John (Théâtre Manufacture des Oeillets Ivry)

Publié le par CERISETTE

John (Théâtre Manufacture des Oeillets Ivry)

Ce texte est l’un des tous premiers écrits de Wajdi Mouawad, le génie du théâtre, aujourd’hui directeur du théâtre de la Colline.

Stanislas Nordey dirige, quant à lui, le théâtre national de Strasbourg mais c’est à la fois une comédien et un metteur en scène.

Ce spectacle est très court, il dure une heure et il aborde, aux dires du metteur en scène, un sujet tabou : le suicide d’un adolescent.
John est assis dans sa chambre et réfléchit : à lui-même, au monde, à ses parents et à son ex-petite amie. Tout paraît être hostile et/ou indifférent à John. Tout lui tape sur les nerfs, le révolte, le désespère. Sa sœur, la seule qui fait attention à lui, ne sait pas lui dire qu’elle l’aime. Sa petite amie s’est jetée dans les bras de son propre frère. Ses parents s’en fichent, le téléphone reste désespérément muet, pas de message, pas de liens. Il a déjà adopté des conduites à risque comme de zigzaguer de nuit sur l’autoroute. Mais rien ne se produit, il n’éveille aucune compassion, aucune bienveillance, aucune sollicitude. Et il sait bien qu’on ne peut pas vivre sans amour, un mot qu’il n’arrive même pas à prononcer dans la première séquence de sa « confession » devant une caméra GO PRO. Il ne voit plus qu’une seule solution à sa solitude : la mort.

Wajdi Mouawad a traité ce sujet dramatique et concret à la fin des années 1990 alors qu'il vivait encore au Québec.

Son texte a fait l’objet d’une « traduction » en français métropolitain, mais Stanislas Nordey a préféré la version québecquoise, pour le vocabulaire rempli de « tabernacle », « calice », « Christ », et autres expressions qui font un peu "exotiques" à nos oreilles mais qui donnent aussi beaucoup d’authenticité à ce monologue.

Le comédien Damien Gabriac effectue une performance. Il est tellement impliqué, tellement vrai, qu’on le voit pleurer sur scène. C’est très poignant.

Enfin, j’ai senti que le texte de Wajdi Mouwad est quasiment un texte poétique, une poésie du non-dit, du manque, de la solitude, de la frustration et même de la raréfaction du mot, de l’absence d’outils d’expression. C’est un très beau spectacle, qui prend aux tripes, mais pas seulement. C’est une réflexion sur le langage et la communication.

C’est ce qui fera dire à Nelly, la sœur : « Pourquoi tu n’as rien dit ? Pourquoi je ne t’ai pas entendu ? pourquoi je n’ai rien compris ? Pourquoi ta peur et ton monde sont restés fermés ?".

J’ajoute que j’adore le lieu : La Manufacture des Œillets à Ivry est un lieu de la mémoire ouvrière (sauvé de justesse par un architecte qui ne voulait pas voir disparaître une telle architecture),  dans lequel on se sent immédiatement bien. Rien que pour le lieu, ça vaut la peine de traverser Paris !

Publié dans Théatre

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