Ce que j'ai toujours voulu savoir sur l'Europe (1er épisode)

Publié le par CERISETTE

Ce que j'ai toujours voulu savoir sur l'Europe (1er épisode)

Je ne suis qu’une modeste citoyenne européenne, retraitée depuis peu, mais curieuse et choquée d’entendre et de lire  des con…ries manifestes sur l’Europe.

Si bien que j’ai décidé, pour vous comme pour moi, de faire le clair sur l’Europe, avec mes mots à moi et ma propre compréhension.  On verra bien jusqu’où la réflexion me portera, mais je précise que je ne suis rattachée à aucun mouvement politique, ni de près ni de loin. J’ai une répulsion naturelle pour l’injustice et pour l’autoritarisme et un grand amour de ce qu’on pourrait appeler la démocratie, mais qui au fond, n’est rien d’autre que le respect des autres.

Donc je me lance sur l’Europe et je vais essayer de relever ce que je crois bien ou mauvais en Europe, sans préjugés, du moins je m’y efforcerai.

Première ânerie entendue il y a trois jours sur une chaine d’info dont le nom commence par BF et se termine par M.

Une certaine Marine s’y exprimait avec l’effronterie qu’on lui connait, pour nous dire exactement ça : « Qui gouverne en Europe ? c’est le PPE, c’est-à-dire le parti de Ma..on ! »

J’ai sauté au plafond surtout parce que la journaliste face à Marine, une certaine Apolline (je ne jette la pierre à personne parce que tout le monde a le droit d’être ignorant), la journaliste donc, a acquiescé à cette fausseté.

Mon premier point portera sur le Parlement européen, et plus largement sur les institutions européennes.

J’entends répéter partout que l’Europe n’est pas démocratique, que c’est une technocratie de gens même pas élus. Eh bien, c’est assez faux. (pas totalement mais on verra ça plus loin)

Nous allons voter en mai pour le Parlement Européen, qui prend beaucoup de décisions, des lois si on veut (mais ça s’appelle des directives et des règlements), décisions qui ont un impact sur notre vie quotidienne. Cela va se passer en mai dans toute l’Europe des 27 (sans le Royaume Uni donc) et nous allons élire 705 députés au total et ceci pour 5 ans. Pour la France ce sera le 26 mai.

La démocratie européenne est, à ce niveau, une vraie démocratie représentative car il n’y a pas de fait majoritaire.

En France, le parti qui remporte le plus de voix bénéficie de la majorité des sièges et ensuite la majorité vote comme un seul homme, c’est bien le problème. Nos députés forment une majorité qui ne peut plus s'exprimer, ni exprimer des différences et ils doivent voter ce qu'on leur dit. Ce sont des députés croupions, c’est justement ce qui est en cause avec le mouvement des gilets jaunes.

En Europe, pas question d’avoir une majorité, ni d’un seul pays, ni d’un seul parti. Au fond c’est une proportionnelle intégrale.

Si je prends l’exemple du parlement sortant, le plus gros parti, donc le PPE, ne dispose que de 30% des sièges. Pas suffisant pour faire une majorité. Le PPE ce sont les députés de droite (les Républicains par exemple) et le centre droit (le MODEM par exemple). Il n’y a bien entendu pas de députés d’En Marche, mouvement qui n’existait pas lors des précédentes élections.

Voilà les différents groupes politiques et leur distribution, étant observé qu’un certain parti dont le nom commençait par F et finissait pas N, était compté dans les non-inscrits, car même les conservateurs n’avaient pas voulu de ce parti.

En ce qui concerne les sièges par pays, de nouveau, pas de majorité, autrement dit, il n’y a pas de pays qui pourrait, à lui seul, dicter sa loi à tous les autres. Les sièges sont calculés en fonction de la population, mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce sont les petits pays qui bénéficient de plus de sièges, car il existe une clause, telle que le nombre d’habitants, qui permet d’avoir au minimum 6 députés par pays. En 2019, et en raison du BREXIT, l'allemagne gagne 2 sièges et la France 5. On laisse 50 sièges de côté, et on passe de 751 députés à 705, ça fera des économies.

 

Je dis et répète donc :

  • Pas de majorité d’un pays sur la totalité
  • Pas de majorité d’un parti sur la totalité.

Cela me semble donc parfait pour éviter les prises de pouvoir. Pour prendre une décision, il faut que les partis fassent des compromis, des alliances, il faut aussi que plusieurs pays (à supposer qu’un pays soit d’une seule couleur politique, ce qui n’est jamais arrivé) s’allient. C'est chouette, pour s'entendre il faut donc se parler, en traversant les courants politiques, les idées et les options, il faut se PARLER , et cela dans les différentes langues. C'est bien ce qu'on appelle la démocratie, ça?

Donc s'il faut choisir pour qui voter, il faut choisir parmi ceux qui savent faire des comproimis, des alliances et qui gardent à l'esprit en même temps nos intérêts, à nous, français.

PERSONNE NE GOUVERNE TOUT SEUL, contrairement à ce qui se passe en France. Bon, mais je ne m’illusionne pas trop non plus. Si les gros pays (il n’y en a que 3 et surtout que 2 : l’Allemagne, la France et l’Italie, mais surtout l’Allemagne ET la France) ne sont pas d’accord (à supposer qu’un pays parle d’une seule voix, ce qui n’est pas le cas, du moins en France), donc si ces « gros » pays ne sont pas d’accord avec une loi, alors la loi ne va pas être prise. Ceci est vrai pour presque tout sauf pour les règles de concurrence mais j'y reviendrai car c'est le cas actuellement pour la  fusion refusée Alstom-Siemens.

Pourquoi ?

Eh bien parce que il y a des contributeurs plus larges que d’autres au budget de l’Europe, et, on le sait bien, ceux qui paient ont plus de poids que ceux qui paient très peu.

Mais avant de passer au budget, je voudrais juste rappeler qu’en Europe, seuls 40% des citoyens européens se sentent concernés et vont voter. Ce n’est pas un peu paradoxal, quand on dit par ailleurs que l’Europe n’est pas démocratique ?

En outre, il me semble qu’on confond trop souvent l’Europe avec la France.

L’Europe ce n’est pas une grande France. Il n’y a pas de projet politique européen à présenter. C’est choquant peut-être mais c’est vrai. Il n’y a pas de programme européen , au sens où il y a un programme politique pour les élections françaises, parce qu’on a déjà défini et depuis longtemps, pas seulement depuis MAASTRICH (le fameux référendum contre lequel on a voté et qui a quand même été appliqué), ce que l'Europe devait avoir comme compétences. En conséquence, personne ne doit voter pour ou contre un parti politique, cela ne sert à rien. Il faut voter pour celles et ceux qui vont réellement travailler, c’est-à-dire, prendre les avis des uns et des autres, et construire des alliances. La méthode est plus importante que le fond.

Petit rappel sur les attributions de l’Europe :

L’Europe, existe depuis la fin de la guerre (la seconde mais on en avait déjà créé les prémices entre les deux guerres).

En 1951, « on » a créé la CECA, pour partager le marché du charbon et de l’acier, après les effets désastreux de la deuxième guerre mondiale et la menace constante d’une confrontation Est-Ouest. Il fallait déjà qu’on s’entende bien avec l’Allemagne, pour éviter que « ça » ne recommence.

A partir de là, il me semble qu’on a construit une idée de l’Europe, romantique à souhait, à laquelle tout le monde a essayé de croire et de faire croire. C’était une idée fédéraliste, à l’image des USA, peut-être, qui aurait permis que tous les peuples s’entendent bien et ne se combattent plus.  

Et ce n’est pas totalement faux : le commerce est une façon de se parler et quand on s’entend pour faire du business, on évite tout ce qui peut le contrarier. En plus, tout le monde peut constater qu'il n'y a plus eu de guerres depuis l'Europe des traités. Mais si l'Europe des traités n'avait pas existé, sait-on s'il y aurait eu des guerres? Nul ne le sait.

Nous avons construit une Europe qui n'est pas politique et qui est surtout centrée sur le marché.

C'est donc le BUSINESS d’abord.

Car PERSONNE, oui, je dis bien personne, n’a voulu d’une Europe politique. Tout le monde se méfiait et se méfie toujours de l'abus de pouvoir d'un Etat sur un autre. On connait bien nos défauts, nous autres européens. Mais nous ne sommes pas les seuls. Même aux USA, les gouvernants et les peuples ont évité de construire un Etat fédéral trop fort. A preuve, les habitants de Washington ne votent pas, les Etats ont des assemblées législatives chacun de leur côté et le Budget de l’Etat fédéral ne représentent qu’une partie minime de l’ensemble des budgets des états et du PNB total : 18%. Et en Europe, c’est encore pire, le budget européen ne représente qu’à peine 1% des budgets nationaux.

Donc j’en reviens sur les attributions de l’Europe. On a bien tenté en 1961 de créer une Europe politique et ça a été un total fiasco. Il y a eu une commission (la commission Fouchet) qui a proposé aux Etats (on était 6 à l’époque) non pas de fusionner mais d’établir une communauté politique (finalement comme aux USA mais en respectant encore plus l’identité de chacun). Les 6 pays ont refusé catégoriquement.

Alors on a créé des conférences composées des chefs d’Etat.

En 1981, on a de nouveau essayé d’approfondir les compétences politiques de l’Europe, avec le même manque de succès. Finalement on en est arrivé à l’Acte Unique en 1993 qui a donné les compétences suivantes à l’Europe :

En 1er : le marché intérieur

En 2ème :

  • — la politique monétaire ;
  • — la politique sociale ;
  • — la cohésion économique et sociale ;
  • — la recherche et le développement technologique ;
  • — l’environnement ;
  • — la coopération en politique étrangère.

Et pour finir on a organisé les compétences de l’union Européenne sur ce qui a été appelé les 3 piliers : le premier « pilier » est constitué par les Communautés européennes, dans le cadre desquelles les compétences ont fait l’objet d’un transfert de souveraineté des États membres, le deuxième « pilier » est formé par la politique étrangère et de sécurité commune, le troisième «pilier» est constitué par la coopération dans les domaines de la justice et des affaires intérieures. Ces deux deniers blocs sont gérés en coopération entre les Etats membres.

Je retiens de ce 1er chapitre qu’il ne faut pas demander à l’Europe ce qu'elle n'est pas autorisée à faire. L’Europe n’a pas de vision politique. Le marché intérieur est sa principale préoccupation et pour faire circuler les biens et services, il faut juste enlever toutes les barrières. On peut le regretter, on peut s’en mordre les doigts, on peut se dire qu’on s’est trompés, la responsabilité est bien collective et je ne suis pas certaine qu’encore aujourd’hui on ne ferait pas le même pari.

La suite au prochain épisode....

Publié dans Humeurs

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