Coronation (film 2020 Ai WEIWEI)

Publié le par CERISETTE

Coronation (film 2020 Ai WEIWEI)

Un diable d’homme que cet artiste chinois, aujourd’hui exilé à Cambridge ! Il a réussi à réaliser un documentaire sur la crise du coronavirus de janvier à avril 2020, sans y mettre les pieds (il aurait été jeté en prison immédiatement) , mais en se servant de son réseau d’amis restés là-bas.

C’est donc un collage de différentes séquences qui compose ce documentaire, à partir de films réalisés par des habitants de Wuhan.

Mais on y voit tout : la ville désertée, les médecins en première ligne, leur travail, leurs équipements, les couloirs des hôpitaux de campagne construits à la hâte, quelques malades, les laissés pour compte, les familles.

Je vais y revenir mais d’abord le portrait rapide de Ai WEIWEI.

Né en 1957, l’artiste est le fils d’un très grand poète chinois (on dit que ce serait le plus grand des poètes contemporains) Ai Qing, décédé en 1996. Ai Qing, son père, et  donc aussi toute  la famille de Ai WEIWEI, ont dû subir d’interminables persécutions : d’abord par le Kuomintang (Ai Qing a été jugé comme communiste par le parti au pouvoir avant l’arrivée de Mao) puis, sous Mao, à l’occasion de la Révolution Culturelle (jugé comme trop droitier). Total : 17 ans d’humiliations et de déportation sous le communisme !

Ai WeiWei a reçu une formation d’architecte mais il s’est surtout fait connaitre comme artiste plasticien, particulièrement engagé. Dès 1995, il publie une photo d’un doigt d’honneur au premier plan de la place Tian’amen, d’où l’on voit des bâtiments emblématiques du pouvoir chinois.

Puis il conçoit des œuvres critiquant le capitalisme américain, comme l’apposition du logo Coca Cola sur un vase millénaire. Et, à partir de 2008, il va énerver de plus en plus le régime chinois en photographiant les conséquences d’un fort séisme au Sichuan, puis en érigeant une liste de personnes décédées pendant ce tremblement de terre et en exposant cette liste.

Il commence alors à être, à son tour, persécuté : son atelier est brûlé, il est soupçonné de fraude fiscale, soumis à de fortes amendes, puis emprisonné (enfin, il disparait quelque temps jusqu’à ce que son avocat le retrouve en prison). Grâce à une mobilisation internationale des internautes qui paient sa caution, il est finalement libéré, récupère son passeport et se réfugie à Berlin puis à Londres. Il y a quelques jours il a participé à une mobilisation pour soutenir Julian Assange, après avoir recouvert une salle de concert à Berlin de gilets de sauvetage, en mémoire de tous les migrants qui périssent en mer pour tenter de regagner l’Europe.

Je voulais absolument visionner ce documentaire au titre si bien trouvé CORONATION. (à la fois couronnement et « nation corona » en anglais). Bien entendu ce film n’est pas distribué sauf sur les plate formes de streaming (ViMEO).

"Coronation" commence sur un couple qui rentre chez lui en voiture le soir du 23 janvier après les fêtes du Nouvel An chinois, à travers les rues désertes et enneigées. L'homme et la femme s'arrêtent à une station-service où une employée tente de prendre leur température. Très vite, la police arrive appelée par la femme de s la station-service. Mais tout se passe bien.

On voit ainsi des médecins et personnels de santé arriver de toute la Chine sous les applaudissements organisés des habitants dépêchés à l’aéroport. Et on voit les livreurs qui se présentent au bas des immeubles et qui passent les colis de nourriture commandés par les résidents cloitrés, sous les grilles de clôture. Les habitants viennent chercher leurs commandes (on comprend qu’il s’agit de commandes groupées) munis de tout ce qu’ils ont pu trouver comme équipements de protection : masques, sacs en plastiques, gants…

On assiste au protocole de protection d’un médecin : 2 masques l’un sur l’autre, deux combinaisons blanches l’une sur l’autre, des gants étanches, des lunettes, une sorte de casque plastique de cosmonaute sur des lunettes et une visière. Pour le déshabillage de ce médecin, il y a trois cabines successives, contrôlées par une femme derrière une video. Impressionnant !

Les scènes qui m’ont le plus marquée :

  • Un fils vient rendre visite à sa vieille mère. Elle est encore sous influence des discours de Mao, soutient le « PARTI » (sous l’œil goguenard de son fils) et montre toutes les décorations qu’elle a reçues au long de sa vie, (il y en a même qui sont signées d’un opposant à Mao, enfin de l’un de ceux que Mao avait condamné comme « traitre »),
  • Des gens sont coincés dans un immense local (un gymnase ?) et affirment n’avoir jamais contracté le virus mais être là pour faire baisser les statistiques de mortalité,
  • Un homme appelé pour construire les hôpitaux temporaires (comme bien d’autres) a raté le retour organisé, semble-t-il. Il est obligé de vivre dans un parking et se heurte à la bureaucratie chinoise qui le fait tourner en bourrique pour finalement l’empêcher de repartir chez lui avant la fin du confinement. On apprendra par la suite que cet homme s’est suicidé.
  • Des files de gens viennent récupérer les urnes funéraires de leurs proches. Un fils voudrait avoir l’urne de son père qui lui est refusée tant que l’unité de travail de celui-ci n’a pas été admise à l’accompagner.  

    « En République populaire de Chine, il n'y a pas de place pour le deuil ou le chagrin : rien ne doit entraver le message officiel célébrant l'efficacité du régime. »

    Glaçant !

Un film à voir pour se plonger dans la vie d’un chinois en Chine, à Wuhan, pendant l’épidémie.

Publié dans cinéma

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