Les Mille et une nuits (Th de l'Odéon, Mise en scène G. Vincent)

Publié le par CERISETTE

Les Mille et une nuits (Th de l'Odéon, Mise en  scène G. Vincent)

Guillaume Vincent est un jeune metteur en scène, formé au TNS et qui compte déjà près d’une quinzaine de pièces à son actif. Il a le goût pour l’expérimentation et les performances artistiques. Guillaume Vincent poursuit par ailleurs une activité de formateur et de pédagogue un peu partout en France. Il a aussi créé deux œuvres contemporaines d’opéra au Théâtre des Bouffes du Nord.

Les 1001 nuits sont  connues en France depuis le XVIIème siècle dans la traduction expurgée d’Antoine Galland, marquis de son état, mais surtout très érudit et spécialiste en langues orientales.

Pour sa mise en scène des 1001 nuits, Guillaume Vincent s’est inspiré du texte, réputé plus « dru » de Joseph-Charles Mardrus (un médecin musulman de naissance, et parisien de hasard, du début du 20ème siècle) . Inspiré seulement car le texte est vite oublié au profit d’une « re-création » faite d’allusions à l’actualité et à l’histoire, notamment celle du monde arabe.

Et pourtant tout commence bien :

C’est très intelligent d’avoir transformé au début du spectacle, le plateau du Théâtre de l’Odéon en une sorte de corridor de la mort. Le  sultan Schahriar, vexé au plus haut degré  par l’infidélité de sa femme, qu’il a d’ailleurs, fait assassiner, désire maintenant  se choisir, chaque soir, une nouvelle épouse, la déflorer et la faire décapiter le matin venu. Installées dans la salle d’attente d’une sorte de boucherie carrelée, éclairée par des néons qui  grésillent, les jeunes femmes du royaume, habillées en robes de mariées, attendent patiemment leur tour, matérialisé par une sonnerie et l’ouverture d’une porte battante. Au top d’appel et lorsque la lumière passe au vert, chacune se lève et se dirige, vers la porte qui ouvre sur un escalier de marbre d’abord immaculé puis qui se tache de sang. Les mariées disparaissent dans l’antre de l’ogre, les unes après les autres.

Pour arrêter le massacre, la fille du vizir, Schéhérazade, se porte volontaire pour se marier avec le sultan et trouver un subterfuge pour rester en vie.

Elle racontera donc des contes qui tiendront son mari en haleine toute la nuit et l’inciteront à la préserver jusqu’au soir suivant, afin d’en connaitre la suite.

Jusque-là, tout va bien, et le spectacle est clair et quasiment fidèle à l’esprit des contes.  

Alors oui, on retrouve bien du fantastique et du fantasque dans quelques contes comme celui de la découverte d’une mallette magique subitement surgie dans le sol ou celui de l’apparition d’un horrible dragon qui menace la vie et qu’il faut abattre par la ruse.  On s’amuse aussi de l’histoire de la femme qui demande au génie (une sorte de peluche en forme de Pollux) que son homme ait un gros zizi et qui se retrouve à réclamer le retour à l’état initial, l’autre étant simplement extravagant. Enfin, on est aussi sous les charmes des femmes qui n’hésitent pas à se mettre nues pour s’amuser avec un jeune serviteur et se moquer de sa naïveté. Mais c’est bien tout ce qu’il peut y avoir comme références à l’esprit enjoué et à l’imaginaire si particulier des contes.

Car on ne voit pas du tout d’allusions à des contes (auraient ils été jugés peu fréquentables aux oreilles d’aujourd’hui car politiquement incorrects ?) remplis de viols, de vols, de tromperies, d’esclaves achetées et revendues, de concubines, de marchands peu scrupuleux, d’eunuques, de femmes droguées…et même de démons acharnés à  précipiter la perte de tous ceux qui se risquent à les croire. Où est le Conte du Marchand et de sa fille ? Celui du tailleur, du bossu, du juif et du chrétien ? N’est ce donc pas possible de parler du marché aux esclaves où le vizir avait acheté une belle fille pour son sultan ?

Alors bien sûr, on ne s’attendait pas non plus, sur la scène d’un théâtre, même richement doté, aux tapis volants et aux génies de la lampe mais on pouvait aussi espérer plus de merveilleux au lieu de textes intercalés entre des histoires effectivement tirées des 1001 nuits, et d’allusions à l’actualité.

Mais que vient faire Oum Kalthoum, la « quatrième pyramide d’Egypte » et diva cultissime du monde arabe dans ces contes des 1001 nuits ?

Que vient faire une conversation au téléphone entre une mère restée au bled et son fils, apprenti comédien ?

Que vient faire le casting d’acteurs où on nous dit que les arabes ne seraient recrutés que pour les rôles de terroristes ?

Qu’est ce que c’est que ce militantisme « racialiste » au milieu d’une pièce où nous espérions conserver un peu de la saveur orientale des contes des 1001 nuits ?

Eh bien voilà ce que je pense : le metteur en scène a décidé d’écrire, sous le vocable trompeur des 1001 nuits, une pièce militante contre l’islamophobie, contre les discriminations, contre l’imaginaire que nous conservons aujourd’hui (et suite, je le rappelle, à des faits qui nous ont tout de même tétanisés pour ne pas dire traumatisés) à l’encontre du Moyen Orient et ce faisant, il aboutit pile au contraire de ce qu’il voulait (peut-être ?) . J’aurais aimé rêver à nouveau de la magie de l’Orient, des fantastiques aventures de Sinbad le Marin et d’Ali Baba, j’aurais adoré retrouver la violence et la ruse, le serpent et le Khalife, la fée et les 7 vizirs.

Pourquoi faudrait-il que tous les théâtres subventionnés accèdent au diktat du politiquement correct ? Et deviennent des espaces de propagande pour publics bien nés qui, finalement, n’en n’ont rien à faire ?

J’ai donc été très déçue.

 

Publié dans Théatre

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