Berlin mon garçon (Théâtre Odéon, Texte Marie N'Diaye)

Publié le par CERISETTE

Berlin mon garçon (Théâtre Odéon, Texte Marie N'Diaye)

Alors là oui, c’est un plaisir incroyable de retrouver le théâtre, après …non pas après un an mais 9 mois qui m’ont paru si longs !!! Je n’étais pas la seule et la salle était pleine, enfin pleine, disons pleine en respectant les consignes sanitaires c’est-à-dire en laissant un siège entre chaque groupe de personnes venues ensemble. Tous avec des masques pendant la représentation, comme il se doit. Tout ça me parait quand même bien allégorique car la salle est très grande en volume, les spectateurs ne parlent pas, et la distance d’un siège de chaque côté soit ne me parait pas servir à grand-chose en cas contamination généralisée ! mais les apparences étaient sauves et ce qui comptait, c’était d’être à nouveau dans une salle de spectacle, thanks God ! 

La pièce ? Écrite par Marie N’Diaye, une autrice reconnue. La mise en scène ? par notre grand Stanislas Nordey, donc pas n’importe qui. La salle ? L’Odéon, le théâtre de l’Europe, LA salle des spectacles contemporains. Les critiques ? Dithyrambiques, pas de fausse note. Le sujet ? Un garçon parti faire le Djihad, en principe, mais Marie N’Diaye a choisi de le faire disparaître non pas à Mossoul mais à Berlin. Hum….. j’ai un peu peur que ce parti pris vise à….mais bon, il fallait voir.

J’ai vu…et je n’en ai pas raffolé. La langue de Marie N’Diaye est poétique, intransigeante et même un peu baroque. On peut facilement se laisser entortiller par les phrases qui s’enroulent, se déroulent et s'enchaînent dans une ronde formelle, se laisser happer ou…s'endormir. Endormir d’autant plus que la mise en scène est minimaliste, les acteurs récitent et ne jouent quasiment pas, ils restent relativement immobiles, hiératiques. Normalement cela le fait pour des textes puissants et scandés comme les vers de Racine. Je ne sais pas si l’écriture de Marie N’Diaye le justifiait.

Oui, elle parle du mensonge, de l’éclatement des familles, de la liberté, et de l’amour. Mensonge car personne ne dit la vérité sur la disparition du fils de la famille, et liberté parce que la mère finit par retrouver sa capacité de construire sa vie, de retrouver l’amour, de dépasser son angoisse de responsabilité. Mais la famille éclate, et on s’interroge. Pourquoi cette disparition dans une famille cultivée et …bien française ?

J’ai le sentiment que les sujets, à force de ne pas vouloir les aborder de front, en arrivent à se noyer dans les sous-entendus. Puisqu’il n’est pas question de djihad mais de départ vers Berlin, une ville que la romancière connait très bien puisqu’elle y a vécu une dizaine d’années, et qu’il n’est pas question de vérité puisque ce n’est qu’en évitant la lucidité qu’on parvient à dénouer la crise, toute cette pièce me parait construite sur des mots, des discours, des faux semblants, et bref…sur l’absence de sincérité.

Donc moi non plus je n’ai pas compris le sens caché de cette pièce qui m’a beaucoup déçue. Moi aussi j'ai fait comme si , moi aussi je me suis plongée dans les mots seuls sans chercher la signification profonde. Le plaisir du théâtre n’en a pas été complètement gâché…mais presque. Dommage !

Publié dans Théatre

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