Diane Richard l’écrit dès la préface : elle est bien restée militante de gauche, féministe et intersectionnelle. Si les récupérations politiques sont quasiment inévitables, et s’il existe bien des tentations d’aller vers le camp qui écoute quand on est rejeté par le sien, il est évident pour Diane Richard que cela ne doit pas conduire à se taire. Bref, ce n’est pas parce qu’on est orpheline qu’il faut baisser les bras. Rien n’est pire pour elle que de suivre la masse, et de céder au discours radical sans nuances, et qui n’est que celui d’une minorité très (trop) visible.
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Diane Richard a aujourd’hui 30 ans et elle s’est engagée à NOUSTOUTES en 2021 (le collectif a été créé en 2018), soit quand elle avait 25 ans et qu’elle travaillait à l’UNESCO. Elle a mis toute son énergie dans ce nouveau combat féministe, axé sur l’intersectionnalité. C’est vrai que ce concept (né aux USA en 1989 par l'universitaire afroféministe américaine Kimberlé Williams Crenshaw) est à priori très fécond car il définit un type de discrimination cumulative, additionnant les différenciations, comme le genre, la race, la classe, la couleur, la nation, la religion, la génération, la sexualité, le handicap, la santé mentale, ou l'orientation sexuelle et produisant des biais d’invisibilité sociale.
Mais cette théorie, qui a renouvelé les études de genre, a subi de nombreuses déformations. En 2020, Kimberlé Williams Crenshaw, elle-même, revient dans une interview sur la dénaturation de son concept : « Il y a eu une distorsion [de ce concept]. Il ne s'agit pas de politique identitaire sous stéroïdes. Ce n'est pas une machine à faire des mâles blancs les nouveaux parias ».
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Et c’est aussi ce que va découvrir Diane Richard, de l’intérieur du collectif NOUSTOUTES, dès le 7 octobre 2023. En France, si très tôt, on s'inquiète de ce que la question de l'entrecroisement des dominations risque de figer l'identité des groupes analysés, la notion est globalement acceptée dans le milieu universitaire et les réseaux sociaux. Diane Richard est à mon avis, une bonne cible pour ce féminisme ultra : elle a le profil de ces bobos parisiens qui défilent pour exprimer leur bonne conscience, mais qui sont terriblement éloignés des misères et du racisme qu’ils dénoncent dans les beaux quartiers.
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Sauf qu’elle est honnête et refuse de transiger avec le concept. Et justement, s’il y a bien des femmes qui ont été agressées doublement, parce que juives ET parce que femmes, ce sont bien les femmes du 7 octobre 2023, violées, torturées, prises en otage et humiliées par des terroristes. Mais non, les féministes de NOSTOUTES n’ont d’yeux que pour les palestiniens, (qui, eux aussi, sont des victimes quand ils n’appartiennent pas au Hamas). Le féminisme se révèle donc à deux vitesses : on fait passer l’antiracisme avant le féminisme. Cette hiérarchie rejoint l’éternelle question du féminisme APRÈS d’autres luttes. Rien de nouveau, donc. Les militants de LFI qui ont commis des violences sexistes sont défendus au titre de l’anti racisme et on passe sous silence les violences faites aux femmes.
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Le slogan « Je te crois », qui signifie qu’on ne met pas en doute à priori le témoignage des femmes qui ont subi des violences et qui est la bannière de ces néo-féministes depuis le mouvement METOO, est totalement oublié s’agissant des femmes israéliennes au motif qu’elles auraient pu avoir inventé ces agressions. Et pire, les féministes en viennent également à justifier les violences qui ont été infligées aux femmes d’Israël puisqu’elles sont d’horribles « colonisatrices » !!!!
Comment comprendre que les féministes de NOUSTOUTES finissent par chasser les femmes de NOUSVIVRONS (collectif de femmes juives) des manifestations, leur préférant le drapeau palestinien, brandi par une organisation terroriste Samidoun ? Que cette organisation n’ait même jamais prétendu être féministe ne les gêne absolument pas.
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« Elles (= des militantes de NOUSTOUTES ) reconnaissent tout de même que certains collectifs, comme Urgence Palestine et Europalestine, sont problématiques mais, parce qu’ils sont de gauche, il faut tout de même les soutenir : il ne faut tout simplement pas dénoncer ce qui ne va pas à gauche pour ne pas risquer de servir la droite et l’extrême droite. »
Comment expliquer ces dérives qui touchent de jeunes femmes plutôt éduquées ? Ignorance, déni, incapacité à se remettre en question, panurgisme ? Il y a bien un problème d’antisémitisme à gauche et Diane Richard a pris la parole…sous les quolibets et les menaces !!
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« Des personnes que j’ai longtemps considérées comme mes amies, qui ne m’ont plus adressé la parole depuis des mois, parlent soudain de moi à la troisième personne publiquement. On m’accuse de reprendre la propagande israélienne, alors que j’ai littéralement basé tout mon raisonnement sur les chiffres donnés par le Hamas lui-même, dans ses propres canaux de propagande. »
Les exemples donnés par Diane Richard sont éloquents. Mais au-delà de ce témoignage glaçant, et comme Diane Richard est restée militante, elle relie les enjeux très personnels à des problématiques politiques plus larges. Lutter sans se trahir, ce n’est pas seulement une question individuelle : c’est aussi une condition pour construire des mouvements plus justes et plus efficaces, avec une naïveté de sa part qui semble sincère.
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Diane Richard décrit notamment le rôle de la colère, qui peut être à la fois une force motrice et un piège. La colère donne de l’énergie pour agir, mais elle peut aussi mener à des comportements destructeurs ou à une vision simplifiée du monde, où l’adversaire est réduit à une caricature.
Elle aborde également la question de l’épuisement militant, ou “burn-out de l’engagement”. Beaucoup de personnes engagées se sentent obligées d’en faire toujours plus, au point de négliger leur santé mentale et physique. Cette logique du sacrifice est critiquée dans le livre, qui propose au contraire de penser la lutte comme un engagement durable.
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Le livre met aussi en lumière les dynamiques relationnelles au sein des mouvements. Les conflits internes, les rivalités ou les jugements moraux peuvent miner les collectifs engagés. Diane Richard appelle à développer des pratiques de communication plus respectueuses et plus lucides, capables de reconnaître les désaccords sans détruire les liens. Elle insiste sur l’importance de l’écoute, de la nuance et de la capacité à se remettre en question.
L’autrice souligne que chacun doit interroger ses propres motivations et ses propres limites. Pourquoi s’engage-t-on ? Pour défendre une cause, certes, mais aussi parfois pour répondre à des besoins personnels : reconnaissance, appartenance, sens. Ces motivations ne sont pas condamnables, mais elles doivent être conscientes pour éviter qu’elles ne prennent le dessus.
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Enfin, Diane Richard analyse la question de la pureté militante. Dans certains contextes, il existe une pression à être “parfaitement” alignée avec les normes du groupe : adopter les bons discours, les bonnes pratiques, les bonnes positions. Cela peut conduire à juger, exclure ou culpabiliser celles qui ne correspondent pas entièrement à ces attentes. Or, cette logique va à l’encontre d’un féminisme émancipateur, qui devrait justement permettre la pluralité des expériences et des parcours. Ici encore, la trahison réside dans le fait de reproduire des mécanismes de contrôle et de normalisation.
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Restaurant SABABA (juif et palestinien à Paris)
Et Diane conclut :
« Il est temps de faire de nos désaccords une énergie politique plutôt qu’une ligne de fracture. De nos doutes, une vigilance plutôt qu’une paralysie. De nos contradictions, un moteur pour inventer d’autres manières de militer. Parce qu’au fond il ne s’agit pas seulement de débattre ou d’avoir raison. Il s’agit de construire un monde vivable. Et ce monde ne pourra naître que si nous choisissons, encore et encore, de tendre la main plutôt que de tourner le dos.