La belle et le pénis (épisode 2)

Publié le par CERISETTE

La belle et le pénis (épisode 2)

Ce post est une fiction

Se plonger dans ses photos, c’était un passe-temps sans prise de tête pour les trajets en métro.  Comme souvent, elle s’était installée de telle sorte qu’elle puisse sortir facilement en cas d’affluence. Sur les strapontins de l’espace debout. C’est toujours stressant, sur les lignes encombrées, de se lever et de se frayer un passage en criant à la volée des « pardon » qui ressemblent plus à des  cris qu’à de vraies demandes. Les gens les comprennent d’ailleurs comme ça, et chacun essaie de se pousser sans être obligé de descendre, même momentanément, au risque de ne plus pouvoir rentrer dans l’espace étroit qu’il s’était adjugé peu de temps auparavant. Mais là, à cette heure-là, sous les coups du déjeuner, il n’y avait pas grand monde. C’était par simple réflexe qu’elle s’était assise en position de démarrage précipité, sur un siège rabattable de ces sortes de hall entre des rangées de fauteuils.

Elle avait pris en photo la ville un soir, il n’y avait pas 15 jours, un soir de neige. On voyait les monuments comme des fantômes émerger de cette lumière ocre que donne la neige reflétée par les éclairages électriques.

C’est en regardant son smartphone qu’elle a tout à coup senti comme quelque chose qui n’allait plus très bien autour d’elle. Elle ne pouvait pas dire quoi, mais elle sentait vaguement des mouvements, un climat, un geste, une position étrange. Elle ne pouvait pas dire ce que c’était, mais il flottait dans l’air, sans brusquerie, sans élément décisif, sans rien d’évident, comme une énergie malsaine. Elle le sentait, rien ne bougeait mais elle sentait une anomalie. Comme un chien, elle s’était mise en alerte, mais rien ne semblait a priori dissonant, rien de directement perceptible.  

Elle s’était remise à ses photos en les faisant défiler avec le pouce, parfois en s’arrêtant pour en transformer une.

Et tout à coup,  là, juste au-dessus de ses photos,  juste par-delà son écran, elle a vu, mais quoi donc ? Elle a vu une forme qui lui rappelait ….Mais, mais….mais oui, cet objet bizarre, c’était bien un sexe.

Elle avait relevé la tête, et là en face, adossé à la banquette, il y avait, derrière un journal à demi replié, un sexe tendu. Balancé par un homme qui venait d’écarter son journal pour qu’elle voie bien, elle et elle seule. Elle remontait son regard jusqu’à l’homme, jusqu’à son visage. Impassible, indéchiffrable, le visage de l’homme sans émotion, l’air de rien, comme s’il n’était pas occupé à des obscénités, comme s’il voyageait tranquillement comme les autres. C’était un bel homme, jeune, qui aurait mérité bien mieux que le regard de haine qu’elle lui avait lancé. Un homme jeune, qui n’avait aucune raison d’être déjà pervers, libidineux. Il devait attendre ça, ce qu’elle avait fait, qu’elle relève la tête et qu’elle lui jette son mépris à la figure. Il attendait sa réaction de rejet, car, en aucune façon, il ne pouvait attendre une autre attitude, il attendait son étonnement et l’expression de dégoût qu’il lui inspirerait.

Et voilà que, sans le vouloir, elle lui avait justement servi ce qu’il désirait le plus.

Elle se faisait maintenant violence pour détourner le regard et adapter sa conduite. Déjà, la hache, dans sa tête, le sang, le marteau... Elle sentait sa haine se réveiller, surtout contre tous ceux qui trouvaient bien de l’utiliser, comme ce vieux dingo d’ex-chef …. Elle aurait dû lui régler son compte à ce mafieux, au lieu de s’écraser sans rien dire. Et là, qu’est ce qu’il venait la chercher cet exhibo dans le métro ?  Comment faire pour ne pas tomber dans son stratagème, il fallait à la fois qu’elle l’ait vu et qu’elle l’ait ignoré.

Elle s’était plongée dans son téléphone, elle avait appuyé sur GOOGLE RECHERCHE, puis AMAZONIE. Il y avait des photos sur des indiens nus mais avec un étui pénien. Au moins ceux-là ne risquaient pas de telles perversions. Puis elle s’est de nouveau repliée sur ses propres photos qu’elle faisait défiler.

Mais l’homme la narguait, juste à côté de son cône de lecture, il ouvrait et fermait le journal en fonction des mouvements de sa tête à elle.

Et puis d’un coup elle y a pensé, elle s’est tournée vers l’homme à la braguette ouverte, l’a regardé droit dans les yeux et elle l’a faite, la photo. La photo de sa tête avant qu’il ne détourne le regard et très vite la photo du sexe. Juste avant qu’elle ne descende à la station, juste avant qu’il ait le temps de tout remballer.

Maintenant elle allait se défendre, elle allait apporter des preuves, au commissariat. Ou pire ! les réseaux sociaux !

 

Publié dans Humeurs, Litterature

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