Chained (film Israel 2020)

Publié le par CERISETTE

Chained (film Israel 2020)

Retourner au cinéma ! qui aurait cru que ça me ferait autant rêver que lorsque j’avais 10 ans ? Il n’y avait que peu de spectateurs dans la salle, et, masque sur la bouche, cela ne posait aucun problème de suivre toute une séance de près de 2 heures. C’était même un délice !

Pour ce grand retour, j’avais choisi ce film israélien qui vient juste de sortir et dont je ne connaissais rien, ni le réalisateur (Yaron Shani, 41 ans), ni les acteurs (souvent choisis parmi des non professionnels qui connaissent leur rôle pour le pratiquer dans la vraie vie).

Apparemment le réalisateur aurait construit un triptyque narratif. Le premier film serait STRIPPED, jamais diffusé en France. Restent les 2 derniers pans de cette « minisérie », CHAINED, qui sera suivi à partir du 15 juillet de BELOVED.

Le principe est de montrer le point de vue du mari dans CHAINED, de la femme dans BELOVED, couple qui vit une situation dramatique de déchirement et de séparation. Intéressant, mais classique.  

Je reviens sur CHAINED. Le couple, un policier plus vrai que vrai, et sa femme, une infirmière pâlichonne et apparemment soumise, cherchent à avoir un enfant, et le couple vit des échecs successifs. Cette situation est déjà difficile et on comprend bien que cela engendre quelques tensions.

La femme, Avigail a déjà une fille, une ado, et c’est une source de conflits supplémentaires. Car le beau-père, le policier, Rashi dans le film, est un homme aux valeurs viriles. Pour lui, l’homme du couple doit incarner la loi et l’autorité (rien de bien surprenant). Et il entend contrôler strictement sa belle fille qui ne doit pas, à ses yeux, se « dévergonder » (elle n’a que 13 ans), ni user d’une liberté que d’autres, dans sa génération, non seulement revendiquent mais aussi exercent d’une manière très libérale. On pourrait dire qu’elle appartient à la tendance « sexe, drogue et rock and roll », mais ce serait bien exagéré, disons que la jeune génération dans laquelle elle évolue , fume quelques joints et a envie d’écouter de la musique sur la plage avec les copains. Rien de bien grave, mais Rashi, policier, a tendance à voir des débordements et des excès partout.  C’est un peu une déformation professionnelle, et ce n’est pas totalement faux s’agissant des délinquants qu’il coffre habituellement, mais voilà, c’est loin d’être le cas pour sa belle-fille, plus sage que ce qu’il projette.

Et progressivement, avec un naturel et une sincérité proches du documentaire, Rashi se révèle. Sans violence autre que verbale (et encore, car il n’y a jamais d’insultes), Rashi, tout à son besoin de protéger, d’incarner l’autorité et la rectitude, devient insistant, envahit l’espace de la famille, dévore la liberté des deux femmes qu’il contrôle avec beaucoup trop de « présence », trop d’attentions, trop d’interdictions. Est-ce parce qu’il est policier ? C’est indéniable que la fonction incite à être autoritaire : c’est un rôle machiste en soit. Mais il est, de plus, atteint dans sa fierté et soumis à une enquête de l’ « IGPN » israélienne pour un contrôle jugé comme abusif. Il est donc mis à pied et contraint de rester à la maison, de qui accentue le huis clos et ses pulsions autoritaristes.

« La culture israélienne a profondément changé au cours des dernières décennies. Les hommes et les femmes de la société laïque traditionnelle sont plus libres d’adopter de nouvelles formes d’expression, mais ils sont aussi très confus. L'écart entre les générations âgées et les jeunes se creuse, en particulier dans les communautés traditionnelles. Les jeunes semblent particulièrement déchirés entre des tendances et des attentes contradictoires. On s'attend à ce que les femmes se consacrent à leurs enfants, mais qu'elles réussissent aussi dans leur carrière. Elles rêvent de trouver un homme mais cherchent l'indépendance. Les jeunes filles sont partagées entre la pudeur et une sexualité tentante. Les hommes doivent gagner et être à la tête des autres, mais faire place à la nouvelle liberté féminine. On s'attend à ce qu'ils soient durs et puissants, mais aussi sensibles, et qu'ils explorent leur propre douceur, oserai-je dire féminité. » dit Yaron Shani dans un entretien à Télérama.  

Le film est tourné en gros plans, en contre champs, ce qui accentue la dramatisation et, en conséquence, notre implication de spectateurs dans cette histoire familiale touchante de vérité. Et on en ressort bouleversé, intimement secoué par la justesse des dialogues et de l’interprétation.

J’ai hâte de voir la seconde partie, le point de vue de Avigail, la femme dans BELOVED qui sort la semaine prochaine.

Publié dans cinéma

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