Fievre Jaune (article du Monde Magazine du 20/07/19)

Publié le par CERISETTE

Fievre Jaune (article du Monde Magazine du 20/07/19)

Je viens de lire un article savoureux. D’habitude, je ne commente jamais les articles de presse, mais là c'est finalement cocasse et je veux en garder trace.

Dans Le Monde Magazine du 20 juillet 2019, il y a un article amusant de Vanessa Schneider, bien écrit et illustré à la perfection.

Il s’intitule Fièvre Jaune et raconte la grande peur qui a saisi les « riches » du VIII ème et XVI ème arrondissement de Paris, surtout après le 1er décembre 2018. A cette date, tout le monde s’en souvient, les GJ, supportés par les Blacks Blocs, ont saccagé l’Arc de Triomphe et le quartier des Champs Élysées. Ceci n’est pas absolument pas drôle, et je ne vise pas à justifier la violence d’où qu’elle vienne, que ce soit bien clair. La violence n’est pas le propos (le mien et celui de la rédactrice de l’article).

Il s’agit juste d’analyser, après coup, la réaction des habitants des quartiers chics de Paris et donc de rappeler quelle a été  l’attitude de ces personnes, non habituées aux manifestations, d’ordinaire organisées entre République et Bastille, à la suite de ce évènements.

Ce jour là, un propriétaire d’un hôtel particulier, ce jour-là, occupé à regarder l’Acte III à la TV, « n’aurait jamais imaginé les (GJ) retrouver sur sa pelouse. Sans réfléchir, il s’est précipité dehors en hurlant : « Sortez de là, vous êtes chez moi ». Le petit groupe d’énervés, qui n’avait sans doute pas pensé qu’une telle bâtisse puisse appartenir à une famille- le siège d’une banque ou d’une grande entreprise, une ambassade peut-être ? - a reculé surpris et penaud ».

Le propriétaire ayant abondamment raconté sa mésaventure dans les diners en ville, « la terreur s’est propagée, telle un poison, de table en table ».

Le lendemain, les habitants, hébétés, pouvaient lire sur les murs des rues dévastées « On va faire danser la bourgeoisie ».

La peur se répand alors si bien que certains en appellent à leur ami Emmanuel M., à qui ils téléphonent en disant : « Il faut céder, comme en 68 ! ».

« Tout à leur frayeur, d’aucuns vont même jusqu’à suggérer le rétablissement de l’ISF. Plutôt tout lâcher que finir sur la guillotine ».

Certains vont même jusqu’à téléphoner au président du MEDEF, et c’est d’ailleurs pour ça que les patrons n’hésiteront pas à mettre la main à la poche pour la prime de fin d’année.

Mais petit à petit, il apparait que ce n’est pas le patronat qui est visé, et que la colère est plus dirigée vers les élus et les représentants du pouvoir politique que vers les « riches ». A partir de ce moment-là, « les mêmes qui étaient prêts à tout céder, disaient qu’il fallait tenir bon ».

Mais pour plus de garanties, quelques hôtels particuliers « se dotent d’une safe room, pièce sécurisée avec eau, nourriture et moyens de communications pour se replier en famille en cas de grabuge ».

Et les riches habitants choisissent d’aller les Weekends dans les maisons de campagne. Direction : la Normandie, facile d’accès et très « tranquille ». Les commerçants de Deauville enregistreront ainsi une hausse de 30% de leurs chiffres d’affaires durant l’hiver 2018-2019. Les exilés du week-end y font leurs courses de noël, grâce aux plus belles enseignes « passant d’Hermès à Benetton ». Le patron d’un bon restaurant Fruits de mer à Trouville n’avait jamais enregistré une telle affluence, surtout en janvier-février, périodes traditionnellement creuses.

Les moins riches se barricadent chez eux, suivant par SMS la progression des manifestants. Pour eux, le grand bénéficiaire des courses aura été AMAZON.

Aujourd’hui, la peur est passée, mais le traumatisme reste.

Claude GOSGUEN dira même : « les habitants du XVI ème vivent mal d’être montrés du doigt et caricaturés. Ils ont une forme de mauvaise conscience. Ce qui s’est passé avec les Gilets Jaunes a ravivé la mauvaise image qu’ils ont d’eux-mêmes ».

J’ai cité l’auteure de l’article en italiques. (dessins Artus de LAVILLEON)

 

Publié dans Humeurs

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