La France vendue à la découpe (Laurent IZARD, ed L'Artilleur)

Publié le par CERISETTE

La France vendue à la découpe (Laurent IZARD, ed L'Artilleur)

Durant de longues années (et même pendant un ou deux siècles), la France a patiemment construit un patrimoine industriel, immobilier, touristique et même financier (grandes banques), la plupart du temps avec l’aide de L’État, c’est-à-dire de nous autres contribuables. C’était même le modèle français qui réussissait le mieux : les entreprises se développaient grâce au soutien public puis pouvaient grandir et s’exporter. On a plein d’exemples de ce type à commencer par la SNCF, EDF, Airbus, Dexia, et j’en passe beaucoup, notamment les autoroutes qui n’ont pu être  bénéficiaires que lorsque L’État les a reprises.

Eh bien, grâce à la diligence de nos élus et à la cupidité des chefs d’entreprise, la France est aujourd’hui complètement ou quasi complètement aux mains d’entreprises étrangères, qui ne nous veulent pas toujours du bien.

Izard en a fait le bilan. Il commence par l’industrie où la France est le seul pays occidental à continuer, avec l’aide active notre super gouvernement actuel, à se désindustrialiser.

Entre 2007 et 2017 la France a perdu la moitié de ses emplois industriels passant de 7 millions d’emplois à 3,5 millions.

Izard cite notamment :

  • Les Ciments français passés en 1992 sous contrôle de fonds d’investissements étrangers,
  • Total vendu par Balladur à des investisseurs privés, et aujourd’hui propriété du Royaume Uni et du Qatar,
  • Le Crédit Foncier de France repris en 2000 par HSBC,
  • Pechiney (le spécialiste de l’aluminium) revendu à la découpe en Inde, et via Alcan, à une entreprise anglo-australienne Rio Tinto,
  • Arcelor (je ne détaille pas, la société est aujourd’hui enterrée),
  • Les Chantiers de l’Atlantique (ceux qui ont construit Le France, le Queen Mary etc), revendus à des coréens et des Italiens,
  • Rodhia, RhônePoulenc dans le domaine de la chimie vendus à des investisseurs étrangers dont la Chine,
  • PSA (eh oui, il s’agissait d’une entreprise familiale mais la « famille ne possède plus qu’à peine ¼ de la société)
  • Alstom (la responsabilité pleine et entière du gouvernement Hollande dont le meilleur conseiller était devenu Ministre de l’Economie et surtout Président aujourd’hui),
  • Lafarge absorbé par des fonds suisses,
  • AlcatelLucent (un fleuron, on avait même les câbles sous-marins qui permettait le haut débit), racheté par Microsoft,
  • Technip (un scandale, c’était une société issue de l’Institut français du pétrole, extrêmement rentable) rachetée, après amende (comme pour Alstom) par les USA et dont le siège social est aujourd’hui à Houston,
  • Servair (le géant français à la dimension européenne) racheté par la Chine (un autre scandale, il y avait une offre française qui a été repoussée),
  • Ascoval, (Suisse)
  • Essilor (Italie)).

Et nous sommes en train de brader ADP après avoir vendu les autres aéroports de France parmi les plus rentables. Nous vendons ENGIE (un géant boosté par des crédits publics à l’origine), La Française des Jeux (c’est passé comme une lettre à la poste avant l’été 2019), la SNCF (les jaloux ont applaudi tellement ils en voulaient aux cheminots qu’ils considéraient comme des fainéants, mais ce n’était pas la question du statut des cheminots qu’il fallait défendre  mais bien le statut de la SNCF aujourd’hui dispersé entre 4 sociétés anonymes, alors que l’on sait très bien ce que la privatisation du rail a entrainé comme problèmes en Grande Bretagne).

Au total, le CAC 40 a perdu la moitié des sociétés cotées en France car les activités de ces groupes sont situées à plus de 70 % à l’étranger. Les plus grosses sociétés inscrites sont détenues par plus de 70% de fonds étrangers et certaines comme L’OREAL ne sont plus qu’à 5% françaises.

Pour les PME, c’est la même chose :

Marionnaud, Le Printemps, Rossignol, Baccarat (une cristallerie qui datait de Louis XV) , Rodier, les Pages Jaunes (encore un scandale, c’était une société très bénéficiaire que les investisseurs ont fait couler), Rodier, Aubade, Christian Lacroix, Dim, Courrèges, Hermès, Sonya Rykiel, Lacoste (notre marque au crocodile), Naf-Naf, Catimini, Price Minister, Duralex, Canson (une marque historique elle aussi), Epeda, Cristal d’Arques, Bourgeois.

Au total la moitié de nos PME ont été rachetées par des investisseurs étrangers.

Les grandes infrastructures sont également vendues progressivement à des fonds étrangers, je ne parle pas seulement des aéroports et des autoroutes (une pure arnaque) mais maintenant il s’agit de vendre les barrages et les Ports (celui du Havre est en cours), la ligne Lyon-Turin etc….

Pour l’immobilier, on sait déjà que l’immobilier de prestige est quasi entièrement vendu. Ce sont tous les grands hôtels de luxe, les immeubles de prestige (l’Avenue Foch à Paris est appelée l’Avenue des dictateurs), les châteaux, le résidentiel, les infrastructures de tourisme (quand on sait que le tourisme est si important en France, on frémit).

D’ailleurs, si on revient sur le tourisme, le Club Med, Nouvelles Frontières, la FRAM, Accord etc sont passés aux mains étrangères. Nous avions de l’avance en matière de tourisme à l’étranger et nous avions donc les meilleurs emplacements…c’est donc fini.

Pour les terres agricoles, c’est pareil, la vente est en cours. On sait que beaucoup de châteaux (vinicoles) de France sont achetés par la Chine. Mais les terres agricoles sont également la proie de certains investisseurs qui veulent vendre la marque agricole française (y compris pour le blé et donc le pain).Et c'est une façon de plus de nuire à la réputation des produits français car il suffit de dire qu'il s'agit de blé produit en France (pour une minime partie) pour afficher sur des préparations "produit de France" alors qu'il s'agit d'une imitation horrible.  Les prix montent, les agriculteurs français ne peuvent plus acheter.

Alors on va se dire, mais qu’est ce que ça peut bien faire finalement, que les fonds soient français ou non ?

Les conséquences évoquées par Izard sont les suivantes :

  • Les grandes entreprises ne reversent pratiquement rien dans l’économie réelle, ça on le sait déjà (on peut le regretter mais c’est comme ça) . Elles servent principalement les intérêts de leurs actionnaires. On estime en effet de seuls 5% des fonds reviennent chaque année dans l’économie  qui produit quelque chose et 95% sont reversés aux actionnaires.
  •  
  • Ce n’est pas indifférent que les actionnaires soient français ou non car s’ils sont étrangers, alors les revenus seront reversés à des étrangers. C’est ainsi que 77 milliards d’euros/an des grandes entreprises du CAC 40 vont directement dans la poche d’investisseurs étrangers qui ne paient ni impôts, ni rien du tout à la France.
  • Cela étant, les grandes entreprises soit-disant françaises (comme Renault) ont de plus en plus leurs sièges sociaux dans des pays où elles ne paient que peu d’impôts (le siège social de Renault est en Hollande),
  • Dans ces conditions qui paye des impôts en France ? Essentiellement les classes moyennes inférieures (pour l’IR)  qui ne peuvent pas faire de l’optimisation fiscale (ou du "déménagement" vers des pays moins imposés) ; Il y a aussi les consommateurs qui payent beaucoup d'impôts sous forme de TVA, donc les plus pauvres !
  • Les investissements étrangers n’ont pas souvent pour but de remonter des entreprises en difficulté, bien au contraire, la majorité des ventes se sont faites sur des entreprises bénéficiaires (qui irait investir sur des canards boiteux ?)
  • Les investissements étrangers n’ont pas pour but, dans tous les cas, de faire vivre les entreprises rachetées. Bien souvent, il s’agit d’éliminer un concurrent ou alors d'utiliser une marque, un savoir-faire, un nom, un label et de se séparer de tout le reste (c’est à dire le personnel et même les implantations).
  • La balance commerciale (ce qu’on achète à l’étranger comparé à ce qu’on vend) ne peut être que déficitaire, les biens fabriqués n’étant plus français. Et après ça on nous fait croire que les français ne sont pas compétitifs, quelle tromperie ! Izard remarque que notre armée a du acheter des fusils Famas aux allemands, aucune entreprise française n’étant plus capable de les fabriquer.
  • On a beau jeu de mettre tout le monde au chômage et de décréter ensuite qu’il faut travailler plus et plus longtemps, comment est ce possible quand la France n'offre plus d'emplois en suffisance !
  • Enfin, il est scandaleux de parler du coût des services publics quand c’est le seul bien qui reste aux plus démunis et que la grande braderie de notre économie ne profite qu’aux plus aisés !

D’où vient le problème ?

Dans l’excellent entretien donné par Arnaud Montebourg à Thinkerview, on comprend qu’il s’agit :

  • De la volonté des dirigeants d’entreprises qui,  devenus mondialisés, n’ont plus aucun patriotisme économique et ne pensent qu’à s’enrichir par des retraites chapeaux faramineuses (voir la retraite chapeau de Kron qui a réussi à couler Alstom et le parachute doré de Thierry Pilenko qui a sabordé Technip) ;

Du manque de volonté de nos gouvernants, complètement centrés sur l’argent qu’ils perçoivent des grandes sociétés dans le but d’être élus. Malgré cela (qui relève de la corruption, j’en conviens) , je continue à m’interroger  sur ce qui pousse nos gouvernants à détruire leur propre pays. Resteront-ils dans l’histoire comme ceux qui ont abandonné tous les idéaux de la France (universalité, droits de l’homme, équité, justice sociale) ou comme ceux qui ont cédé aux appétits des plus puissants pays, et des plus vils dictateurs ? est ce bien là la trace qu’ils souhaitent léguer aux générations futures ?

Car il existe des protections qui pourraient être efficaces. La plupart des pays (Allemagne, Espagne , Usa, Chine) ont adopté des lois visant à protéger leurs économies. La France a timidement deux ou 3 lois (Villepin en 2005, Montebourg en 2014, la Loi Pacte en 2017) qui n’ont jamais été utilisées. Pas une seule fusion hostile n’a été stoppée grâce à ces lois.

Un rapport parlementaire, le rapport GAUVAIN vient d’être publié qui recommande certaines pratiques pour éviter la prédation par le droit (américain). Personne (au gouvernement) ne veut, semble-t-il avancer dans ce sens. Pourquoi ?

Publié dans Litterature

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