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Et la joie de vivre par Gisèle Pelicot et Judith Perrignon, (Flammarion 2026)

Et la joie de vivre par Gisèle Pelicot et Judith Perrignon, (Flammarion 2026)

C’est incontestablement une icône.

Gisèle Pelicot est maintenant connue du monde entier et d’ailleurs son livre, qui est sorti le 17 février 2026,a été d’emblée traduit en vingt-deux langues. Mais pourquoi est-elle devenue cet emblème international, elle qui a mené une vie discrète, à l’image de ce qu’elle dit être à la fois son caractère réservé et son idéal de vie ? À la retraite, avec un mari qu’elle a épousé à 21 ans et qui a été le premier et quasiment le seul homme de sa vie, Gisèle a loué une maisonnette en Provence, pour profiter du beau temps et des vacances avec sa famille. C’est là que commence son récit. On est au mois de novembre 2020, et le couple a rendez-vous en gendarmerie, car le mari, Dominique, a été surpris en train de filmer sous les jupes des femmes dans un grand magasin. Gisèle, on le sent, lui a déjà pardonné cet « écart » de conduite devant ses pleurs de repentance et tant elle est certaine que son mari est un « mec bien ».

La suite est bien connue : on lui montre quelques photos et vidéos où elle a d’abord beaucoup de mal à se reconnaitre. 50 ans de mariage, une famille parfaite, une montagne de souvenirs heureux et d’épreuves traversées ensemble, vont s’écrouler tout à coup. Dominique Pelicot, un mari attentionné et un bon père de famille, est doublé d’un monstre soumis à ses pulsions et fantasmes, qui l’ont conduit à violer et à faire violer sa femme par plus de 70 hommes (seuls 50 seront identifiés), au cours des 10 années écoulées.

L’énigme d’une personnalité.

De nombreux ouvrages ont pourtant déjà été publiés qui analysaient les conditions de « viols de Mazan », du nom de la jolie bourgade où, dans la maison aux volets bleus, avaient lieu ces viols sociaux, ces viols en série, ces scènes d’horreur. Mais il reste les questions que nous nous posons toutes : comment se remet-on de ce trauma ? Comment vit-on avec un passé heureux, une mémoire du bonheur, une profondeur du temps et des sentiments, alors que tout a explosé et qu’on ne peut que s’interroger sur la réalité des faits vécus ? L’homme qu’on voyait comme une chance, comme un complice, comme un « tout », a trahi la confiance accordée depuis si longtemps. Comment faire pour conserver quelque chose de cohérent de la catastrophe, pour ne pas sombrer soi-même dans la folie ?

Le témoignage de Gisèle Pelicot, même s’il est émouvant de sincérité, ne peut pas mettre à jour entièrement ce qui se passe quand on vit, on a vécu cette déchirure existentielle.  Elle semble, ce qui lui a d’ailleurs été reproché, prendre ses distances, accorder tout de même à Dominique (elle l’appelle par son prénom) non pas son pardon, mais une forme de compassion. Certainement pour se protéger.

Car elle a tout affronté :

Son courage, c'est d’avoir accepté d’être jugée en public, contre vents et marées d’ailleurs, car les avocats des mis en cause, comme l’avocat général, demandaient le huis clos.

Ce faisant, elle a dû visionner ce qu’elle ne voulait pas voir : les vidéos des viols prises par son mari et qui seront rendues publiques dans le prétoire. Elle a dû encaisser les accusations de la défense suggérant qu’elle pratiquait l’échangisme et qu’elle aurait eu une vie dissolue au motif qu’elle avait eu un amant (un seul en 50 ans), qu’elle aurait été consentante pour servir d’appât.  Elle a dû voir son propre corps supplicié, diffusé sur écran géant.

Mais c’est parce qu’elle a refusé le huis clos, et qu’elle s’est tenue droite et digne face aux humiliations, qu’elle a réussi à diriger les projecteurs sur ses agresseurs. 50 hommes, une meute face à elle, qui, pour la plupart, ne se sont pas déclarés violeurs, car ils étaient (ou s’étaient) persuadés du « consentement »……du mari, propriétaire du corps de sa femme ! Ils pouvaient donc ignorer qu’elle dormait à poings fermés, abrutie par des somnifères à doses si puissantes qu’ils auraient pu la tuer.

On croit rêver :

Compte tenu du retentissement mondial de cette affaire hors norme, on aurait pu penser en effet qu’il s’agissait d’un cas exceptionnel et que l’indignation suscitée servirait de rempart aux fantasmes de toute puissance de certains hommes.

Mais non ! Un journaliste Québécois, Hugo Meunier a publié récemment, sur un site de rencontre canadien, une fausse annonce reprenant les phrases de Dominique Pelicot pour offrir sa femme de 50 ans, endormie, aux appétits sexuels d’hommes tous azimuts. En l’espace de quarante-huit heures, il a reçu plus d’une centaine de sollicitations !!!

Comme quoi, il reste beaucoup de chemin à accomplir en matière de respect des femmes et ce chemin, Gisèle Pelicot le dit bien , ne pourra se faire sans l’aide des hommes...

Ce que j'admire de plus chez elle, c'est non seulement cette volonté de fer qui lui a permis d'affronter les pires abominations d'une manière intelligente et surtout très droite dans ses paroles et son attitude, mais aussi son bon sens qui lui a interdit de  vouloir être une égérie. Elle a bien vu qu'elle était "récupérée" par les néo-féministes actuelles qui auraient bien voulu en faire leur porte-drapeau, mais elle a regardé ces mouvements avec une sorte d'étonnement et ne s'est pas laissée "embrigadée" par leurs outrances et leurs débordements. Chapeau Madame!

 

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