La poupée de Kafka Fabrice Colin (Ed Actes Sud)

Publié le par CERISETTE

La poupée de Kafka Fabrice Colin (Ed Actes Sud)

Voilà un beau roman, découvert au hasard de mes curiosités.

L’auteur Fabrice COLIN est un jeune auteur (46 ans) très prolifique dans le domaine de la littérature pour enfants, mais aussi pour adultes, un peu spécialisé en fantasy, et dans la littérature de l’imaginaire.

Le thème du roman c’est le mensonge, mais toute fiction est déjà un mensonge (l’art est le plus beau des mensonges) . De plus, il est des mensonges magnifiques de la même façon qu’il est « des parfums frais comme des chairs d’enfants ». (Je ne résiste pas à ces vers de Baudelaire dans Correspondances et qui se prolongent par « Doux comme les hautbois, verts comme les prairies »).

Tout part donc d’une histoire (vraie ou pas) mais qui est la mise en scène d’un mensonge.

Kafka aurait en 1923, traversé, au soir de sa vie, un parc à Berlin où il aurait vu pleurer une petite fille. S’étant approché, Kafka aurait appris que la petite fille, appelée Else, avait perdu sa poupée. Pour la consoler, il aurait imaginé de lui faire parvenir pendant 3 semaines des lettres de la poupée, lettres qui donnent des nouvelles du voyage entrepris par celle-ci. La poupée finit, dans les lettres, par se marier et quitter le chagrin de la petite Else. Cette histoire, dont on ne peut pas prouver l’authenticité, a cependant bien été racontée par Dora Diamant, la compagne de Kafka à Max Brod, l’exécuteur testamentaire de l’écrivain. Fabrice Colin s'empare, manifestement avec gourmandise, de cette énigme littéraire. Il créée ainsi une intrigue magique lui permettant d'aborder cette thématique de la fable, de la vérité, des difficultés de communication et de la solitude.

La fille d’un professeur d’allemand à la Sorbonne, Julie, tente désespérément d’attirer le regard sinon l’amour de son père. Elle décide de retrouver ces lettres, qui, à coup sûr, éblouiront le vieux professeur coureur de jupons. Faisant le pari que la petite fille - qui devrait avoir dans les quatre-vingt-dix ans - est encore en vie et a gardé les lettres de sa poupée, elle part ainsi sur sa trace à Berlin. Elle finit par retrouver Else Fechtenberg, vieille dame au caractère très irascible, qui refuse avec une hargne mauvaise de révéler son secret. La vieille dame s'est forgé une carapace de cynisme et d’intransigeance que Julie avec patience, tente de percer...
Julie réussit ensuite à faire venir son père dans le chalet alpin faisant face au Mont Blanc où elle passe l'été avec Else, devenue son amie, à force d’obstination. Le trio se trouve ainsi réuni pour la résolution finale de l'énigme ...

Un joli livre donc, pour un écrivain qu’il est intéressant de croiser à l’occasion.

« Verum, sine mendacio, certum et verissimum : quod est inferius est sicut quod est superius ; et quod est superius est sicut quod est inferius, ad perpetranda miracula rei unius." : "Il est vrai, sans mensonge, certain et très véritable : ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour réaliser le miracle de l'unité." (La Table d'Emeraude, attribuée à Hermès Trismégiste).

Publié dans Litterature

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