Au diable les faiseurs de bonheur!

Publié le par CERISETTE

Au diable les faiseurs de bonheur!

Ce post est une fiction

Ce n’est pas arrivé à moi, mais à une de mes amies qui me l’a racontée, tenant elle-même l’histoire de sa belle-sœur. Je sais que c’est un peu compliqué comme récit, mais j’avais quand même envie de bien situer le contexte. Et j’ai beaucoup hésité avant de l’écrire, ne sachant pas comment aborder ce sujet épineux, sans verser dans le sordide. Elle m’a parlé de ça, alors qu’on attendait ensemble chez le médecin et j’ai bien compris qu’elle trouvait trop lourde cette « confession » pour pouvoir la porter seule.

Elle m’avait accompagnée parce qu’il n’y a pas de RV fixe chez ce médecin et que, du coup, on y attend des plombes.

Le médecin en question, c’est un généraliste un peu fou, qui vit pieds nus en sandales comme un moine, dont il a aussi la barbe blanche (on a envie d’y piquer des fleurs). Ses compétences sont limitées, mais j’ai toujours dit que, de nos jours, un généraliste, c’est plus une tour de contrôle qu’un vrai praticien. Globalement, les généralistes ne savent plus grand-chose, malgré leurs années d’études et il vaut mieux aller les voir quand on n’est pas trop malade. Sinon ils vous orientent, dans le meilleur des cas, vers l’un ou l’autre des spécialistes qu’ils connaissent et Inch Allah pour la suite. La médecine en France, de restrictions en restrictions, suite aux nombreuses tentatives de réorganisations, est devenue beaucoup plus chère et beaucoup moins performante !

Malgré cela, je vais  consulter ce médecin à la barbe fleurie, non seulement parce qu’il m’amuse, mais aussi parce qu’il proteste contre les dérives bureaucratiques de l’administration et que son cabinet (enfin sa salle d’attente) est rempli de papiers punaisés qui sont tous les formulaires divers et variés demandés aux médecins par la sécurité sociale. Et ça m'amuse!

(Des formulaires, j'en ai compté 47 à cette date: entre les demandes d’indemnité d’inaptitude, les certificats médicaux d’accident du travail, les examens prénataux, les demandes d’affection de longue durée, les demandes de soins infirmier, de déclaration de médecin traitant, de protocole de dépistage des cancers du sein, ou du colon, on s'y perd pour de bon, ....)

C’est de la médecine soviétique, et je comprends le ras le bol des médecins de « ville ». Tout est constamment contrôlé, sous l’œil inflexible de la sécurité sociale.

Nous nous étions installées sur le perron de ce cabinet de médecin pour discuter, la salle d’attente ne comportant plus une chaise de libre. Avec tous ces malades, ce n’était même pas très sain de stagner longtemps au milieu des miasmes et bactéries diverses.

Et voilà ce qu’elle m’a raconté : Sa belle-sœur, femme de son frère, avait, par l’intermédiaire de son club de gym, rencontré récemment un homme, maintes fois marié, et âgé (environ 70 ans), portant beau, soucieux de sa forme physique et d’un contact plutôt ouvert. Quand on fréquente un club de fitness pas trop encombré, on finit par y connaître les habitués. Mais on ne « chat » pas des heures avec son voisin de rameur, car on est plus préoccupé par son programme de fitness que par le souci de faire connaissance avec les autres. C’est donc en plusieurs fois qu’elle avait recueilli ces confidences. La belle-sœur était, elle–même, à la recherche d’une meilleure combativité, et de solutions "douces" après un cancer du sein aujourd’hui classé « mauvais souvenir », mais qui l’avait traumatisée. Je répète que la médecine en France n’est plus le service public qui faisait l’envie de beaucoup d’autres pays, mais une prestation à plusieurs vitesses, selon que l’on soit riche ou pauvre. On peut comprendre qu’une femme qui a traversé ce type d’épreuve soit attentive à prendre soin d’elle-même et à chercher, par elle-même, les conditions d’une meilleure rédemption, quitte à s'écarter de l'orthodoxie médicale.

Lui, c’était un ancien pilote de ligne, à la retraite depuis longtemps. Métier prestigieux donc, qui avait de quoi faire rêver, même après la fin de carrière. Cet homme-là avait fréquenté, de son temps, la très bonne société friquée qui prenait l’avion dans les années 60.  Elle avait commencé à parler avec l’ex pilote de ligne, au sauna, comme ça, après quelques remarques sur la pluie et le beau temps. C'est vrai qu’on s’ennuie ferme au sauna, alors autant engager la conversation avec ceux qui partagent votre transpiration. Puis elle avait poursuivi les échanges dans la moiteur de la salle de repos, tous deux allongés sur les transats.

Baigné dans une ombre complice, il lui avait raconté toute sa vie. Et voilà ce qu'il lui avait confié peu à peu:

Avec ses différents voyages professionnels, il avait appris, comme bien d’autres puisque c’est la mode, la méditation tibétaine. Mais, lui, la pratiquait dans l’eau (déjà c’est un peu curieux s’agissant d’une pratique tibétaine, mais pourquoi pas ?). Bon, se disait-elle, il y a plein de sortes de yoga, et comme c’est très tendance, les offres se diversifient nécessairement pour répondre à des clientèles de plus en plus exigeantes en terme de confort, de luxe et de beauté !

Et puis elle l’imaginait assez bien, en position de lotus, yeux mi-clos, les mains effectuant un namasté parfait (padmasana, il me semble ?). Bref, l’image même de la tranquillité intérieure, de la sagesse et du zen. Cela l’intéressait, elle, qui cherchait, au travers de la reprise de possession de son corps malmené par les traitements, un nouvel équilibre intérieur. Elle l’a donc questionné sur les différentes pratiques et leurs effets sur la santé. Il expliquait bien toutes les techniques censées apporter, outre le confort mental (« la méditation c’est une hygiène de vie, vous vous lavez le cerveau comme vous vous lavez les dents, tous les soirs »), mais aussi la guérison du corps. Il n’allait pas jusqu’à prétendre soigner le cancer, mais il semblait certain de contribuer à le prévenir.

Je questionnais mon amie : avait-elle besoin de tout ça pour aller mieux ? Personnellement, il me semblait qu’au lieu de s’en remettre à un gourou, à des techniques, à des systèmes, si expérimentés soient-il, il fallait d’abord réfléchir à ses propres ressources. En outre, si les miracles existent bel et bien (on a vu des guérisons inexpliquées), on peu difficilement parier sur eux tellement ils sont rares. Et j’avais bien compris pour moi-même, qu’il valait mieux rester aux commandes de sa propre santé le plus longtemps possible. De plus je me suis toujours méfiée des gourous, chamans, imams, curés, et de toute intrusion de la « croyance » dans la médecine.

Mais j’en reviens à l’histoire. Le reste de la conversation allait peu à peu ruiner les espoirs et même la bienveillante écoute de la belle-sœur.

L’ex pilote avait été élevé par une nounou, de 30 ans son aînée, son père à lui, militaire, ayant divorcé quand il était encore jeune. Et, à 12 ans, il s’était retrouvé dans ses bras, enfin, dans le lit, puis le nez entre ses cuisses, avant de…D’après lui, c’était une bonne expérience.

Elle sentait l’encens et les épices, la terre rouge, la fumée du brasero. Elle avait une peau soyeuse, des seins généreux et des fesses légendairement cambrées. Elle l’avait guidé dans ses premiers pas d’homme. Finalement pourquoi pas ?

Après ses études et l’arrivée dans le métier, il avait évidemment beaucoup voyagé, puisque c’était son métier. Il avait été affecté sur les lignes orientales et donc traversé les pays arabes et africains.

Comment ne pas comprendre que les femmes puissent être folles de lui? L’uniforme, le prestige, son expérience et ses appétits, tout cela lui conférait un pouvoir d’attraction quasiment irrésistible. Bref, il était beau comme un soleil ! D’ailleurs eût-il été manchot, boiteux, ou bossu qu’il aurait eu le même impact : c’est ce qui arrive dans les pays où les conditions de vie sont si précaires que l’amour est très peu orienté « tendresse » mais surtout considéré comme un échange : je te donne ma jeunesse et toi, tu me rends en sécurité. On ne peut pas blâmer quelqu'un qui essaie de sortir de la glu de la misère, et qui ne pense pas avant tout à la romance! C'est clair qu' il offrait la perspective d’une « prise » en or, mettant fin à la précarité.

Et lui, conscient de l’inégalité des attentes, en profitait largement. Sans pudeur et sans honte, il expliquait, dans le clair-obscur de la salle de repos, qu’il demandait à l’une ou l’autre de ses admiratrices, de venir faire son ménage …et là…et là….les jours fériés, après avoir nettoyé la salle de  bains, récuré la cuisine, changé les draps, à ce moment là...

Certes, il payait le service…le service du ménage pardi, pas le reste, qu’il considérait donc comme volontaire. Ce qui, objectivement, devait l’être, mais dans quelles conditions ? La belle-sœur a demandé s’il faisait des différences entres les unes et les autres de ces filles.

D’abord, a-t-il dit doctement, « pas une femme ne se ressemble »« J’entends, intimement », « elles n’ont pas les mêmes caractéristiques ». L’interlocutrice, ayant senti la dérive qui prenait la conversation, et pour ne pas subir plus longtemps des comparaisons incommodantes, l’avait dirigé plutôt vers les différences de culture.

Mais rien à faire, la « culture » se situait à des niveaux plus prosaïques que spiritualistes : « les femmes orientales sont plutôt dominatrices, on ne le croirait pas, avec les maris qu’elles ont, mais ce sont des femmes qui savent ce qu’elles veulent ». « D’autres sont plus voluptueuses, plus douces, plus soucieuses du bien-être de leur partenaire ».

Bon, la pente était restée savonneuse, elle ne voulait pas de ces considérations bien peu féministes, quoi qu’en semblait juger l’ex pilote de ligne, qui se déclarait ouvertement « amoureux des femmes ». La belle-sœur a changé de sujet et posé des questions sur les activités sociales et/ou professionnelles actuelles du beau parleur.

Et ce brave grand père a raconté que, fort de ses expériences et des formations qu’il avait suivies assidument, il avait compris que beaucoup de femmes recherchaient la détente, le bien-être, et bref, qu'on s'occupe d'elles. Alors lui s’était spécialisé dans les femmes vieilles, et même très vieilles parfois (jusqu’à 93 ans, la plus âgée).

Ah oui se disait mon amie et que leur proposez-vous ?

« Vous avez, je n’ai pas vraiment besoin d’argent, j’ai une bonne retraite, mais j’ai une grande maison mais c’est juste que la taxe foncière me coûte très cher ».

« Alors, je prends des femmes âgées, qui n’ont souvent plus de mari ou de compagnon et je leur propose des massages ayurvédiques. Mais je ne fais que ce qu’elles veulent, je ne vais jamais plus loin que ce qu’elles acceptent, et… Elles sont contentes et guéries ; Dans la vie on n’a que le plaisir qu’on s’accorde. Encore faut-il accepter ce qui vient à vous ».

Ah oui, et pour quoi faire ? Toujours dans la catégorie « feel good », amélioration de la condition physique, moral, éveil (non « réveil ») de la sensualité, l’ex pilote se faisait donc rémunérer pour « accompagner » des femmes d’un âge certain vers, soit disant, l’« épanouissement ».

Et bien sûr, il proposait ses services à la belle-sœur de mon amie, ce serait gratuit pour le 1er essai, puis c’était 100 euros l’heure. Comme il était marié, et qu’il opérait chez lui (dans les dépendances), elle n’aurait qu’à passer par un sas, derrière la propriété, personne ne le saurait et tout se déroulerait comme s’il ne s’était rien passé. D’ailleurs ils se diraient « vous » tout le temps, avant et après, pour ne créer aucun lien, aucune dépendance. 100 euros, ce n’était pas cher, non ?

Mon amie s’est arrêtée de raconter, je ne lui ai pas demandé si sa belle-sœur avait donné suite.

Le médecin à la barbe fleurie, lui, ne coûtait que 25 euros et même s’il ne servait qu’à me diriger vers un autre spécialiste, il m’est soudain apparu comme une sorte de sauveur. Les feuilles de soin à remplir, les formulaires, le contrôle tatillon de l’activité, tout ce qui conduit à la désertification médicale et aux inégalités devant la prise en charge, tout cela ne peut qu’encourager les activités d' entrepreneurs de santé "alternatifs", qui, comme cet ex-pilote converti en médecin de l’âme et du corps pour vieilles femmes flétries, en profitent pour satisfaire leur concupiscence.

Alors oui, il y a, il y a toujours eu des prédateurs. Et le marché des troisièmes et quatrièmes âges peut effectivement être une cible marketing de ouf.

Publié dans Humeurs

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PAO 14/07/2019 14:20

Allons bon..... ça me dit quelque chose.....????
Feel free......
Bon dimanche

CERISETTE 14/07/2019 15:42

merci de la lecture!
bon 14 juillet