À l’heure où la plus terrible des répressions vient de s'abattre (encore) sur le peuple iranien, la précédente lutte des femmes Iraniennes (lancée en 2022 suite à la mort de Mahsa Jina Amini, « Femmes Vie Liberté ») reste dans tous les esprits. Le peu d’informations qui nous parviennent de la tuerie de masse actuelle, montrent que des instruments du pouvoir islamiste ont été violemment attaqués (portraits, mosquées etc.), et que la révolte, ne concernait pas seulement l’instabilité économique du pays mais appelait clairement à la chute de la République islamique. Toutes les couches de la société y étaient présentes et les slogans étaient sans équivoque : « Mort à la République islamique ! », « non au Dictateur », « Liberté ».
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Ont-elles donné l’exemple du courage, ces femmes de la Génération Z, qui, il y a trois ans et demi, ont jeté leurs voiles au feu ? Nul doute que les revendications du mouvement "Femme, vie, liberté" se sont joints ici au mécontentement des commerçants du bazar, qui appartiennent pourtant à des couches sociales plus traditionnelles.
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Quoiqu’ayant assez largement appelé de leurs vœux, la Révolution Islamique de 1979, les femmes ont, dès le début de l’instauration du régime et de l’obligation concomitante faite aux femmes de porter le voile, contesté cette contrainte. En vain, certes, mais les femmes, même conditionnées par des siècles d’inégalités, ont aussi une histoire, une histoire de résistance, une histoire de luttes, à la fois dans la sphère privée et dans la sphère publique, une histoire obstinée, résolue, qu’elles sont même parvenues à imposer au sein des couples.
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Par exemple, aujourd’hui et malgré les lois populationnistes de la République des Mollahs, le taux de fécondité des femmes est passé à 1,8, parfois même à 1,6, un taux équivalent à celui de la Belgique. Impossible d’atteindre une telle maîtrise, dans un pays qui contrôle la contraception, sans l’aide des hommes. Les femmes ont donc réussi à s’imposer dans le couple comme des partenaires à part entière, en tous les cas comme celles qui ont leur mot à dire.
L’Iran a réalisé sa transition démographique à bas bruit alors que le pouvoir s’y oppose. De cette transition démographique, (qui recèle une révolution silencieuse), dépend l’ordre patriarcal. Être, pour l’homme, le chef d’une famille nombreuse (en moyenne sept enfants par femme en 1979) n’est pas du tout équivalent à être le chef d’une famille nucléaire d’un ou deux enfants, où, de plus, la fille s’engage plus fréquemment dans des études universitaires que le garçon.
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Les femmes sont centrales dans l’avenir des sociétés. Elles peuvent transmettre la soumission, l’ordre patriarcal et le traumatisme, la violence comme elles peuvent rompre la chaine et refuser la répétition. C’est ce qu’elles font depuis longtemps en Iran.
Firouzeh Nahavandi revient sur ce que l’on sait de l’histoire des femmes tout au long des 2500 ans de culture persane. Car l’Iran est l’une des civilisations les plus anciennes du monde et les héritiers de cette culture n’en sont pas peu fiers.
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Il semble établi, notamment par les sources grecques, que les caractéristiques de subordination des femmes aux hommes (réclusion, voile, etc..) ont existé dans la période préislamique. La conquête et l’islamisation de la Perse n’ont guère changé le statut des femmes, hormis quelques correctifs, car la politique sophistiquée de ce pays était déjà bien évoluée au regard des tribus nomades arabisées. Il faut signaler au XIXe siècle, l’apparition d’une intelligentsia occidentalisée aux idées anti-absolutistes et réformatrices. À partir de ce moment-là, les récits des Européens, les journaux et ouvrages scientifiques éclairent la situation des femmes et on en sait bien plus. Si elles ne luttent pas encore contre les injustices dont elles sont l’objet, elles résistent par les moyens du faible : pratiques magiques de contrôle de la fertilité et moyens illicites d’avortement, décision concernant la famille etc..
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Ce n’est qu’au début de XXe siècle que s’ouvriront des écoles privées, puis publiques pour filles. Des résistantes émergent, qui, pour avoir transgressé les barrières théologiques et verbales, connaitront des sorts funestes.
Sous le règne du Shah Mahammad Reza, les femmes acquièrent des droits civils et politiques importants, notamment en devenant parlementaires ou ministres.
Mais dès 1979, l’Ayatollah Khomeyni et le clergé imposent une vision de la femme établie sur une perception obscurantiste de l’islam. Les mollahs sont obsédés par le voilement du corps des femmes, femmes qui sont écartées de la société active et assujetties à la tutelle d’un homme toute leur vie. La suspension du code familial, la ségrégation des sexes, la polygamie et la nécessité d’avoir l’accord du mari pour entrer dans l’espace public démontrent que le corps de la femme est devenu un enjeu essentiel du pouvoir politique.
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« Selon Fatima Mernissi[1], la culture musulmane érige la sexualité féminine en force puissante et dévastatrice ; en découle la nécessité de la réguler afin de la soumettre à la loi religieuse et sociale et de l’intégrer dans la structure familiale ».
Pour comprendre cette vision, il faut bien observer que dans la pensée chiite, la femme possède l’objet du désir de l’homme, c’est elle qui en est responsable, (donc coupable ?).
C’est aussi elle qui porte la charge de l’honneur sexuel de l’homme. Dans la distribution des rôles de chacun, il est donc attribué à la femme un rôle qu’elle est censée détenir et contrôler. Sans elle, l’homme ne maîtrise pas sa sexualité. Elle en a le fardeau. Voilà pourquoi la République Islamique prévoit trois types de mariages : le mariage précoce (dès la puberté), le mariage permanent qui est complètement réglé par un contrat qui est, de fait, un droit de propriété, et le mariage temporaire qui s’effectue en privé et sans témoins. Ce dernier type de mariage constitue un moyen, pour les jeunes du moins, de contourner les règles de ségrégation sexuelle mais il rend la femme très vulnérable. Il y a bien un contrat pourtant et donc un paiement par l’homme mais cela n’empêche pas les abandons d’enfants…
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Face à ce régime de répression, la marge de manœuvre des femmes est très limitée mais les Iraniennes, depuis 45 ans, ont fait preuve d’une ingéniosité exceptionnelle pour résister, tant dans la sphère privée que dans la sphère publique.
Quelques exemples : les Iraniennes sont nombreuses à se lancer dans des études universitaires. Elles y sont même majoritaires. Et il ne s’agit pas d’accéder plus facilement au marché du travail, très peu ouvert aux femmes de toute façon. Mais il s’agit d’une part d’échapper pour le temps des études aux mariages et au contrôle des familles, de trouver un espace de liberté et de valorisation, mais aussi de modifier leur statut social. Une femme éduquée se valorise aussi sur le marché du mariage et les dots versées par les hommes sont plus élevées.
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Golshifteh Farahani , une merveilleuse actrice et une iranienne émigrée qui n'a rien oublié
S’agissant de la sphère publique, on a déjà parlé des nombreuses manifestations de femmes, le voile cristallisant les revendications.
Des féministes universalistes ayant conservé des liens avec celles qui se sont exilées pour échapper à la férocité de la répression, se tournent vers les Nations Unies pour être soutenues. « Ces féministes s’élèvent contre le relativisme culturel et critiquent certaines positions occidentales qui défendent, selon elles, la préservation des coutumes sexistes. Elles déplorent le silence des féministes occidentales face à la persécution que subissent les Iraniennes. »
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Heureusement, les femmes Iraniennes ne sont plus seules et leur émancipation est aujourd’hui complètement liée à l’avancée vers le progrès de leur pays. Elles auront donné l’exemple de la détermination et du courage.
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[1] Fatima Mernissi Sexe, Idéologie, Islam, Paris Tierce 1983