American Factory (Film USA 2019)

Publié le par CERISETTE

American Factory (Film USA 2019)

Voilà le premier film financé par les OBAMA dans le cadre de leur contrat avec NETFLIX.

C’est un long documentaire, excellent et que je recommande vivement .

Au début du film, on comprend qu’une importante usine de production automobile de General Motors à Dayton, en Ohio, a stoppé son activité quelques années plus tôt (en 2008) laissant plus de 2 000 familles sans source de revenus et dans le plus total désespoir, la zone étant sinistrée et les possibilités de retrouver un emploi, quasi nulles. Six ans plus tard, l’investisseur chinois Cao Dewang rachetait l’usine automobile (et bénéficiait au passage de nombreuses subventions de l’OHIO) et la réaménageait comme une annexe américaine de celle de Chine fabriquant du vitrage automobile, Fuyao Glass.

American Factory décrit la joie qu’ont ressentie les ouvriers américains à l’arrivée de Fuyao, perçu comme un sauveur dans un premier temps. C’est qu’aux USA la loi impose de faire travailler des américains pour tous les investisseurs étrangers. Je crois qu’il faut en employer au moins 50%. D’ailleurs le  « président », chinois, avait promis d’embaucher plus de 5 000 Américains. Il avait assuré à tout le monde que ses managers chinois et ses ouvriers expérimentés travailleraient en étroite intelligence avec les Américains nouvellement embauchés. « Nous faisons se mélanger deux cultures différentes », avait-il dit.

Au début du film, on peut voir des scènes charmantes de travailleurs américains et chinois faisant connaissance, les américains commençant à inviter leurs collègues chinois chez eux pour Thanksgiving et leur apprenant la pêche à la mouche, ainsi que l’art du barbecue. D’autres poussent l’amitié jusqu’à leur faire essayer le tir au pistolet, une spécialité américaine bien connue, elle aussi !

Les cinéastes ont réussi à attirer la confiance de leurs interlocuteurs et c’est ce qui est remarquable dans ce documentaire, nous avons accès à des confidences surprenantes.

On voit bien, dès le début, que Cao Dewang a une tendance au micro-management mais on n’y prête pas vraiment garde. Vous savez, la micro-gestion, c’est lorsque le patron veut tout contrôler dans les moindres détails. Le « président » fait, par exemple, changer l’orientation du portail d’entrée, on ne sait pas pourquoi, probablement pour des questions de Feng Shui. Il voudrait aussi que le détecteur de fumée soit placé de manière moins visible….

On apprend au fur et à mesure que les anciens employés de GM gagnent la moitié de ce qu'ils gagnaient à l'usine automobile : "J'étais payée 29 dollars de l'heure à l'époque, explique une femme qui travaille à l'inspection qualité du verre. Désormais, je suis à 13 dollars de l'heure". 

Puis on comprend que le patron n’est pas vraiment content de la productivité des ouvriers américains qui ne travaillent QUE 8 heures par jour et n’envisagent pas de travailler le dimanche ou même, comme les chinois, carrément 7 jours sur 7.  

Le « président » décide de faire comprendre aux ouvriers américains comment travaillent les chinois en Chine. On participe donc, avec un groupe sélectionné, à un voyage d’entreprise, pour Noël, dans la maison mère chinoise. Là-bas, trônent dès l’entrée de l’usine, de grands portraits des leaders politiques chinois successifs depuis Mao, ça nous met dans l’ambiance ! Les ouvriers, après avoir entonné des chants à la gloire du travail, subissent chaque matin, une sorte de lavage de cerveau qui vise à les motiver à travailler plus. Tout le monde est au garde à vous ! Les usines sont dirigées comme des camps d’endoctrinement : l’entreprise est sacro-sainte, aucune contestation n’est tolérée. Les travailleurs sont exhortés à « rembourser la nation et à servir le peuple ». Ils vivent dans l’usine, mangent dans l’usine - certains se marient même à l’usine. Les valeurs socialistes positives de dévotion à la construction sociale et au bien commun sont maintenant exploitées au service de l'entreprise privée !

Certains ouvriers chinois se confient néanmoins : ils ne voient leurs enfants qu’une fois par an, leurs conditions de travail ne permettant pas de les avoir avec eux pour leur éducation. Ils travaillent 12 h par jour, sont épuisés, ont des maladies professionnelles (un ouvrier qui travaille près des fours montre les cicatrices de ses brûlures). Mais ils éprouvent une loyauté aveugle à l’entreprise et sont convaincus que leur sort et celui de l’entreprise sont étroitement liés.  

Les américains, conscients de l’abnégation de leurs collègues, sont touchés par la générosité de l’accueil en Chine.

Cependant, il apparaît évident que la façon de faire des Chinois ( y compris le peu de reconnaissance de la part des managers, et le  manque de rigueur au niveau des normes de sécurité) ne va pas pouvoir être exporté au pays de l’oncle Sam.

Le patron, lui-même, s’avoue déçu (il avait donné un bon salaire, selon lui, et surtout selon les normes chinoises, à ces américains, il ne voit pas pourquoi ils ne se dévouent pas corps et âme comme les chinois) .  « Nous avons engagé des Américains pour travailler comme nos managers et superviseurs. Nous nous attendions à pouvoir leur faire confiance, leur payer un haut salaire, et à ce qu’ils soient au service de l’entreprise. Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ? Je pense qu’ils sont hostiles aux Chinois », dit-il.

Dès lors, l’entreprise commence à licencier les cadres américains pour les remplacer par des chinois, dopés au patriotisme pour obtenir des rendements toujours plus importants, et aux manières impitoyables.

Le président prévient les nouveaux employés chinois :

 « Comment pouvons-nous tirer profit des caractéristiques des Américains pour les faire travailler pour Fuyao ? Il existe une culture aux États-Unis dans laquelle les enfants sont inondés d’encouragements. C’est pourquoi quiconque grandit aux États-Unis est présomptueux. Ils sont très sûrs d’eux. Les Américains adorent qu’on les flatte jusqu’à plus soif. Vous aurez des ennuis si vous vous battez avec eux. Les ânes aiment être caressés dans le sens du poil, pas vrai ? Vous devriez caresser les ânes dans le sens du poil. Sinon, ils vous ruent dessus. Vous comprenez ce que je veux dire ? C’est vrai ? Bien. Nous devons utiliser notre sagesse pour les guider et les aider. Car nous valons mieux qu’eux ».

En plus de ça, Cao Dewang n'en revient pas que certains américains aient l'envie saugrenue de créer un syndicat. Il explique très calmement aux cadres américains de son usine, via une interprète, qu'il faut éviter les syndicats. Parce que cela nuirait à la rentabilité. (Alors qu’en Chine tout le monde est syndiqué, mais la raison d’être d’un syndicat n’est pas la même qu’aux USA, c’est ce qui est humoristique).

Ça ne finit pas très bien, on s’en doute, même s’il nous est confié que l’entreprise a retrouvé en 2018, le moyen d’être bénéficiaire.

Mais de nombreux emplois sont remplacés par des robots pour que la direction chinoise ne rencontre plus aucune résistance. Et tous souffrent….

A voir pour mieux intégrer les méfaits de la mondialisation. Moi je pense qu’avec 7 milliards d’êtres humains sur terre, les chinois ont bien compris que l’emploi, c’est « marche ou crève » et qu’on peut se passer presque entièrement de conventions collectives et de mesures de protection. Cruelle constatation!

Réalisateurs: Steven Bognar et Julia Reichert. (Netflix)

Publié dans cinéma

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