Rester en vie (Matt Haigh 2018)

Publié le par CERISETTE

Rester en vie (Matt Haigh 2018)

Voilà un récit qui change de ce que je lis habituellement. Matt Haigh est un romancier de 46 ans et ce récit est celui de sa traversée d’une maladie terrible (et non contagieuse, celle-là) :la dépression. C'était pour lui il y a 20 ans!

Le livre se lit très vite et je crois qu’il est très efficace. Sans analyse psy ni lamento hystérique, Matt Haigh décrit très précisément les signes avant-coureurs (qu’on ne comprend hélas qu’après coup) , les symptômes, les manifestations internes et externes, ainsi que  les conséquences physiques et sociales de cette maladie « mentale » qui touche (ou touchera) une personne sur 5.

D’après lui, réduire la maladie à des questions de sérotonine dans les neurones cérébraux ou à tout autre cause exclusivement chimique ne sert qu'à enrichir Big Pharma. L’industrie du médicament se frotte les mains parce qu’elle a trouvé la solution pharmaceutique (pilules) à la stimulation de ces « hormones » du bonheur. Ceci dit, si certains trouvent les médicaments efficaces, dit-il, pourquoi pas ? « Merde, si vous vous sentez mieux en léchant du papier peint, faites-le. Je ne suis pas anticachets. Je suis pro tout ce qui marche, et je sais que les cachets fonctionnent pour beaucoup de gens. »

Et de fait, la consommation d’antidépresseurs augmente presque partout. L’Islande a la plus forte consommation, suivie par l’Australie, le Canada, le Danemark, la Suède, le Portugal et le Royaume-Uni. Car la dépression est l’une des maladies les plus mortelles de la planète, le risque de passage à l’acte suicidaire n’étant pas du tout rare. La maladie n’est pas héréditaire mais le risque de développer une dépression est d’environ 40 % si un parent biologique a souffert de la maladie.

Alors d’où vient cette maladie ? « Dans un monde où les possibilités sont infinies, les possibilités de douleur, de perte et de séparation permanente sont également infinies. La peur nourrit l’imagination, et vice versa, encore et encore jusqu’à ce qu’il ne reste d’autre solution que devenir fou. »

Avant de parler de remèdes, l’auteur souligne à quel point le physique et le mental sont liés. « Nous avons tendance à considérer le cerveau et le corps comme deux choses différentes » alors qu’il y a indéniablement une influence de l’un sur l’autre.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de la moitié des troubles mentaux sont présents sous une forme ou une autre avant l’âge de quatorze ans, mais il est bien malaisé de s’en apercevoir.

L’auteur tord le cou au passage à la maxime de Nietzsche : Ce Qui Ne Te Tue Pas Te Rend Plus Fort. « Ce n’est tout simplement pas vrai. Ce qui ne vous tue pas vous rend souvent plus faible. Ce qui ne vous tue pas peut vous faire boiter pendant le restant de vos jours ».

Il a bien raison à mon avis. « La blessure est l’endroit par où la lumière vous pénètre. » (Roumi)

De même il remarque que l’un des autres effets de la dépression est souvent de nous faire sentir coupable. La dépression dit : « Regarde-toi, avec ta belle vie, avec ton copain, ta copine…pense à ceux qui ont bien moins que toi. » Or la culpabilisation n’enlève rien à la douleur, bien au contraire. Et la dépression n’est pas une vue de l’esprit, une construction de notre imagination, ni même un état dans lequel on pourrait se complaire, par masochisme ou égoïsme. Tant de gens en sont atteints, et parmi, eux aussi, bien des célébrités, des présidents, des joueurs de cricket, des dramaturges, des boxeurs et des stars hollywoodiennes, que le tout un chacun, qu’il serait complètement aberrant de leur attribuer la responsabilité pleine et entière de leur maladie. « On dit que la folie est une réponse logique à un monde fou. Peut-être la dépression est-elle en partie une simple réponse à une vie que nous ne comprenons pas vraiment. »

Pour finir, comme ce livre fourmille de précieuses remarques et notations pertinentes et utiles, j’ai relevé quelques conseils généreusement donnés à ceux qui tentent de sortir de leur maladie.

1. Appréciez le bonheur quand il est là.

 2. Sirotez, n’avalez pas d’un trait.

3. Soyez doux avec vous-même. Travaillez moins. Dormez plus.

4. Absolument rien ne peut changer dans le passé. C’est un principe physique de base.

5. Attention aux mardis. Et aux octobres.

6. Kurt Vonnegut avait raison. « Lire et écrire sont les formes de méditation les plus nourricières connues à ce jour. »

7. Écoutez plus que vous ne parlez.

8. Ne vous sentez pas coupable d’être inactif. Plus de mal est infligé au monde par le travail que par l’inaction. Mais perfectionnez votre oisiveté. Rendez-la attentive.

9. Ayez conscience que vous respirez.

10. Où que vous soyez, à n’importe quel moment, essayez de trouver quelque chose de beau. Un visage, un vers, les nuages par la fenêtre, un graffiti, une éolienne. La beauté nettoie l’esprit.

Etc…je m'arrête là, mais il y en a 40 !!

 

Un livre à mettre entre toutes les mains, ça peut toujours servir, compte tenu de la fréquence de cette maladie !!!

 

Publié dans Litterature

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