TOXIC (Bernard Kouchner ed. Odile Jacob) et Tous Addicts (W. Lowenstein ed. Flammarion)

Publié le par CERISETTE

TOXIC (Bernard Kouchner ed. Odile Jacob) et Tous Addicts (W. Lowenstein ed. Flammarion)

Bernard Kouchner, Patrick Aeberhard, Jean-Pierre Daulouède, Bertrand Lebeau et William Lowenstein, cinq docteurs ont fait le pari, dans ce livre, de dire leur combat commun pour faire face aux addictions aux toxiques.

De quoi est il question?

Tout d'abord, les idées reçues: quand on pense "drogues", on pense "drogués". Mais si on ne voyait "que" des alcooliques, quelle image aurait-on du vin ? Or c’est bien vrai que quand on prononce le mot seul de "drogue", on se représente mentalement les pauvres hères complètement à la dérive, ou Gainsbarre la dernière année de sa vie.

C’est qu’il y a un enchainement de l’usage qui ne touche pas tout le monde. Avant d’en arriver aux stades suivants que sont l’abus puis la dépendance, les êtres humains (comme d’ailleurs les animaux), ne sont pas tous égaux et ce n’est pas une question de volonté. Il y a des usagers des « drogues » comme il y a des usagers de l’alcool, qui ne deviennent donc pas dépendants et c’est même la majorité.

Seules 15 à 20% des personnes exposées à des drogues qu’elles soient licites ou illicites (la seule différence est la prohibition ou non) vont franchir les étapes vers la dépendance. Mais, évidemment, nous sommes tous capables de devenir dépendants. Car le cerveau, premier producteur de drogue (endorphines, anandamides etc…), comprend vite qu’une substance peut « faire le travail » plus rapidement que lui dans le soulagement de la douleur, ou l’euphorie par exemple. Et c’est ce qui engendre le besoin de « recommencer », de reprendre la substance en question. Et entraine pour certains, la dépendance. C’est ce qui est appelé le circuit de la récompense, sans lequel l’homme n’aurait pas survécu au cours des millénaires. Echapper aux prédateurs, avoir du plaisir à manger, à faire l’amour etc… c’est à chaque fois l’occasion d’une récompense mentale, d’un bien être.

S’ajoutent à ces explications physiologiques, l’entrainement par imitation.

Si on prend l’exemple de la cigarette, on voit bien que la symbolique a changé au cours du XXème siècle. Quand, dans le film « Le Port de L’angoisse », on voit Humphrey Bogart allumer la cigarette de Lauren Bacall, on comprend que la cigarette symbolisait à la fois la virilité et la femme fatale. Et pourtant la cigarette a causé 100 millions de décès au XXème siècle et on estimait qu’au XXIème siècle, ce serait 1 milliard, si les mentalités et les usages n’avaient pas changé, du moins dans le monde occidental.

La consommation a reculé parce que, de drogue du cow boy, la cigarette est devenue la drogue du looser.

Toutefois les politiques répressives ne sont pas non plus une solution. En effet, pour alimenter le marché noir, il faut que la substance illicite soit la plus « efficace » possible en un minimum de volume.

Si on prend l’exemple de l’alcool (cause de 45 000 décès chaque année en France), on sait aujourd’hui combien la prohibition aux USA a été néfaste. En effet, la prohibition a encouragé la production d’alcools non seulement frelatés mais surtout très fortement distillés. Et c’est vrai aussi pour les psychédéliques : LSD, champignons hallucinogènes, crack…

La prohibition des drogues à partir des années 60 aux USA et partout dans le monde a aggravé l’épidémie de SIDA et il aura fallu attendre bien longtemps pour avoir enfin ce que l’on appelle les « salles de shoot » (encore en nombre très insuffisant en France), les seringues jetables, et les antidotes qui évitent que les overdoses soient mortelles.

La consommation des drogues est vieille comme le monde mais c’est seulement au cours de deux derniers siècles passés qu’on a fait exploser la situation car on s’est mis à extraire les principes actifs des plantes. Ainsi l’héroïne était utilisée à la fin du XIXème siècle pour soulager la toux des tuberculeux. A l’époque on ne connaissait pas encore les usages sociaux des drogues qui permettent d’apprendre à les utiliser.

Aujourd’hui, la pharmacopée des psychotropes est en panne. Les neuroleptiques qu’ils soient de 1ère (PROZAC) ou de 2nde génération ont révélé des effets secondaires qui pouvaient être désastreux (prise de poids, diabètes induits etc). On ne sait pas encore quelle nouvelle révolution va arriver en ce domaine.

Les tendances sont les suivantes :

Si la consommation de tabac diminue, en revanche la consommation d’autres drogues augmente :

  • Aujourd’hui, le cannabis récréatif a été légalisé dans bien des pays comme l’Uruguay, des Etats des USA, la Grande Bretagne, Israël, la Suisse, le Québec. En France le cannabis est interdit même pour des usages thérapeutiques. Or, malheureusement, le business se tient prêt à vendre et on n’échappera pas aux ventes sur internet, plus « sûres » (au niveau de la sécurité pas au niveau de la qualité du produit) que les ventes de rue.
  • Il y a une crise des amphétamines (la MET) en ce moment au Japon et en Asie. La MET a été mise au point pendant la seconde guerre mondiale par un labo allemand pour que les soldats puissent rester debout sans dormir pendant de longs jours. Or, nous sommes très fragiles sur la question du sommeil, et il suffit de peu de jours sans dormir pour que nous devenions complètement fous.
  • Il y a une crise des opioïdes aux USA et l’épidémie a fait déjà plus de morts que les morts dans les guerres de ces trente dernières années. Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’une crise engendrée par la demande (comme du temps de la beat generation) mais d’une crise engendrée par l’offre. Les laboratoires ont trouvé des produits de synthèse beaucoup plus puissants que la morphine ou l’héroïne. La corruption du monde médical a fait le reste et de nombreux patients algiques se sont vus prescrire des médicaments tels que les FENTANYL et OXYCONDIN, auxquels ils sont devenus très vite dépendants. A n’en pas douter, cette crise nous parviendra également pour des raisons économiques, quand le « marché » américain sera saturé. Il faudrait pouvoir y faire face.

Mais qu’est-ce qu’une drogue au juste ?: c’est une substance qui transforme notre sommeil, nos pensées, notre relation à l’autre, notre appétit, notre sexualité, bref qui change tous les repères de notre vie biologique. Or, pour être un bon vivant, encore faut-il pouvoir rester vivant et pas devenir un zombie.

Ceci étant personne ne pense devenir dépendant au premier usage d’une drogue, et le dépendant n’est pas le perdant, c’est souvent une personne hyper active. Car la dépendance c’est la maladie du trop. Trop d’activité, trop d’envies, de désirs, de curiosité etc…

Alors comment fait-on pour protéger ceux qui peuvent l’être et éviter à ceux qui sont malgré tout, en contact avec les substances (qui sont partout, on l’a bien vu), de devenir dépendants ?

La stratégie efficace n’est pas la prohibition, on l’a vu. Les politiques de prise en charge psychologique seule sont également des échecs. Bien sûr, on voudrait tous connaître le médecin idéal, le patient idéal, le médicament idéal qui nous guérirait immédiatement. Mais cela n’existe pas et ce serait d’ailleurs, terriblement tyrannique.

Face à ces problèmes, les auteurs pensent qu’il faut adopter des politiques de réduction des risques. Évidemment l’idéal serait l’abstinence totale mais il s’agit d’un commandement religieux et cela ne marche qu’avec 5% des personnes.

Au moment des années SIDA, un médecin canadien a expliqué que pour éviter d’être contaminé il valait mieux ne pas se droguer. Mais il a continué en disant que si les gens se droguaient, il valait mieux ne pas se shooter. Et que, s’ils se shootaient quand même, il était préférable de ne pas échanger les seringues. Et que si les gens échangeaient leurs seringues, alors il valait mieux les passer à l’eau de javel. Cette philosophie de réduction des risques a permis que les moins concernés par l’infection du SIDA, en 10 ans, ont été les drogués shootés.

Les auteurs se prononcent résolument « pour » la légalisation des drogues, mais aussi pour toutes les mesures visant à prévenir et diminuer les risques.  Tous nos voisins européens ont entrepris de légaliser le cannabis thérapeutique. La France n’autorise même pas le cannabis thérapeutique qui permettrait de diminuer la morphine ! Elle a fait fermer les boutiques de vente de cannabis CBD (où la substance psychotrope n’existe plus), alors même que le modèle « business » de vente du cannabis récréatif américain est dans les starting- blocks pour nous envahir.

La France est très en retard !

Je conseille vivement de lire ces livres récents pour avoir une meilleure idée sur ce sujet. J’étais dans l’ignorance quasi-totale avant d’avoir lu ces grands médecins.

 

Publié dans Litterature

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