La Mouche (théâtre Les Bouffes du Nord)

Publié le par CERISETTE

La Mouche (théâtre Les Bouffes du Nord)

« La Mouche »,  c’est d’abord pour moi la géniale nouvelle de George LANGELAAN, parue dans les « Nouvelles de l’antimonde » en 1962. Une histoire si géniale qu’elle a plusieurs fois été adaptée au cinéma et qu’elle conserve toute sa saveur effrayante aujourd’hui que la science-fiction a bien évolué, à la lumière des progrès techniques et des avancées scientifiques. C’est que cette nouvelle nous parle d’autre chose que de science, elle nous invite à réfléchir à nos frayeurs primitives, à ce qui nous constitue en humanité, à ce qu’il est acceptable ou non de supporter dans cette vie.

Ce récit a aussi été maintes fois représenté au théâtre et je ne sais pas si cette adaptation-là est conforme ou non à celles qui l’ont précédée.

Car aux Bouffes du Nord, il s’agit d’un mixte entre la nouvelle de Langelaan et la séquence mythique de Strip-Tease intitulée « La Soucoupe et le Perroquet », (1993) que personne n’a pu oublier. Dans cet épisode de Strip-Tease, il était question d’une mère et son fils adulte vivant, dans une maison isolée de Charente, de la vente de leurs légumes sur le marché. Suzanne avait quatre-vingts ans et son fils Jean-Claude, cinquante. C’étaient des gens simples mais marginaux par leur isolement et leur pauvreté.  Pendant que Suzanne faisait la cuisine, Jean-Claude terminait le troisième moteur de sa soucoupe volante. La construction du véhicule spatial était une affaire qu’ils prenaient tous deux très au sérieux car ils croyaient dur comme fer, et avec une foi touchante, à leur prochain départ pour Mars. Suzanne conservait son perroquet mort dans une boite et avait écrit son testament sur une carte postale.

Dans la mise en scène de Valérie Lesort et Christian Hecq , qui sont également les acteurs de cette pièce, les figures truculentes et extravagantes de Suzanne et Jean-Claude sont transposées en une Odette plus vraie que nature et son fils Robert. Ils vivent dans une caravane avec quelques bêtes, un chien, un lapin et beaucoup de nains de jardin ! Robert bricole dans le garage, il ne construit pas une soucoupe, mais s’adonne à des exercices de téléportation, comme le héros de « La Mouche ». Cela donne lieu à des explosions épisodiques et à des ratés spectaculaires.

Le décor est tellement bien pensé qu’on s’y croirait, on entend les grillons, on suit la cueillette des champignons, et on assiste à la tuerie du lapin, soigneusement dépouillé et vidé de ses boyaux devant nous par un Robert hilare.

Les personnages sont bien sûr grotesques autant qu’inquiétants par leur manque quasi-total de finesse, par leurs réactions très primitives, très peu complexes et dépourvues d’esprit social. Il le fallait, s’agissant d’une sorte de savant fou accompagné par sa mère dans la réalisation de projets insensés.

Ils restent malgré cela très attendrissants et on ne peut s’empêcher de leur trouver, non pas des excuses, mais des circonstances atténuantes, tant ils vivent dans leurs rêves et sont éloignés de toute normalité. Les seuls êtres qu’ils fréquentent sont aussi fous qu’eux !

Ceci étant la transformation physique de Christian Hecq en mouche est en soi une performance. Le moment où il marche sur le mur jusqu'au plafond est inoubliable. Ce spectacle est très drôle et il a été beaucoup applaudi à juste titre.

 

Adaptation et mise en scène Valérie Lesort et Christian Hecq
 
Avec
Robert Christian Hecq, sociétaire de la Comédie-Française
Marie-Pierre Valérie Lesort
Odette Christine Murillo
Inspecteur Langelaan Jan Hammenecker

Publié dans Théatre

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