Pourquoi notre président est devenu président, (1ère approche de notre identité)

Publié le par CERISETTE

Pourquoi notre président est devenu président, (1ère approche de notre identité)

Mes ami-e-s me disent que notre identité serait menacée et que même si ce n’est pas vrai, c’est quand même un sujet à aborder sans férir. C’était – non, ce devait être- un sujet de campagne électorale, mais il n’en a rien été. Oui. Finalement, on a bien parlé d’ « identité heureuse », mais la formule n’a pas eu de succès. Globalement on a peu parlé d’identité pendant ces derniers mois, pourtant riches en propositions, programmes et idées. Je suis de celles qui considèrent que cette campagne a permis de mieux cerner les différentes attentes des français, que cela nous plaise ou non. On a vu plein d'idées nouvelles, pour certaines farfelues, pour d'autres bien construites, mais c'est vrai qu'il y avait des projets, cette fois-ci.

Sur l'identité:

Comme il y a des tas de gens qui se sont penchés sur la question, je ne vais faire qu’ajouter, bien immodestement, ma petite pierre à l’édifice, en ne parlant pour le moment que de notre histoire.

Moi-même je suis issue de l’immigration, certes européenne. Mais, au début du XXème siècle, les pays concernés n’appartenaient pas à l’Union et tout le monde se regardait tellement en chien de faience que les guerres ont fait rage durant tout le siècle, entre nous, européens. D’une rive à l’autre, d’une frontière contiguë à l’autre, on s’est affublé de tout un tas de noms d’oiseaux. Il faut croire que l’identité se résumait à notre espace géographique, et encore : il fallait rester en métropole.

Je ne sais pas ce qu’on doit penser de notre identité quand on est capable, en France, de refuser le droit de vote à des citoyens français, comme cela se passait en Algérie ? Bon, j’arrête, je ne vais pas remuer le passé, qui est bien passé et sur lequel nous n’avons plus aucun pouvoir.

J’ai lu que l’identité, c’est l’adoption du récit national. Là-dedans il y a, très succinctement, les gaulois, Jeanne d’Arc, la révolution française, les lumières, Napoléon, De Gaulle. Ce sont des références parce que moi, je n’ai jamais connu ces gens-là autrement que dans les livres. Je remarque qu’on occulte Alésia, Waterloo, la débâcle, la collaboration et plein d’autres souvenirs pas agréables. Soit !

Il s’agit donc de se reconnaitre dans une partie romancée de notre histoire. Et c’est bien possible que notre président ait réussi à capter quelque chose de nous qui nous est particulier, car lui n’est pas non plus un OVNI, sa réussite le prouve.

Sur les personnages de l'histoire:

On retient de Vercingétorix, l'image du chef de clan qui est venu se rendre à César, en personne. C'était un fier gaulois qui savait se battre....et perdre avec panache.

S’agissant de Jeanne D’Arc, le personnage est si ambigu que tout le monde a pu s’y référer : les résistants comme les collabos, les monarchistes comme les révolutionnaires. Elle représente l’espoir quand tout est perdu, la jeunesse courageuse et audacieuse, la légitimité au regard de l’usurpation. Il s’en est fallu d’un cheveu pour que la France soit anglaise, et les rois avaient déjà tout vendu au trône d’Angleterre quand Jeanne d’Arc est arrivée. Si elle ne s’était pas présentée comme un prophète (entendre des voix, c’est recevoir un message divin), elle n’aurait eu aucune chance d’accéder à Charles VII. En effet, le roi s'était réfugié à Chinon, après le honteux traité de Troyes, signé par son père et cédant la France aux Anglais. La situation était tellement désespérée qu'il ne recevait plus que les émissaires divins.

Et si je prends Napoléon, c’est le chef de guerre conquérant adoré de ses soldats, que nous gardons en mémoire. On retient surtout, dans l’imaginaire collectif, Bonaparte au Pont d’Arcole.  Tout semblait  « fichu » sur le champ de bataille, quand Bonaparte est descendu de cheval, sabre en main, et a renversé la situation. On retient aussi  le retour de l’Ile d’Elbe :
"La victoire marchera au pas de charge, l'aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher, jusqu'aux tours de Notre-Dame". De nouveau, face à la troupe envoyée pour l’arrêter, le voilà qui s’avance seul, et qui dit « Grognards, vous me reconnaissez, je suis votre empereur », et les soldats baissent leurs armes et se rangent de son côté.

Je pourrais évoquer De Gaulle aussi, mais la figure est étrangement ressemblante. Nous admirons le chef de guerre, il n’est pas nécessaire qu’il s’y connaisse bien en tout, il lui suffit d’être risque-tout et de tenter, d’oser, d’être déterminé et de SE PLACER DEVANT.

Voilà une société, la société française, qui n’a pas du tout le goût du risque et qui adule ceux et celles qui osent, les téméraires, et surtout s'ils ne sont pas hardis en paroles seulement mais en ACTES.

L'aversion au risque résulterait, selon la littérature, de notre système éducatif, où ce qui compte surtout c'est de corriger ses erreurs, ses  fautes, et où on s'acharne à résoudre des "problèmes". Ce système scolaire est peu encourageant effectivement. Celui des américains est peut être moins axé sur l'acquisition des connaissances mais il est basé sur l’encouragement, les félicitations, et non sur la rectification des fautes. Il semblerait donc que nous ayons moins tendance à "oser" parce que nous y serions moins encouragés par notre système scolaire. Mais, et c'est un peu paradoxal, nous aimons précisément ceux qui osent et qui montent en première ligne.

Second paradoxe : nous adorons les débats d’idées, les discussions théoriques, philosophiques, politiques, nous perdons notre temps dans  les joutes verbales, les paroles…. et nous admirons ceux qui agissent et se portent en tête.

Ce goût pour le théorique, aux dépends du "pratique", est semble-t-il un autre effet de notre éducation très peu centrée sur les expérimentations,  mais bien plutôt sur les apprentissages formels et abstraits. Nos médailles FIELD de Mathématiques en sont bien la preuve (nous excellons dans les matières abstraites).

Sur les modèles qui ne marchent pas:

Regardons ce qui se passe avec Emmanuel Macron : on en pense ce qu’on en veut, mais on est magnétisés par son audace, et tellement attirés par le fait qu’il manifeste un courage physique en n’hésitant pas à affronter une foule en colère, en allant au « front » donc !

J’ai lu quelque part que nous avons deux types de leaders dans nos références culturelles :

  • Le chef de guerre dont je viens de parler,
  • L’artisan, le compagnon, celui qui nous coache, qui nous apprend le métier. On en connait tous, c’est aussi le modèle de nos parents. C’est un bon modèle, qui ne nous fait pas vibrer, mais c’est aussi nécessaire de s’y référer pour apprendre les tours de main et les trucs et astuces. Ceci étant, il est possible que ce modèle soit moins parlant, moins rare, avec l’arrivée des connaissances volantes via les réseaux sociaux et internet. Enfin, ce ne sera pas demain qu'on annoncera sa disparition.

Mais il y a un type de leaders qui provoque des révolutions en France, c’est la figure de l’intendant du château.

Celui qui nous fait agir « à la performance », qui nous colle des objectifs à atteindre, qui compte les points et l’argent, celui-là ne fera jamais l’unanimité dans notre pays. C’est Louis XVI par exemple dont on ne dira jamais assez qu’il a aboli le servage, la torture, le péage corporel des juifs et tenté d’établir un impôt plus juste, direct, et plus égalitaire.

Tiens, un autre paradoxe : nous nous révoltons aux injustices, nous ne supportons pas les privilèges, notre devise comporte le mot « EGALITE » et nous nous opposons toujours à toute tentative égalitaire.

Ce qui a fait échouer Louis XVI, entre autres, c’est son côté « gestionnaire », intendant quoi, et son projet égalitaire ne nous convenait pas tellement (même s'agissant de l'impôt).

Nous n’aimons pas du tout, même dans nos entreprises, le jugement à la performance. Nous ne supportons pas ceux qui viennent compter au-dessus de nos têtes, chiffrer nos objectifs, ramasser ensuite les bilans. Non seulement nous avons l'impression d'être ainsi plus soumis, de perdre de notre liberté, mais nous souffrons aussi terriblement de la perte de sens. Regardons ce qui se passe avec les policiers qui ont dû travailler « au chiffre » : tout de suite, il y a eu des excès de zèle, (des personnes arrêtées à tort et à travers pour faire du chiffre), et finalement il y a eu des suicides de policiers, épuisés de devoir obéir à une telle logique.

Perte de sens aussi pour les médecins « contraints » à la rentabilité, et qui doivent multiplier les "actes" dans les hopitaux, ce qui leur semble complètement aberrant et contraire à leur éthique….

Les anglais, allemands et même italiens supportent très bien les modèles de leaders « gestionnaires », et malheureusement, c’est le modèle qui semble devenir prédominant. Ce n’est pas parce que nous nous rêvons comme fainéants, mais bien plutôt comme des créatifs, qu'il faut nous laisser une marge de liberté, et renoncer à des contrôles tatillons.

Je schématise bien sûr. On pourra me rétorquer qu’il y a bien d’autres causes aux malaises dans ces professions et on aura raison.

Et voilà pourquoi...:

Si on réfléchit à nos modèles nationaux, à notre « identité », construite sur nos grands hommes, notamment, on comprend ce qui marche globalement ou non sur nos motivations.

Ce ne sont pas des défauts, ou des failles, c’est juste notre identité.

Voilà pourquoi, donc, notre président, le plus jeune que nous ayons jamais connu, transgressif sans être dérangeant, audacieux sans insolence, courageux sans rupture (mais Bonaparte avait 19 ans en 1789) est devenu Président.

Attention à ne pas tomber à nouveau dans les pièges gestionnaires !

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Publié dans Humeurs

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Claire-Marie 26/05/2017 13:13

Ma petite cerise, je suis d'accord avec toi et ma devise c'est "Oser, c'est le meilleur moyen de réussir"... même si parfois on mange la poussière...
Quant à l'école et ses méthodes... 1000% d'accord !!!

CERISETTE 26/05/2017 13:46

merci ma Claire!si tu trouves de quoi "manger" dans mes post c'est parfait! bisous ensoleillés