La vérité sous le masque

Publié le par CERISETTE

La vérité sous le masque

De Toutankhamon à Zorro, de la tragédie grecque au théâtre Nô, du masque de bal à celui du médecin, de celui du sorcier africain à ceux de Roméo et Juliette, les masques ont toujours traversé les époques, cultures et continents pour exprimer ce que nous ne pouvons pas dire avec des mots.

Se couvrir le visage d’un masque est nécessairement un acte symbolique, car, plus encore que les vêtements, il s’agit de modifier ce qui, en nous, est le plus personnel : nos expressions, notre langage non verbal, ce qui nous trahit et nous révèle, la forme de nos traits individuels, bref l’insaisissable de nos pensées et de nos émotions. Le masque est donc, dès l'origine, lié à la vérité: je cache ce que je veux dissimuler...

On comprendra que je vais, dans ce post, parler des fameux masques sanitaires de la crise actuelle. Symboles de beaucoup d’erreurs et d’incompréhensions, de tentatives de dissimulation, de mensonges et d’inertie . Symboles en tout premier lieu d’une incompétence majeure de nos pouvoirs publics. Puis symboles d’une catastrophe sanitaire, économique et sociale. Et aujourd’hui symboles du déconfinement, donc d’une liberté retrouvée, mais aussi pour certains, et de façon contradictoire, d’une soumission à des ordres (injonctions/réglementations) qui sont perçus comme illégitimes et abusifs.

C’est la symbolique du masque que je vais interroger pour comprendre un peu mieux pourquoi nous en sommes arrivés là.

Petite histoire du masque :

Sans me lancer dans une analyse que d’autres que moi ont mis des années à défricher, je vais d’abord simplement rappeler les différents usages des masques à travers l’histoire.

  • Du plus loin qu’on remonte (antiquité égyptienne notamment), le masque est d’abord utilisé pour « figer » la physionomie des morts. On en revêt les défunts pour conserver leur âme, comme on conservait le corps par la momification. Ce faux visage (maschera en italien) est donc primitivement associé à la mort et à l’éternité. Ce que l’on retrouve avec les masques mortuaires, moulages des visages de personnes célèbres pour en conserver les traits à jamais.  
  • C’est dans ce sens qu’on peut lire également les masques rituels d’Afrique (d’Amérique amérindienne, d’Océanie etc..), utilisés dans les cérémonies initiatiques notamment pour communiquer avec les dieux. Le rôle magique du masque n’est pas inoffensif et s’en emparer peut se révéler très dangereux, voire mortel. «À chaque type de masque se rattachent des mythes, qui ont pour objet d'expliquer leur origine légendaire ou surnaturelle et de fonder leur rôle dans le rituel, l'économie, la société.» (C LeviStrauss)
  • Très utilisés dans le théâtre (antique, Nô, commedia dell’Arte), les masques conservent leur rôle « magique » (lien avec les dieux qui est manifesté par et dans le théâtre), mais, probablement, pour cela aussi, sont extrêmement codifiés. Ils indiquent au spectateur le caractère, la personnalité d’un rôle, sans qu’il soit besoin d’en rajouter ni dans les paroles (le texte) ni dans la gestuelle.
  • C’est très certainement en lien avec ces utilisations du masque dans le théâtre que ceuxci sont portés pendant le carnaval. Il s’agit là de « disparaitre » à sa propre identité pour adopter celle d’un personnage que l’on souhaite imiter et/ou tourner en ridicule.

Et du masque sanitaire :

Et on arrive vite aux masques sanitaires. Nos gouvernants ont beau dire qu’on ne pouvait pas savoir, qu’on ignorait les conditions de transmission de la maladie du COVID-19, (ce qui est fort de café, s’agissant d’une maladie respiratoire de type « grippe » !), le port du masque comme geste barrière de base est quasiment inscrit dans nos  gènes. Au XVIIe siècle déjà, le célèbre « masque à bec de canard », garni de plantes aux propriétés désinfectantes, est imaginé pour protéger les médecins de peste de la contagion aérienne. Au fil des années et des épidémies, les dispositifs filtrants se précisent et c’est durant le second XIXe siècle – alors que les travaux de Pasteur (faisant suite à ceux de ce malheureux Simmelweis) font considérablement avancer la prophylaxie dans le domaine médical – que le masque de protection se généralise dans le milieu hospitalier.

Toutes les épidémies vécues par notre civilisation occidentale ont vu l’arrivée du masque comme un moyen, un équipement minimum pour faire barrière aux contaminations, germes et poisons de toutes sortes. Le masque sanitaire semble tomber sous le sens : c’est un moyen de se protéger à la fois rassurant et commode : il n’est nul besoin de se confiner si tout le monde porte un masque (et évidemment évite de s’embrasser sur la bouche ou de se toucher tous azimuts).

Pour les soignants, il s’agit de protéger les malades, de se protéger soi-même et d’éviter que les germes ne se diffusent dans la population générale.

Ceci était bien connu des médecins et ne faisait pas débat… Jusqu’à la pandémie de 2020 où certains semblaient avoir tout oublié tant ils étaient nombreux à se précipiter dans les médias pour proclamer que le masque ne servait à rien pour le grand public. L’Académie de Médecine, pendant la pandémie de grippe dite espagnole de 1918, avait ainsi adopté :

« La récente conclusion, votée par l’Académie de médecine, préconisant le port de masques, pour éviter la dissémination de grippe parmi le personnel sanitaire, ne consacre pas une nouveauté. Le masque protecteur est apparu pour la première fois il y a déjà bien des années […] Serait-il trop compliqué de porter devant la bouche et le nez quelques doubles de gaz à pansement maintenus par une armature de fil de fer, exactement comme on porte des lunettes – ou plus simplement encore, de porter une voilette épaisse ? » (Le Petit Parisien, 27 octobre 1918)

Le port du masque était même enseigné aux enfants pendant la guerre de 14-18 pour faire face aux attaques chimiques.

Comment expliquer dès lors le revirement de nos scientifiques et de nos politiques pendant le COVID-19, 1ère vague ?

A suivre dans un prochain post...

Publié dans santé

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