L'Ombre de Staline (film 2020, Pologne, Ukraine, UK)

Publié le par CERISETTE

L'Ombre de Staline (film 2020, Pologne, Ukraine, UK)

Ce n’est pas vraiment le genre de films que je vais voir habituellement. L’Ombre de Staline a pourtant tout pour m’intéresser : c’est un biopic (biographie reconstituée), dans les années 30, sur les mensonges « déconcertants » du régime soviétique de Staline.

Mais c’est aussi un film à grande audience, distribué dans les salles grand public, un film qui a bénéficié de beaucoup de moyens.

Réalisé par une réalisatrice polonaise confirmée (qui partage son temps entre les USA, la France et la Pologne), Agnieszka Holland, le film est tourné au Royaume Uni, en Pologne et en Ukraine. Il est sorti en France fin juin 2020. Agnieszka Holland, dont la famille était à moitié juive, est aujourd’hui l’une des voix les plus critiques envers le parti au pouvoir depuis 2015 en Pologne, où les entorses à l’Etat de droit se sont multipliées. Elle a signé la saison 5 de The Wire mais aussi d’autres films, des épisodes de la série House Of Cards, et 3 films sur l’Holocauste.

L’Ombre de Staline, c’est le récit de la vie d’un journalise gallois, attaché au service de Lloyd George, à l’époque conseiller au Foreign Office.  Le journaliste a réellement existé et s’appelait Gareth Jones. Russophone, il a été le premier à se rendre en Ukraine en 1933 (arrivée au pouvoir d’Hitler en Allemagne), et à alerter sur la famine que Staline y faisait régner. (Entre 4 et 9 millions de morts). Certains ont dit que cette famine avait été sciemment organisée par Staline pour éliminer les ukrainiens, c’est ce qui a été appelé l’Holodomor, autrement dit le génocide ukrainien. D’autres pensent que tous les peuples soviétiques ont souffert de la famine à l’époque et pas seulement les ukrainiens, et qu’il n’y aurait pas eu volonté délibérée d’éliminer une nation. De toutes façons, c’est vrai qu’il y a bien eu une famine en URSS dans ces années-là, famine qui a évidemment été soigneusement cachée au reste du monde à qui on faisait croire que le régime avait apporté bonheur et prospérité à tous.

Gareth Jones revient au Royaume Uni et, quoiqu’il y ait rapporté des photos, personne ne veut le croire. Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ! C’est ce qui est intéressant dans ce film : il ne s’agit pas uniquement de dénoncer les crimes staliniens mais aussi de montrer l’aveuglement de ceux qui ne voyaient pas d’autres moyens de contrer Hitler que de s’allier à l’Union Soviétique et qui, pour cette raison, ne voulaient pas de la vérité ramenée par Gareth Jones.

Le film fait un lien entre les livres d’Orwell (La ferme des animaux notamment) et le récit de Gareth Jones. Certes Orwell a vécu à la même période mais rien ne dit que ces personnages se soient rencontrés effectivement. Toutefois c’est un rapprochement intéressant et on peut se demander si l’inspiration d’Orwell ne pourrait pas être liée au totalitarisme, pas uniquement stalinien d’ailleurs.  

Il y a des scènes très belles dans l’hôtel des étrangers à Moscou, (Moscou toujours sous la neige !) , l’hôtel Métropole, aux boiseries acajou et à l’ambiance feutrée, les trains, les salons luxueux de la haute société au Royaume Uni, mais aussi les paysages blancs et désolés  de l’Ukraine (sous la neige !) . On aperçoit des bâtiments de type soviétique, les personnages sont graves, les visages très expressifs. Certaines images sont quasiment insoutenables, comme celles du wagon de 3ème classe où les gens sont entassés, affamés, et où les tensions se creusent à la vue d’un quignon de pain. Il y a aussi des scènes abominables, des cadavres qui jonchent les rues, des bébés vivants jetés sur une carriole avec les morts du jour, des enfants qui ramassent n’importe quoi pour manger…

La caméra utilise les plans serrés pour accentuer la dramatisation, et les grands plans larges pour l’ambiance. C’est peut-être un peu systématique, mais c’est vraiment esthétique.

Le film n’est pas univoque puisqu’on y voit également les difficultés du journaliste à se faire entendre, et sa quête de vérité qui l’amènera à une fin tragique.

Je dirais que c’est un film d’actualité finalement, qui nous rappelle à quel point la démocratie est fragile et comment les régimes autocratiques commencent par éliminer la vérité et sa découverte, avant (ou plutôt au moment même) de se livrer à des exactions inhumaines.

PS: On était 5 dans une salle immense, allez au cinéma!!!!

 

Publié dans cinéma

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