Ma boulangère a le blues

Publié le par CERISETTE

Ma boulangère a le blues

Même si tout n’est pas fabriqué sur place, y compris le pain qui, semble-t-il, est, pour la plupart du temps, simplement cuit à partir de pâtons surgelés, l’odeur d’une boulangerie reste l’une des odeurs les plus heureuses que je connaisse. Personne ne résiste aux arômes du pain chaud et même le plus désespéré d’entre nous reprend gout à la vie quand ces effluves lui parviennent. Une odeur magique à jeter tous les soucis à la rivière, à guérir les malades, à laisser tomber les cordes du suicide, à relever le paralytique, à ressusciter les morts, bref une irrésistible odeur de paix et d’amour sur la terre ! Du moins c’est ce que je croyais.

La discussion avec ma boulangère m’a réveillée ! Venue, comme chaque matin, pour profiter du pain chaud, je me suis engagée à exprimer ma joie auprès de la vendeuse. Une boulangerie, c’est là où on devrait installer une table de négociations, cela mettrait tout le monde d’accord.

Croyez-vous ? Me répondit-elle. Je vais quitter ce boulot bientôt. Je n’en peux plus.

D’abord il y a le masque, avec le four dans le dos, le masque, c'est insupportable. Encore ce printemps, c’était à peu près cool, il a fait un temps pourri. Mais l’été sera très difficile. Il nous est interdit de mettre une visière. Si j’avais pu être vaccinée dans les premières, mais, vous le savez, à Paris, pas question d’avoir accès aux vaccins. On va pas parler de ça, c’est déjà un sujet qui fâche. Personne ne comprend pourquoi on a vacciné en Corse alors que le virus n’y a presque pas circulé et pourquoi on ne peut pas se vacciner à Paris qui est un haut lieu épidémique. Mystère électoral peut être ?

Bon, je reviens au masque: ce masque n’est pas du tout adapté à nos professions. Je l’enlève dès que je peux.  Mais quand il y a des clients, ce qui est le cas 9 fois sur 10, il faut bien que je le porte. Ça me donne des boutons. Et le contact avec la clientèle n’est plus le même. Oui, on peut sourire avec les yeux, mais c’est pas pareil. On ne peut plus se comprendre facilement avec nos clients. Le sourire de la boulangère, c’est normalement ce qui vous guide vers l’une ou l’autre des boulangeries de votre quartier, non ? Et tout le monde derrière un masque, c’est pas ça la vie. On a des habitués qui ne nous reconnaissent quasiment plus. Enfin, nous, on est un grand établissement, on reçoit aussi de la clientèle de passage. C’est tellement vital d’établir un lien, même superficiel !

Vous ne voyez pas la suite, vous venez tôt le matin. Mais toute la journée, il y a la queue au magasin. Une queue qui descend toute la rue des Quatre Vents. Jusqu’au carrefour.

Et là, les gens ne supportent plus d’attendre. Non, non, ils ne veulent plus du tout attendre et moi j’ai pas 17 bras. On se relaie, on est trois, en permanence, une à la caisse, une aux gâteaux et une autre au pain. Les clients commencent à s’incendier dans la queue. Je vous dis pas quand ils arrivent dans la boutique.

L’autre jour, une dame a demandé à ma collègue enceinte si tout se passait bien et quand était prévue la naissance. Derrière cette dame, ils ont commencé à s’agiter immédiatement. Un monsieur a dit : « oui, oui, « elle » va bien, si elle est là, c'est que ça va. Faites ch…, avancez plutôt, commandez et partez, vous discuterez quand elle aura accouché. On n’a pas que ça à faire ».

Ah, au premier confinement, ils étaient tous tellement inquiets. Ils nous remerciaient d’être là malgré l’épidémie. Sans vous, on ne survivrait pas… Terminée la reconnaissance. Maintenant on est juste devenues des punching ball pour qu’ils puissent se passer les nerfs sur nous. Ils nous accusent de tout. Le gâteau qui ne tient pas, qu’ils ont renversé dans leur sac, le croissant trop cuit, le pain qui n’est pas juste à leur goût pour la mie, ou la croûte et hop, ils viennent se plaindre en direct.

Notre patronne nous soutient, mais c’est tous les jours qu’elle essuie des plaintes, des critiques, parfois même des injures.  

Comment se fait-il qu’ils ne voient même pas que les gâteaux sont surgelés ? Du moins la pâte. Personne n’a plus le temps pour fabriquer les pâtes. Ni les crèmes. Et même les fruits, ils viennent souvent de boites de conserve. Sauf les frais bien entendu.  Le pâtissier se contente de disposer les garnitures dans les gâteaux. Tout est industriel ou presque. Alors pourquoi les clients s’acharnent à relever les moindres imperfections ? Au plus c’est parfait, au plus c’est industriel.

Et puis, il y a internet.

Je vous montre, il n’y a personne à cette heure-ci, regardez. Sur mon portable  Je trouve que ça en dit plus sur la mentalité des clients que sur nous. Les râleurs râlent sur tout, c’est une spécialité française.

Sur l’accueil :

« Accueil déplorable, on a toujours l’impression de les déranger. Une blonde antipathique que ce soit envers les clients ou bien les employés, m’a servie sans aucun respect. »

"L'accueil est lamentable : ni bonjour, ni sourire, le personnel ne vous voit même pas."

"Vous dites bonjour on ne vous répond même pas. Les personnes parlent entre elles sans vous regarder. Dommage."

"Un peu de management dans cette boulangerie ne serait pas du luxe!!!!!"

"Très bien pour la qualité des produits mais on ne peut pas en dire autant du personnel !!
A peine bonjour, on vous parle comme si vous dérangiez, on vous écoute à peine , on oublie la moitié de la commande . Si vous demandez de changer d'emballage gâteaux car je suis en vélo et que le transport sera compliqué, on a droit à un "elle pouvait pas le dire plus tôt"!"

"Quand on est aimable comme une pierre tombale mieux vaut éviter les métiers avec relation client ou bien faire des études si ce genre de métier ne convient pas."

Sur l’hygiène :

"Par ailleurs, déjà avant le COVID-19 c'est quelque chose qui me choquait mais d'autant plus maintenant : prendre le pain et autres avec les mains sans gants ni même une pince c'est tout simplement scandaleux surtout après avoir touché les pièces et peut être son nez, sa bouche, son ***... Bref !"

"Se gratte l'oreille, s'essuie le nez, ramasse quelque chose par terre sans se laver les mains et continue la préparation des pizzas, c'est pas la première fois, c'est lamentable et écœurant même sans parler de Covid."

Sur les produits :

"Le pain est bon mais sans plus, les viennoiseries laissent vraiment à désirer. Vous pouvez vous laver les mains après les avoir mangées tellement c'est plein d'huile. Quant au goût c'est médiocre."

"Oser servir une tarte citron meringuée dont le biscuit est trop cuit, immangeable, c’est proprement scandaleux !"

"Leur gâteau à la fleur de vanille de Tahiti à 16 € franchement rien d’exceptionnel : la base est trop sucrée et la vanille insipide. Le Paris Brest à 14€ a une base trop bourrative et hyper sucrée. Ils goûtent à leurs gâteaux ? Pourquoi autant de queue devant le magasin ??"

Sur les prix :

"En premier lieu notre commande n'était pas prête à l'heure ; il nous a fallu attendre quasiment 1/2 heure ; le produit fini ressemble à un Saint Honoré, mais est si petit qu'il conviendrait a 2 personnes gourmandes, voire 3 !!!! Prix 70 € !!!!!!! Incroyable mais vrai !!
Le gâteau agrumes marrons est en fait une tartelette pour 1 personne : Prix aux alentours de 20 €
"

"Ma femme et mes enfants, qui connaissent ma passion pour le flan, ont acheté un soi-disant flan pour 6 personnes dans cette boulangerie : mais de qui se fiche-t-on ?

1. Appelez ça une crème fraiche à la vanille, mais jamais un flan !!!

2. Pour 6 personnes, dites-vous ? Mais toutes au régime alors !

3. Et vous leur avez fait payer 50 € pour un "machin" pareil !!!!!!!!!!!

Honte à vous nous ne retournerons jamais chez vous et vous ferons une sacrée publicité auprès de nos amis, soyez-en certain."

"Des fois j'ai l'impression de payer plus l'emballage que la pâtisserie..".

Et pour finir un conseil , donné par une âme charitable à l'attention de la terre entière:

"Fuyez - une honte au symbole de la pâtisserie française"

Je suis partie en me disant que l'odeur des croissants chauds n'avait pas plus d'influence sur la psychologie des Français que le pet d'un anchois dans la mer des Sargasses. Je me demande si, sortis de cette crise sanitaire épouvantable, nous retrouverons une civilité digne de notre glorieuse histoire  et de nos traditions culturelles ! le pain devrait nous réunir tous!

Publié dans Humeurs

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Commenter cet article

PAO 08/05/2021 10:06

..........????

cerisette 08/05/2021 10:18

non? Vous n'etes pas d'accord?