Lettre sur l'amour (2)

Publié le par CERISETTE

Lettre sur l'amour (2)

suite de la lettre...

Je disais donc que je comptais bien  finir la soirée dans un corps à corps effréné, à moitié stone qu’on était déjà, et complètement vidés d’avoir trop dansé. On aurait dû finir à la bière, se coucher par terre, se jeter sous la douche, se saisir l’un de l’autre par attirance magnétique, bref, se parler physiquement avec une sorte de frénésie, crier, mordre, tordre, et ne se lâcher qu’épuisés au dernier souffle. On n’a que 18 ans par-là, je suis pas une vieille nonne, ni lui un contemplatif zen.   Je m’voyais déjà t’envoyer le lendemain, soumsoum, sa photo en expliquant à quel point c’était ouffissime la nuit torride avec ce génie des stades.  J’m’étais raconté la chanson, comme dans les films genre Titanic.  

Au lieu de ça, je passe vite, mais à peine arrivés dans mon antre chéri, dans mon chez moi parfumé et fleuri, dans mon douillet intérieur que je partage avec ma nouvelle coloc, puisque toi qu’étais une perle, t’es partie,  en quelque minutes,  le voilà qui perd son aplomb et sa virilité. Disparue la cambrure de guépard, les gestes décidés, la confiance au taquet, mon beau musclé se transforme en  tout misérable qui commence dans la douceur et la lenteur d’un koala, qui s’embrouille, qui me demande quoi et comment, qui hésite pendant des plombes, tâtonne, bref devient totalement boring. C’est pas que je trouverais ça si mal, si on avait déjà au moins 3 mois de relation, mais t’avoueras que c’est totalement inapproprié à la première fois, non ? Ça devrait pas être à moi de prendre toutes les initiatives, et lui à se la couler douce en attendant que ça se passe, t’as vu ?  En plus, au lieu de passer à l’action, il se métamorphose en chose gluante et molle d’un seul coup.  Bon, je n’en fais pas une maladie, ça arrive et même plus qu’on ne croit. Pour moi, c’était une première (et une dernière j’espère) , et finalement j’ai fini par me recroqueviller dans un coin en lui affirmant que j’avais sommeil. J’aime pas qu’on me tripote pour rien, d’autant que cette nuit-là, j’ai rêvé qu’un escargot géant venu me recouvrir et baver sur tout mon corps. C’est pas une sensation qui pousse à l’extase, t’as vu ?

Le lendemain on se regardait par en dessous, mais on a fait comme si de rien et on s’est préparés pour l’école.

Dans les jours qui ont suivi, il avait l’air très abattu. Pas possible, que je me suis dit, il va me la jouer à l’envers celui-là ? Qu’on se fasse le sketch devant nos congénères, qui n’ont rien à se mettre sous la dent et qui mitonnent toujours  un sujet de moquerie, ça se pige, on est dans la même classe et on est bien obligés de se revoir, mais qu’il en rajoute avec de la douleur obsessionnelle, avec l’oreille cassée et le coin de l’œil  implorant, ça je comprends pas. C’est une stratégie de brouillage de piste ?

Je lui rends un sourire enjoué, pour dérouter les regards malveillants. Il va pas me dévider la sérénade quand même ? Je passe l’éponge sur ses défaillances, c’est pas une raison pour me scotcher le train maintenant !

Crois moi, faut jamais se laisser aller avec un collègue, copain, camarade, et  tous ceux que tu dois te coltiner après, car les dangers de la durée sont bien réels. Tu m’as toujours dit, toi qui me connais mieux que personne,  que j’ai la cœur sec, que je suis une briseuse de sentiment, que j’aime personne. Mais c’est fake cent pour cent, enfin à 50% au moins, je t’assure. J’ai de l’émotion devant la misère humaine et animale, c’est pas parce que je refuse le romantisme que j’ai pas de la compassion. D’ailleurs j’ai rien Essèmessé le lendemain, ni jamais. Ça prouve bien comment je suis fairplay.

Tu le croiras pas, mais il s’est pas passé une semaine qu’il m’envoyait un Messenger avec ça :

«  Pas envie de se retrouver pour un pot demain ? , t’es toujours éblouissante, ! » 

Waouh, il avait l’air accro ! J’y comprends goutte, mais je me dis qu’on va faire le point, puisqu’il le veut. Ça va saigner, alors je lui laisse la porte de sortie.

«  Ok pour un POT ».

Normalement il devrait  avoir compris qu’il a rejoint la friendzone pour l’éternité.

Eh ben , non, c’est tellement triste, finalement, il a fallu que je lui cause, et  j’ai été obligée de lui mettre les points sur les I. Il m’a paru complètement désespéré, il m’a fait pitié, c’est vrai de vrai.

Je suis même devenue très (trop ?) gentille, je lui ai laissé refaire son cinéma, pas dans ma chambre bien entendu, mais dans la vie sociale. On a bidonné l’histoire, on a fait croire. Il est devenu comme un animal de compagnie, tentait de me suivre, de rire à mes blagues, de côtoyer mes cops, enfin il faisait le transi, et moi je faisais comme si. C’est pas mauvais pour l’ego de trainer un soupirant et ça nous donne de la plus value, surtout quand c’est LE PRINCE CHARMANT himself. Valentin, toutes les filles le voudraient, alors, j’avoue, c’est  trop fat de l’avoir rien qu’à soi.

Je passe les détails mais cette comédie a bien duré tout un trimestre. A mes petits soins, avec les SMS flatteurs, tout le temps.  Et puis, y a eu le spring break et on a choisi Barcelone pour s’éclater.  Faisait encore froid, mais on adore cette ville, on a déconné tout le week end. Et bien sûr, dans la bande, y avait Valentin.

J’te raconte pas : mon boy friend, mon chevalier servant faisait 2 têtes de plus que la moyenne nationale espagnole, blond cendré…bref, une attraction sexuellement parfaite. Un million de filles se sont mises à lui tourner autour. Jusque là, pas de lézard. A son habitude, il ne regardait qu’en biais et que dans ma direction. Et imagine un peu, je lui tends mon smartphone que je garde toujours à la main dans ces endroits sombres et frais, en lui recommandant de le conserver tant que je serais pas revenue du pipi room.

Le temps de me rafraichir un peu, le temps de, je dirais quatre ou cinq morceaux de Shmoney Dance, qu’est ce que je mate ? Un truc  que dans l’obscurité, je pouvais pas en croire mes yeux : mon super héros en mains avec une blonde pleine de cheveux, super maquillée bouche laquée, zieux eyelinés avec des paillettes dessus, jupe moulante ras des fesses, talons de 12.

Et mon grand loup romantique, éperdument rivé à cette nénette peroxydée qui ne parlait certainement pas un mot de notre belle langue, avait totalement oublié mon nom, et même mon existence.

Je me suis approchée pour récupérer mon bien, mais visiblement c’était le dernier de ses soucis. Il a plongé la main dans la poche de son jean, et sans me jeter même un œil, il m’a tendu l’objet comme si c’était un vulgaire caillou. J’étais dégoûtée. T’imagines un peu le bolosse ? J’ai trop pas envie de me victimiser mais c’était un peu la honte ! le mépris devant tout le monde ! Sur le coup, j’ai quand même eu la rage.

Peu après, la blonde incendiaire l’a pris par la main et j’ai eu un petit frisson quand j’ai vu qu’ils allaient chercher leurs vestiaires ensemble. Je suis restée coite ! Valentin, c’est vraiment un iench. Il m’a trop abusée. Je suis au bout du rouleau.

Je viens de lire sur internet, sous le titre « la féminisation du monde », les commentaires d’un certain troll, 22 ans :

« Elles nous font culpabiliser sur ce mythe de l'affreux méchant macho ultra misogyne, véritable modèle à ne pas suivre du primate. Légitimement, nous avons peur de nous voir coller cette étiquette et, pire que tout, nous ne savons même pas pourquoi. Nous ne savons pas quel mot, geste ou regard posera le malheureux bonnet d'âne macho sur notre tête. Conséquence logique, poursuit-il, nous allons dans le sens inverse, nous nous féminisons…..»

MDR, je vois pas du tout ce que ça veut dire. J’ai jamais empêché quelqu’un d’être un mec, moi, au contraire, c’est ce que j’attends le plus. Y a donc quelque chose que j’ai pas bien acquis dans le game. Et toi ?

Tu y crois, c’est encore moi qui suis devenue rageuse, alors que, comme je te l’ai expliqué , j’avais pas le moindre crush pour ce bouffon.

Raconte-moi tes expériences là-bas, tu dois en avoir de meilleures que moi, tu me manques !

PS : Balec, au suivant !

Publié dans Humeurs

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