La Commune de Paris

Publié le par CERISETTE

La Commune de Paris

Aujourd’hui 18 mars 2021. Cela fait exactement 150 ans que "La Commune de Paris" était créée. Je ne pouvais pas laisser passer la date. Tous les Français éprouvent, j’en suis certaine, un sentiment d’affection pour cet épisode de leur histoire et ressentent une pointe d’admiration pour les héros (pas tous tombés dans l’oubli) de cette insurrection. La Commune a duré 72 jours, un peu plus de 2 mois. C’est bien court pour un évènement dont on parle encore aujourd’hui. Mais c’est peut-être justement parce que cela a été court que rien (ou presque) n’est venu troubler la pureté de l’évènement. Les communards n’ont pas eu le temps de se compromettre dans des actions de répression comme cela aurait pu être le cas si l’histoire s’était prolongée…Enfin, avec des si…

Sur ce sujet de La Commune de Paris, combien de livres, de films, d’ouvrages de toutes sortes ont été édités ? On parle de 5000 œuvres, alors comment et pourquoi en parler encore ?

Je viens de me rafraîchir la mémoire avec deux livres et un film tiré d’une BD.

  • J’ai lu « Commune(s) 1870-1871. Une traversée des mondes au XIXe siècle », de Quentin Deluermoz, Seuil, 2020
  • J’ai vu, tiré d’une BD excellente, éponyme, un film animé sur ARTE : Les Damnés de la Commune, par Raphaël Meyssan, 2019.
  • Et j’ai relu Marx : « La Guerre Civile en France », publié « à chaud », justement en 1871, tout comme il avait publié en 1852, « Le 18 brumaire de Louis Bonaparte », en référence au coup d’État de décembre 1851.

Commune(s), aborde la question du retentissement mondial de ces expériences de gouvernement révolutionnaire, où Paris n’était d’ailleurs pas la seule ville insurgée et organisée en Commune en France. Deluermoz a recherché toutes les causes possibles à la portée internationale de ces évènements. Ça se lit comme un roman et on est très vite immergé dans le XIXᵉ siècle finissant, où Paris et la France étaient encore des centres d’attraction presque planétaires. (à jeu quasi égal avec le Royaume-Uni, pour une fois non impliqué dans ce micmac). C’est un ouvrage très documenté, une œuvre d’universitaire, mais accessible et que je recommande pour les grands curieux comme moi.

La BD et le film sont juste merveilleux. Les illustrations imitent les gravures en noir et blanc et c’est bien ce qu’il fallait pour nous plonger dans l’ambiance. À mettre entre toutes les mains.

Allez, pour mes lecteurs qui, j’espère, ne s’offusqueront pas, je vais me lancer dans un court rappel de l’Histoire. 1870 : Napoléon III peine à maintenir son autorité. Il est vrai que sa légitimité a toujours fait problème puisqu’il est arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’État. Il est vieux et malade, et il mourra d’ailleurs 2 ans plus tard. Le voilà qui, dans l’espoir de refaire sa puissance, tombe dans un vieux piège concocté par Bismarck, et déclare la guerre à la Prusse, alors préoccupée de réunir ses États et Empires. Boum ! En 1,5 mois, Napoléon III est fait prisonnier à Sedan, capitule et le second Empire se casse la figure. La République est proclamée par Léon Gambetta, à l’Hôtel de ville de Paris, le 4 septembre. Le 18 septembre, les Prussiens commencent à encercler Paris, le gouvernement prend les jambes à son cou et s’enfuit.  Gambetta fera d’ailleurs une sortie rocambolesque de la capitale par Ballon gonflé au gaz de Ville. Le siège de Paris pendant l’hiver 1870-71 sera particulièrement éprouvant, les Parisiens affamés mangeront les chats, chiens et animaux du Jardin des Plantes. Pendant que le peuple souffre et tient bon, la trahison des élites républicaines puis, dès février 1871, monarchistes, s’organise. Il est de plus en plus évident que le gouvernement de Défense Nationale, qui a choisi de se réunir à Versailles, la Ville des Rois, va signer une paix honteuse avec les Allemands. L’horrible Thiers, chef de l’exécutif, mène la danse qui aboutira à un armistice en janvier 1871. La France va céder l’Alsace et la Lorraine et s’oblige à payer, pour mettre fin à l’occupation de la moitié de son territoire, 5 milliards de francs-or.

Or, de cette reddition, le peuple de Paris, n’en veut pas. Il faut bien se souvenir qu’en raison des travaux d’Haussmann, la Ville était remplie d’ouvriers rejetés à la périphérie et payés au lance-pierre. Tous commençaient à accéder à l’instruction et étaient sensibles aux idées révolutionnaires de Blanqui (le troskyste de l’époque) ou de Proudhon (l’anarchiste).

Thiers avait vu le danger : il y avait des armes dans Paris, et notamment des canons entreposés pour faire face aux troupes allemandes. Il voulait d’autant plus les récupérer qu’il comptait faire taire toute forme d’opposition par la force, notamment en donnant l’ordre de tirer dans la foule.

Nous sommes le 17 mars 1871, sur la Butte Montmartre, la troupe s’avance, met en joue et….retourne les crosses!  

« La butte était enveloppée d'une lumière blanche, une aube splendide de délivrance. La troupe fraternise avec le peuple, l'insurrection gagne Paris, quartier par quartier, surprenant à la fois le gouvernement et le Comité central. Ce n'est que le soir que les membres du Comité central se décideront à passer à l'attaque et à occuper toute la ville alors que Thiers et le gouvernement fuient vers Versailles. » écrira Louise Michel.

Ce qui me frappe ensuite, dans l’action que mèneront ces insurgés, c’est la priorité donnée à la démocratie véritable (ils auront à cœur d’organiser des élections avant toute chose) et la mise en œuvre de quelques principes qui sont, à mon avis, la signature profonde, presque anthropologique, du peuple de France. Comme s’il n’y avait rien de plus urgent, ce « gouvernement » du peuple décide, immédiatement, de la séparation de l’Église et de l’État, et de la laïcisation de l’enseignement ! En cela, ce pouvoir, nouvellement élu, retrouve des réflexes qui ont marqué l’Histoire de France depuis 1000 ans, et qui consacrent la sécularisation des services publics.

On a pu trouver brouillonne l’action de la Commune, et Marx en sera le premier conscient, lui qui a tenté, par tous les moyens, de faire vivre l’expérience en lui trouvant des appuis extérieurs, car, comme souvent, le peuple manquait de leader, donc d’organisation. Mais il est remarquable qu’à travers toutes les nécessités auxquelles le peuple de Paris s’est trouvé confronté (famines, insalubrité, misère), il ait trouvé impératif de réaffirmer une fois encore, sa volonté de s’émanciper des religions ! Bien sûr, d’autres réformes ont été prises dont les plus importantes ont été  la remise des loyers impayés depuis septembre 1870, l’égalité femmes-hommes ou le plafonnement des plus hauts revenus, mais la rupture avec le vieux monde est d’abord passée par la démocratie et la justice, hors de l’emprise des religions.

Pour Karl Marx « L’œuvre premier de la Commune, ce fut son existence même ».

Et de fait, il en a tiré des enseignements sur ce qui avait manqué aux insurgés pour pouvoir réussir leur prise de pouvoir, leçons qui ont été entendues dès lors, au cours de toutes les révolutions dans tous les pays du monde ou presque. C’est ainsi que la Commune de Paris est devenue le laboratoire universel des changements populaires jusqu’à ce jour. Et ce, même si elle n’a duré que 2,5 mois !

Quentin Deluermoz nous explique que le rayonnement mondial de cette « aventure » tenait à la place de la France comme inspiratrice des mouvements de libération mais aussi à sa puissance coloniale (contestée, gravement contestée d’ailleurs, même à l’époque), et aux dynamiques médiatiques qui, sans avoir besoin d’internet, portaient des ferments républicains bien au-delà de l’Europe. Il y a donc eu des réappropriations de l’expérience française, un peu partout dans le monde.  

La Commune de Paris demeure, partout, la mère de toutes les révolutions sociales. C’est donc important de lui rendre hommage, le jour de son anniversaire.

Publié dans Litterature

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