Les NUDGE ou la "pédagogie" politique

Publié le par CERISETTE

Les NUDGE ou la "pédagogie" politique

Autant je mise sur la pédagogie pour stimuler l’apprentissage, autant je me hérisse chaque fois que les politiques parlent de développer la « pédagogie » pour nous faire adhérer à leurs décisions. C’est à mon avis un dévoiement total de la notion même de pédagogie. Mais j’y reviendrai.

Je voudrais parler aujourd’hui du NUDGE, comme incitation à changer nos comportements, dont notre président a fait un usage immodéré notamment dans la crise sanitaire.

Personnellement j’ai découvert le Nudge très récemment, au moment du premier confinement, et je l’ai vu à l’œuvre tout au long de ces longs mois horribles que nous venons de traverser et dont nous ne sommes pas sortis. Il faut croire que jamais ces techniques ne m’avaient sauté aux yeux auparavant.

Le Nudge c’est quoi ?

En anglais « nudge » cela veut dire coup de coude, et ce sera traduit en français par « coup de pouce ».

La théorie a été élaborée par un économiste américain suite à la crise financière de 2008. Richard Thaler, c’est lui, a publié un livre qui lui vaudra par la suite le Prix Nobel d’Economie 2017 : « Nudge : Améliorer les décisions concernant la santé, la richesse et le bonheur ». Il faut croire que ces théories séduisent les décideurs du Nobel puisque « notre » prix Nobel 2019, Esther Duflo, s’inscrit pleinement dans ce courant de pensée.

Auraient-ils trouvé la martingale qui permettrait à tous d’accéder à une meilleure santé, à la richesse et aussi au bonheur ?  Poser la question revient à douter, et je vais donc faire taire ma méfiance (préconçue) pour tenter d’analyser et de comprendre.

Tout part de l’idée, que je partage, que les gens n’agissent pas rationnellement, pour leur bien et pour protéger leurs intérêts.
J’aurais tendance à trouver qu’effectivement, on le voit bien aux résultats des élections mais j’ai mauvais esprit… L'exemple donné parle plutôt de comportements alimentaires, ou d’addictions, comme le tabac ou l’alcool, conduites qui ne sont pas de nature à préserver le capital santé des populations. Ou alors de la paresse, du manque d’exercice, etc..

Nous aurions donc besoin d’un coup de pouce pour nous décider à mettre en œuvre nos fameuses bonnes résolutions de l’année. Ce coup de pouce, l’État se propose de nous le fournir. En utilisant des « nudges » , c’est-à-dire en stimulant  notre volonté, en nous « poussant » gentiment à voir ce qui est bien pour nous. Les politiques agissent ainsi de manière bienveillante dans notre propre intérêt. Non, ce n'est pas ça, ils nous poussent à agir « nous-mêmes » dans le bons sens, donc de manière rationnelle et pas bêtement à l’inverse de ce qui nous est bénéfique. C’est ce qui a été appelé le paternalisme libéral ou libertaire.

Bien avant le COVID, nous avons été incités, sans nous en rendre compte, à adopter de meilleurs comportements. Par exemple, toujours dans le domaine de la santé, nous recevons parfois des rappels pour le dépistage de certains cancers, ou pour la vaccination grippale. Rien d’obligatoire, mais il semblerait que le fait de nous rappeler ce que nous devons faire (accompagné, il est vrai d’une gratuité, ça compte) soit très efficace puisque nous sommes ainsi plus nombreux à exécuter ces actions de prévention. 

Autre exemple : le fait de nous indiquer la vitesse à laquelle nous roulons sur certaines portions de routes, avec un visuel vert ou rouge selon les cas, nous amène, de notre propre chef, à réduire notre allure.

Encore un autre exemple : si on veut manger moins, il est utile de prendre de petites assiettes, donc de diminuer nos portions en apparence. Si on veut manger « bien », on a aujourd’hui des étiquettes sur les produits, numérotés de A à E , parfois entourés de «  Smileys »qui indiquent ce qui est bon pour la santé ou non. 

C’est un peu « bébé » comme guidage puisque ces incitations sont fondées sur l’impression, le ressenti, l’émotion, mais il parait que ça marchait déjà très bien sur les animaux, et que c’est la raison pour laquelle on l’applique aux êtres humains… Effectivement, la philosophie qui sous-tend ce type d’incitations, repose sur la constatation que tous les êtres vivants sont conditionnés, souvent à leur insu, par leur environnement. (Pavlov ?)

Les concepteurs ont renoncé, par manque d’efficacité, à l’information proprement dite. Les gens n’ont pas tellement besoin de savoir, ils ne font rien de bon avec des connaissances approfondies, il leur suffit d’une connaissance superficielle. Les Nudge feront le reste.

Alors comment a-t-on été nudgés pendant le COVID ?

Plusieurs exemples :

  • La litanie de morts quotidienne était destinée à nous faire peur, afin que nous soyons incités à prendre toutes les précautions utiles et notamment à rester confinés,
  • La communication institutionnelle qui a accompagné toute la période a été nudgée : gardez vos distances, faites-vous « tracer » par Stop COVID, vous êtes déjà 10 millions à avoir téléchargé l’application, protégez-vous, protégez les autres etc…
  • Le jeu de rôle entre le Conseil Scientifique et le Gouvernement est aussi complètement nudgé. L’angoisse instillée dans la population est volontaire. Les gouvernants apparaissent comme des sauveurs, leurs failles sont glissées sous le tapis. On passe sous silence les erreurs, les fautes, les vieillards abandonnés dans les EPAHD, les familles disloquées, les manques des services sociaux.
  • On est en guerre, donc à la guerre comme à la guerre, on formule des mensonges d’État sans vergogne : on a tous les masques dont on a besoin, d’ailleurs on n’a pas besoin de masques, (on n’en a pas mais rien n’est dit), on testera à grande échelle, (on n’a pas de tests ni de politique de réalisation des tests, silence), on vaccinera à grande échelle (on n’a pas de vaccins, chut). Peu importe le mensonge, personne n’ira voir puisque, dans l’urgence, on fait avec ce qu’on a.
  • Il y a une reprise de l’épidémie ? C’est de la faute de ces mauvais français qui ne respectent pas les consignes, pas du tout celle de ceux qui n’ont rien anticipé...
  • Vous voyez les chiffres descendre ? On change d’indicateurs comme de chemise : Dans un 1er temps, on égrène les morts, puis on décide en fonction de l’incidence, puis en fonction du taux de positivité, puis comme ça ne colle pas, on décide qu’il s’agira du nombre de cas aggloméré sur toute la France, puis sur une période glissante. Bref, tout est toujours sujet à inquiéter la population qui doit rester sous tension, pour son bien. Le titre du Monde du 19 février 2021  est très significatif: « Covid-19 : les indicateurs baissent, mais la circulation des nouveaux variants s’accélère. Selon les projections de l’équipe de VC, le variant britannique va s’imposer dans les prochaines semaines « en l’absence d’une distanciation sociale plus rigoureuse et intensifiée ».
  • Les hôpitaux ne sont pas surchargés, mais ils vont l’être. On est dans un creux ? Oui mais ça va remonter, c’est le creux avant l’explosion.
  • Les étudiants vont mal ? C'est de la faute des vieux qu’on a protégé et qui handicapent la vie de la jeunesse.
  • Etc…

Parallèlement à ces actions de communication destinées à nous faire faire de bon gré ce qui est bien pour nous, il y a la répression. 18h15, sur le périf, toc une amende. Des enfants sortent pendant le confinement ? Une amende. Vous n’avez pas de masque ? Au mieux une amende, au pire il faudra demander à Michel Zecler ce qu’il en pense.

Le Nudge est en principe destiné à respecter votre libre arbitre. Et la répression est censée s’adresser aux récalcitrants. C’est contradictoire mais tant pis. Double langage, une communication schizophrénisante.

Bref finalement, on se rend compte que les Français deviennent fous, c’est bizarre !

Plus j’y réfléchis plus je comprends que les Nudge sont des techniques idiotes pour laisser croire aux idiots qu’ils sont libres (alors qu’on les manipule) . Il faudrait une éthique impeccable pour s’en servir sans en abuser…

 

Publié dans Humeurs

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