I'm Europe (théâtre At. BERTHIER)

Publié le par CERISETTE

I'm Europe (théâtre At. BERTHIER)

Pour ce spectacle, créé au TNS en janvier 2019, et réadapté pour sa reprise parisienne, Falk Richter, metteur en scène allemand, a constitué durant 3 ou 4 ans, un groupe de performers, danseurs, acteurs de différents pays européens. Partant de l’histoire de chacun des participants, le spectacle s’est construit et écrit avec ce qui les constitue : amours, désirs, peurs, angoisses, identités  et regards de la majorité…

Autant le dire tout de suite, je ne me suis pas ennuyée, mais le spectacle ne m’a pas convaincue.

Le metteur en scène s’est appuyé sur les vies (réelles ou pas) de ses comédiens pour construire un spectacle où sont abordés successivement les thèmes européens :

  • De l’immigration, (les migrants en Méditerranée)
  • Du changement climatique,
  • De l’histoire de certains pays comme l’ex Yougoslavie (mais pas un mot des deux Allemagne),
  • Du rejet de l’islam présenté comme une forme de racisme (mais pas un mot sur les attentats en France),
  • De la liberté de circulation et de la liberté tout court, (et surtout sexuelle),
  • Des fêtes européennes comme l’Eurovision,
  • Et même du théâtre lui-même.

Il s’agit d’un spectacle parlé, chanté, dansé, sous forme de performance artistique (un des « danseurs » est un véritable contorsionniste).

Les conversations-confessions, entre tous les acteurs, sont exprimées en français, allemand, anglais, espagnol, néerlandais, arabe, croate ou portugais, c’est, d’ailleurs, ce que j’ai trouvé de plus passionnant.

D’après ce que j’ai compris du « message », si message il y a l’Europe est à bout de souffle (qui en doute encore ?) . Elle est en voie de décomposition, et vacille complètement sur ses bases, tout comme les danseurs se tiennent en équilibre précaire sur des briques molles. Gangrenée par la montée des nationalismes (que, de façon succincte et surtout paradoxale, le metteur en scène assimile à un retour du fascisme), sans cap, ni boussole, l’Europe se désintègre sous nos yeux.  Selon Richter, la solution serait donc d’abandonner nos nations pour construire une Europe unie et solidaire.

Personnellement je n’y verrais aucun inconvénient et on se demande bien ce qui a empêché nos nations de se fondre les unes dans les autres beaucoup plus tôt dans la construction européenne!.

Outre que personne n’a voulu de cette solution (raison pour laquelle, selon moi, on n’y est jamais parvenu), je pense aussi que construire un espace européen aurait été construire un nouveau « nationalisme », certes à l’échelle d’un continent, mais c’est ce qui est arrivé aux USA et à la Russie par exemple, ce n’est donc pas la taille qui change.

Et pour moi, le nationalisme n’est pas à confondre avec la haine de l’autre, mais je sais qu’il me faudrait plus de temps pour que les mots ne se mélangent pas avec les vieux relents putrides du passé européen.

Pour Richter, il faut bien sûr tenir compte de l’idéologie néolibérale qui, par sa tentation hégémonique, a fait du néofascisme la seule alternative aux yeux de populations qui se sentent délaissées, voire spoliées, par des élites déconnectées, ne roulant plus que pour elles-mêmes.

Loin de moi la défense du néo libéralisme dont j’estime, moi aussi, qu’il a ruiné tant de pays et tant de destins que je me demande pourquoi les populations ne se lèvent pas pour l’abolir séance tenante, mais malgré cela je constate que l’Europe compte quelques réussites à son actif .

Ces réussites sont presque toutes liées à la liberté de circulation et aux échanges entre les peuples. Comme justement la fin de certaines guerres fratricides (je pense à l’Irlande) et les meilleures interconnectivités entre les pays.

Bon, mais ça n’a pas d’importance, c’est juste que je voulais souligner à quel point le spectacle était « fouillis », sans direction véritable et surtout sans que les sujets importants soient suffisamment creusés. On effleure tout et on ne va pas au fond des choses.

L’Europe méritait mieux.

Ou pire ! (une critique bien construite est toujours intéressante pour nous contraindre à réviser nos a priori).

Le meilleur du spectacle c’était probablement son dynamisme, et, contrairement à ce qui était dit sur scène, il m’est apparu que l’Europe, pourtant assise sur le banc des accusés, n’était finalement pas une si mauvaise chose pour la génération des jeunes acteurs sur le plateau. Ils se comprenaient très bien dans la mosaïque de leurs langues et dans leur mode de vie décomplexé : appartements communautaires, bébés partagés, orientations sexuelles variées, mariages à trois…. Tout cela est bien sympathique et il fut un temps où , par manque d’Europe, les liens étaient beaucoup plus rigides  et les libertés moins grandes !

Je me suis amusée également des clins d’œil aux critiques (que j'ai relayées d'ailleurs, notamment celles d' Isabelle Barbéris) sur la soumission des artistes aux règles de la bienpensance et du politiquement correct. L'une des actrices affirme qu'il vaut mieux qu'il y ait quelques noms arabes dans le casting pour "toucher les subventions" liées à la diversité!

Et enfin l'acteur musulman converti au catholicisme explique qu'il a pris 10 kilos entre la charcuterie et le vin, ce qui est assez cocasse (ceci étant, il pense que c'est normal que son père ne vienne pas à sa messe de mariage pour cause d'apostasie!)!

Les acteurs présentés par Jean Pierre Thibaudat:

"Le titre du spectacle I am Europe (Je suis Europe) n’est pas usurpé. Sur la scène, deux heures durant, évoluent quatre actrices et quatre acteurs venus de toute l’Europe. Lana Bari est une actrice croate renommée ; Charline Ben Larbi, française, a suivi des études littéraires à Marseille et à Londres ; Gabriel Da Costa, d’origine franco-portugaise, vit entre la Belgique et l’Italie après avoir vécu en Côte d’Ivoire ; Medhi Djaadi, né à Saint-Etienne, a été formé à la Manufacture, la haute école des arts de la scène de Lausanne ; Khadija El Kharraz Alami, née à Amsterdam, a étudié à Utrecht et vit à Rotterdam ; Douglas Grauwels, belge, a étudié le cinéma et la dramaturgie à Louvain-La-Neuve et le jeu à Paris à l’Ecole du jeu ; Piersten Leirom, né à Angers, a étudié à l’université de Sophia Antipolis et vit à Paris ; Tatjana Pessoa a une relation familiale lointaine avec l’écrivain portugais à hétéronymes Fernando Pessoa, elle-même polyglotte, elle a étudié en Allemagne, à Abidjan et en Belgique. Tous ont dans la trentaine."

Publié dans Théatre, spectacles

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