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Dissipatio H.G. (Guido Morselli Ed Rivages, réédition)

Dissipatio H.G. (Guido Morselli Ed Rivages, réédition)

Décidément mes lectures actuelles peuvent sembler lugubres….mais les livres viennent à moi dans le désordre apparent et …c’est comme ça que je les lis !

Ce livre a été écrit au tout début des années 1970 et n’a jamais été publié du vivant de son auteur. Guido Morselli est un écrivain très particulier, qui s’est suicidé en 1973, à 60 ans, peu après l’écriture de ce dernier livre et après que celui-ci, comme les autres auparavant, ait été refusé par tous les éditeurs sans exception.

Parlons d’abord de Morselli. Issu d’une famille bourgeoise de Bologne, Morselli a fait des études de droit, mais n’a jamais eu de carrière, de métier, de profession, comme l’aurait souhaité son père car il était passionné d’écriture. À la lecture de ses livres et surtout de celui-là, Dissipatio, H.G., je comprends que Morselli, qui a tout échoué, devait être un HPI (haut potentiel intellectuel comme on le dit aujourd’hui). Bref, un hypersensible, très précoce et très décalé au regard de son époque et de ce qu’il aurait fallu pour qu’il « réussisse » dans la vie, (toujours comme on dit, car je ne sais pas trop ce que cela signifie vraiment). En tous les cas, le pauvre n’a pas trouvé d’autre solution, devant l’incompréhension de ses compatriotes, que « d’épouser sa fiancée à l’œil noir » , un révolver Browning 7.65 avec lequel il a mis fin à ses jours.

Ce livre est un roman d’anticipation, non c’est plutôt une dystopie, mais ce qu’il décrit est tellement d’actualité qu’on pourrait penser à de l’anticipation.

L’histoire est celle d’un homme qui ressemble furieusement à son auteur, qui s’est réfugié dans la montagne, certainement la montagne suisse. Il a décidé de se suicider dans une grotte.

Au moment de passer à l’acte, le voilà qui renonce et redescend dans la vallée. Il y a, là, une ville qu’il nomme Chrysopolis et qui est vraisemblablement Zurich. La ville semble d’abord assoupie, car il n’y a plus personne dans les rues. Mais non, la ville n’est pas endormie, simplement il n’y a plus du tout d’habitants. Disparus, envolés, évanouis, sans laisser de traces. Pas comme à Pompéi où les gens n’ont pas pu fuir, pas comme à Hiroshima où la population a été massacrée par une bombe, non, ici, les habitants ont purement et simplement été extraits, on ne sait comment.

Et voilà l’explication du titre : Dissipatio H.G. c’est-à-dire Disparition Humani Generis : disparition du genre humain.

Ce n’est pas le seul roman qui traite de ce sujet, ce sujet du survivant, seul au monde. Je pense à Robinson Crusoé, (encore que là, il s’agissait d’un récit de survie en milieu naturel d’avant la civilisation) ou encore « Je suis une légende » de Richard Matheson (tellement prophétique avec cette histoire de virus qui aurait dévasté toute la ville de New-York), ou encore les survivants d’un hiver nucléaire qui errent sur « La Route » de Cormac McCarthy.

Mais ce qui m’a frappée, dans Dissipatio H.G., c’est le ton, l’ambiance générale qui est, de fait, celle du monde intérieur de l’homme seul dans la ville.

S’il n’y a plus d’êtres humains, il reste dans la ville des machines qui fonctionnent seules, symboles de l’activité humaine tout à coup stoppée, par on se sait quel évènement. Les voitures accidentées seraient sorties de route par la soudaine absence de leurs conducteurs.

C’est tellement troublant de ne retrouver aucun corps, aucune trace d’humains en chair et en os que le narrateur se demande s’il ne rêve pas, ou s’il n’est finalement pas mort lui aussi, s’il avait réussi son suicide, si la réalité est bien celle qu’il voit ou non. Ce suspens va nous tenir en haleine tout au long de ce livre écrit (et traduit) magnifiquement bien.

On ne peut pas ne pas penser au confinement, à la guerre et à la folie des hommes…bref à la fin d’un monde, du monde? Un livre qui fait réfléchir sans qu'on y prenne garde.

" La peur est une dictature"

"Qui a eu vraiment peur avant moi ? Ce n’était pas de la peur, celle qui cessait tôt ou tard (…). Que certains, peut-être, recherchaient, savouraient. Je ne cesse de me répéter qu’elle est née pour moi, et j’en ai les preuves, elle a été créée pour moi, contre moi, j’en suis le centre, l’objectif. »

Guido Morselli

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