Je voulais me cacher (film Italie 2020)

Publié le par CERISETTE

Je voulais me cacher (film Italie 2020)

Je ne connaissais pas Antonio LIGABUE, à ma grande honte. Ce peintre (1899-1965) a vécu à l’époque de Vincent Van Gogh et il peut aisément lui être comparé.

Le film évoque la personne qu’il était, et montre un peu de son art.

Né en Suisse (Zurich), de parents italiens très très pauvres, il a vécu l’abandon suite au décès par empoisonnement alimentaire de ses frères et de sa mère. Son enfance misérable l’a probablement empêché de se développer normalement, (il était devenu rachitique), et ce, d’autant plus qu’il était atteint de troubles psychotiques (schizophrénie ?  Paranoïa ? troubles bi-polaires ?). Toujours est-il qu’il est a été adressé à un hôpital psychiatrique dès son enfance. Il connaitra l'asile pendant près de la moitié de sa vie, ses entrées et sorties scandant les différents épisodes de son existence.

D’un physique très peu attirant, d’un abord difficile (il dira, à la fin de sa vie, que celle-ci a été entièrement dominée par la peur), c’est aussi un homme attachant et émouvant qu’on voit évoluer sous nos yeux.

Le film ne retrace ni son histoire, ni sa vie, ni même l’origine de son œuvre ou l’explication de son génie. Le réalisateur a choisi de nous montrer le monde avec les yeux de l’artiste. Nous sommes donc plongés dans les tourments et les grâces de ce pauvre être, balloté par la précarité de la vie, par la cruauté des hommes, et victime à la fois de ses maladies et finalement…de son talent. D’où une construction du film éclatée, fragmentée, dissociée. Les souvenirs s’enchainent vite, la progression n’est ni cohérente ni linéaire, en un mot : « tout est chaos » ! .

Les images sont stupéfiantes, le jeu de l’acteur extraordinaire. Comment un acteur est-il parvenu à ce point à se glisser dans la peau, les gestes, les mimiques et la psychologie de ce personnage totalement fou, et comment a-t-il fait pour le rendre, sans rien cacher de sa violence, aussi intimement présent et émouvant ?

Car sous les crises d’agressivité, d’ailleurs souvent retournées contre lui-même, le peintre dissimule mal sa tendresse, son besoin d’amour, et presque sa délicatesse.

Les œuvres singulières de ce peintre torturé révèlent un observateur attentif de la vie animale et un homme fasciné par la brutalité des bêtes sauvages : les prédateurs tels que tigres, lions, renards, montrent griffes et dents et se saisissent avec rage de leurs proies qu’ils dévorent.

Se sentait-il plutôt prédateur ou plutôt la victime ? je penche pour la seconde hypothèse et la peinture de telles scènes serait alors venue exorciser les paniques de cet être si fragile.

Les vues sur les montagnes suisses, sur les forêts, sur la campagne dans la plaine du Pô et les lumières de fin d’automne nostalgiques sont à couper le souffle. C’est tellement beau, ces vieilles briques, ces colonnades, ces anciennes églises romanes et ces asiles lépreux ! C’est tellement beau le défilement des saisons dans les champs de maïs, dans les vastes étendues givrées ! C’est tellement poignant cette destinée de génie dans un corps tordu de douleurs !

Je voulais me cacher (Volevo nascondermi) film italien réalisé par Giorgio Diritti, 2020.

Publié dans cinéma

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