Mon écrivain préféré (épisode 2)

Publié le par CERISETTE

Mon écrivain préféré (épisode 2)

Après avoir parlé des séries policières du Commissaire MONTALBANO, je vais maintenant donner quelques exemples du génie protéiforme de Camilleri.

Car ses sources d’inspiration s’étendent de l’antiquité (les mythes), à la vie des grands peintres, en passant par la période fasciste, la période industrielle du XIXème siècle et la peinture de la société contemporaine.

L’angle est cependant toujours une enquête policière. Je vais choisir un roman de chaque type dans l’ordre suivant qui n’est pas l’ordre de publication.

  • La période contemporaine
  • La période fasciste
  • La vie et l’œuvre des grands peintres
  • La société industrielle
  • Les mythes antiques
  1. La PERIODE CONTEMPORAINE

Sans Montalbano, sans la Sicile, sans dialecte, ces romans sont publiés chez Mondadori, le plus gros groupe de presse italien, et bien sûr milanais. On quitte Vigata, on est peut être bien à Rome...

Pas de dialecte, un italien très pur, très clair, une langue qui claque. Les romans contemporains sont nombreux et je vais m’arrêter seulement sur UN SABATO CON GLI AMICI (Un Samedi entre amis). Camilleri raconte les week-end d’ une bande d’amis d’enfance, tous des quarantenaires. Dit comme ça, c’est très banal. Mais le maestro organise son récit de façon géométrique. Il y a 3 couples qui se retrouvent le week end, trois couples composés, décomposés, recomposés. Chacun vit dans une relation triangulaire, soit parce qu’il(elle) a divorcé pour se remarier avec l’un de la bande, soit parce qu’il(elle) entretient une liaison secrète ou intime avec l’un ou l’autre de l’équipe. De plus, la plupart des personnes composant le groupe a connu des traumas enfantins graves. Trois couples, et donc 2 triangles….visuellement cela compose une étoile à 6 branches. Arrive un septième personnage….et tout va basculer.

C’est pour moi l’un des chefs d’œuvre de Camilleri, en raison de sa construction implacable, et du récit psychologique…car l’action avance sur la psychologie !

Et voilà un exemple du style (ici le parler d’un enfant qui demande à sa maman quand reviendra son père)

“Quando tonna papa?”
“Uffa, quanto sei noioso!”
“Pecché andato via papa?”
“Te l’ha detto lui stesso: vado a Palermo per affari ma torno presto.”
“E quand’è plesto?”
“Non ti reggo più!”
“Pecché non mi dici quando tonna papa?”
“Ma te l’ho già detto e ripetuto! Possibile che non capisci, scemotto?
Facciamo così, dammi la mano.”
“Quale, mamma?”
“Quella che vuoi. Ecco, bravo. Stammi a sentire. Vedi, in ogni mano ci sono cinque ditini. Il più piccolo, questo, si chiama mignolo, il fratellino che gli sta accanto anulare, il più lungo di tutti medio, quello accanto indice e il più grosso di tutti pollice. Uno, due, tre, quattro, cinque. Cinque dita, chiaro? Siccome papa torna tra cinque giorni, ogni sera che ti andrai a coricare, a cominciare da domani, chiuderai un dito. Quando non avrai più dita perché le avrai chiuse tutte e la tua mano sarà diventata un pugno, papà tornerà a casa. E ora vai in bagno. Appena ti sarai spogliato mi chiami e vengo a lavarti e a metterti a letto.”?”

"Il revient quand papa ?"

"Ugh, t’es pénible !"

"Pourquoi il est parti ?"

"Il te l'a dit lui-même : je vais à Palerme pour affaires mais je reviendrai bientôt."

"Et c’est quand bientôt ?"

"Je ne peux plus te tenir !"

"Pourquoi tu me dis pas quand il revient ?"

"Mais je te l'ai déjà dit et répété ! Tu comprends pas, petit démon ?

Donne-moi ta main. "

"Laquelle, man?"

"Celle que tu veux. Ici, bien. Écoute-moi :  tu vois, dans chaque main, il y a cinq petits doigts. Le plus petit s'appelle petit doigt, son petit frère c’est l’annulaire, le plus long c’est le médium, le plus proche de lui, c’est l'index et le plus gros, le pouce. Un, deux, trois, quatre, cinq. Cinq doigts, c'est clair ? Quand papa revient, dans cinq jours, chaque nuit où tu te couches, à partir de demain, tu fermes un doigt. Quand tu n'auras plus de doigts parce que tu les auras tous fermés et que ta main deviendra un poing, papa reviendra à la maison. Et maintenant tu vas à la douche. Dès que tu seras déshabillé tu m’appelles, je viens te laver et te coucher »

 

Ceci étant, c’est un roman très noir, très oppressant, mais c’est absolument magistral !

 

  1. La période fasciste

J’ai choisi 2 romans qui se déroulent pendant le fascisme.

Le titre de l’un d’eux c’est PRIVO DI TITOLO (Sans titre).

Camilleri est un écrivain assez puissant pour reconstruire l’histoire comme si on n’en connaissait pas la fin. Il raconte la mort (imaginaire) de l’unique martyr fasciste de Sicile en 1921. Il se trouve, comme chacun le sait que la Sicile n’a pas beaucoup collaboré au fascisme,  essentiellement parce qu’elle était manipulée par la Mafia, elle-même combattue (comme une rivale) par le pouvoir de Mussolini. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les américains ont débarqué dès 1943 à Catane et que la Sicile est tombée bien vite. Il ne restait plus que les allemands pour la « défendre ».

Ce qui est très drôle dans ce livre, c’est l’exploitation d’un procédé de style : des vieilles vidéos, dirait-on aujourd’hui, des images reconstituées pour un évènement de rue, images qui sont interprétées de façon différente et divergente suivant l’œil du commentateur, servent de trame de fond. On revoit l’évènement comme si on le visionnait au ralenti, et en noir et blanc, c’est saisissant.

Il y a beaucoup d’humour notamment dans le récit d’une visite de Mussolini en Sicile. Camilleri raconte qu’au cours de cette visite, les édiles de Caltanisetta (une ville dans les montagnes) ayant  le souci de bien faire, promettent à Mussolini des tas d’actions impossibles à réaliser et qui se terminent toutes en pantalonnades. Camilleri invente même la construction d’une ville nouvelle (qu’il appelle MUSSOLINIA comme il existe bel et bien la ville nouvelle d’IMPERIA, sur la côte Ligure) , que les décideurs font miroiter à Mussolini et qui, bien sûr, n’existera jamais, ni dans la réalité, ni dans la fiction.  

J’adore ce livre qui est vraiment à lire ! 

Le deuxième est intitulé LA PENSIONE EVA (la pension Eva) du nom d’un bordel existant pendant la guerre, en Sicile, près du port (on ne connait pas la ville).

Le point de vue est celui d’un jeune garçon Néné qui a juste 17 ans et qui va découvrir petit à petit ses premiers émois érotiques. C'est un roman d'initiation donc, mais à la fois léger et plein de sens.

Pendant que les bombes pleuvent, pendant que les armées allemandes occupent les lieux et que les américains commencent à débarquer, il se passe bien des prodiges dans le bordel.

A la Pension Eva, un vieux noble retrouve sa virilité, un ange descend nu en parachute, le portrait de Staline a des effets inattendus sur un résistant communiste, le saint patron local rend visite à l’une de ces dames etc…

"Il n'y avait pas de lune , mais des centaines et des centaines d'étoiles qui s'allumaient et s'éteignaient sans arrêt et d'autres qui semblaient des étoiles filantes, des comètes et qui étaient les trajectoires des projectiles, des grenades, des traçantes; elle s'agenouilla, les yeux levés vers le ciel; Puis le halo de lumière farineuse d'un projecteur effaça un instant les ténèbres, disparut. Et elle, en cet instant, le vit. Et même le contempla et l'admira, l'ange. L'ange qui lentement et silencieusement descendait vers la terre, ses grandes ailes déployées sur ses épaules...
... Ambra entendit un grand bruissement et l'ange arriva sur la terrasse, fit une espèce de cabriole, se releva en se libérant en hâte des grandes ailes qu'il enroula...
...Ça c'était un ange qui avait une faim de loup, se dit Ambra. Et non seulement il avait faim, mais il tremblait de froid, nu comme il était. Tiens ! Quelle chose étrange! les anges étaient pareils que les hommes !...

C’est très drôle, c’est aussi très touchant, et c’est une belle description de ces dames au cœur d’or, qui restent les seules à prendre soin des plus grands  blessés de la guerre, ceux, de quelque bord qu’ils soient, qui sont mourants ou terriblement amochés et que personne ne veut voir.

Un tableau magnifique de la Sicile, tout entière dans la générosité de ces dames de joie !

 

Je parlerai des autres œuvres dans le prochain post qui sera le 3ème (et dernier pour le moment) consacré à mon grand écrivain.

Publié dans Litterature

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Commenter cet article

PAO 05/01/2019 18:33

Quand on aime......on aime......
FP

CERISETTE 06/01/2019 21:55

non, ce ne sont pas des tomes et des tomes, ce sont des histoires singulières à chaque fois. ceci étant pour ma part j'adore aussi les gros volumes!!!!

Pao 06/01/2019 14:00

Les tomes et les tomes m'ont toujours un peu terrorisée...en dehors de Freud.... évidemment....!

CERISETTE 05/01/2019 18:35

et vous, vous aimez?