinage Là, sous un nouveau nom, Kiwako rencontre Chigusa Andō (surnommée Chii-chan), une jeune femme douce et mystique qui devient une amie proche. Cependant, la secte n'est pas exempte de tensions internes, et Kiwako doit naviguer entre les règles strictes et son secret et finalement fuir à nouveau. Elle s'installe alors sur l'île de Shōdoshima, un lieu paisible et reculé. Là, elle trouve un petit travail dans un hôtel et élève Kaoru dans une relative sérénité. L'enfant, maintenant âgée de quatre ans, appelle Kiwako "maman" et vit une enfance heureuse, jouant sur les plages et explorant la nature. La police finit par la localiser. Kiwako est arrêtée, et Kaoru est rendue à ses parents biologiques, les Akiyama.
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Deuxième partie : Le retour d'Erina (2005)
Vingt ans plus tard, en 2005, le récit bascule sur le point de vue d'Erina Akiyama, l'ancienne Kaoru, maintenant une jeune adulte d'environ vingt ans. Erina vit à Tokyo, mais son existence est marquée par un vide profond. Rendue à sa famille biologique à l'âge de quatre ans, elle n'a jamais pu s'intégrer pleinement. Sa mère Etsuko est distante, absorbée par son travail et hantée par le traumatisme de l'enlèvement. Son père Takehiro est devenu alcoolique, rongé par la culpabilité de son adultère passé. Erina a des frères et sœurs plus jeunes, mais elle se sent étrangère parmi eux, comme une pièce rapportée. Ses souvenirs d'enfance sont flous : des images de plages, de prières collectives et d'une "maman" aimante contrastent avec sa vie actuelle froide et dysfonctionnelle.
Erina travaille dans un emploi banal et entretient une liaison avec un homme marié nommé Kishida, qui a des enfants et refuse de quitter sa femme. Erina tombe enceinte, et Kishida la presse d'avorter., comme Kiwako autrefois. Cette grossesse inattendue ravive ses tourments intérieurs, la forçant à questionner son identité. Qui est sa vraie mère ? Kiwako, qui l'a élevée avec tendresse, ou Etsuko, qui l'a portée, mais ne l'a pas vraiment aimée ? Les médias ont marqué Erina comme "l'enfant kidnappée", la rendant paranoïaque et isolée.
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Le roman culmine dans une réflexion sur les cycles : Erina, enceinte, doit choisir si elle transmet la souffrance ou brise la chaîne. Elle comprend que Kiwako n'était pas un monstre, mais une femme désespérée cherchant la rédemption. Les thèmes sociaux émergent : le rôle des médias dans la stigmatisation, les pressions sur les femmes japonaises (mariage, maternité, adultère), et la quête d'identité dans une société conformiste.
« Je me suis souvenue des arbres que Chigusa et moi regardions dans le parc en automne ; nous retenions notre souffle en cherchant les cigales sur les troncs des arbres qui se dressaient dans la pénombre, et soudain, je me suis dit que cette femme Kiwako Nonomiya avait survécu au-delà du huitième jour. »
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