Mon écrivain préféré (épisode 1)

Publié le par CERISETTE

Mon écrivain préféré (épisode 1)

Depuis le temps que j’y pensais, il faut maintenant que je rédige ces posts, je veux qu’ils commencent l’année, je veux qu’ils soient les plus visibles possible. Il s’agit de parler de mon écrivain vivant préféré, un auteur qui mérite pour moi le prix Nobel de Littérature, qui le mérite vingt fois au moins, un auteur qui, dans mon classement personnel, se trouve tout au sommet, juste après Balzac, Proust et Molière.

Il a 93 ans, il est devenu aveugle et j’ai très peur qu’il disparaisse, c'est pourquoi il faut absolument que je fasse partager mon enthousiasme dès ce début d'année.

Il a écrit plus de 100 romans, presque tous des romans policiers. Le roman policier est considéré comme un genre mineur, ça doit être la raison pour laquelle il n’a pas obtenu le prix Nobel de Littérature (grrrrr). Bien que Bob Dylan, auteur-compositeur-interprète, l’ait obtenu, lui (re grrrr).

J’ai lu tous ses romans, tous, sans exception, et je les ai lus en italien pour la plupart mâtinés de sicilien et de dialecte d’Agrigente. Quoiqu’il écrive une langue peu familière à tous les italiens, un dialecte qui doit leur sembler étrange, (il est vrai qu’en dehors de sa petite région, ce dialecte (comme tous les dialectes d’ailleurs) n’est pas spécialement intelligible), tous ses livres sont d’immenses succès (internationaux) et il possède un fan club incroyable. Je plains beaucoup les traducteurs car la langue utilisée est savoureuse et rien ne peut la rendre aussi bien que le texte original.

Je ne suis pas spécialement connaisseuse du sicilien que je ne comprends pas à l’oral,  mais à l’écrit, on y trouve tant de racines communes avec le français qu’on s’habitue et qu’on en vient même à y retrouver la naïveté paysanne et la malice des personnages. Ceci étant, Camilleri fait aussi tout son possible pour qu'on comprenne bien, je pense qu'il n'est pas parti du dialecte, mais de l'italien et qu'il a, ensuite, retrouvé les locutions de son enfance. De plus, et ce serait ce qui confirme mon hypothèse d'une langue travaillée après coup,  chacun des personnages possède son parler propre, ses tics de langage, sa manière même de prononcer ou d'estropier les mots, et c’est... magique.

Voilà pourquoi je préfère le contact direct avec la langue de Camilleri à toutes les traductions.

Andrea Camilleri est né en 1925 dans une petite ville, non loin d’Agrigente, Porto Empedocle, que tous les lecteurs connaissent maintenant sous le nom littéraire de Vigata, la ville où se déroulent la plupart des romans policiers de Camilleri.

Je ne vais pas réussir à parler de toute la centaine de romans que j’ai lus. Je vais donc trier par types de prédilection et ce premier post sera consacré aux romans policiers.

Ils sont tous parus chez Sellerio, nom d’une grande éditrice, qui ressemble finalement à Actes Sud, pour son flair et son catalogue.

  • Les romans policiers de type "MONTALBANO" du nom du héros

Ce sont ceux que tout le monde connait car une série télévisée a été produite à partir des aventures de ce commissaire. Montalbano, cela nous rappelle Manuel Vasquez Montalban, l’auteur catalan, décédé brutalement il y a 15 ans déjà, et dont le personnage central Pepe Carvalho était lui aussi commissaire. C’est une référence volontaire car Camilleri était très admiratif de Manuel Vasquez Montalban qui a commencé à être connu peu avant que Camilleri ne commence à écrire ses livres (dans les années 1980). Camilleri a également été très profondément marqué par Simenon, dont le commissaire Maigret a influencé la saga Montalbano.

L’action est située à Vigata (je me répète) dans la province de Montelusa. Il a emprunté le nom de Montelusa à Luigi Pirandello qui, dans certaines œuvres, a rebaptisé ainsi sa ville natale d’Agrigente, sur la côte sud de la Sicile. Les lieux, filmés par la TV à cause de la série, sont devenus cultes et des tours-opérators proposent mêmes des circuits sur les traces du Commissaire Montalbano, incarné par l’acteur Luca Zingaretti. Des statues de lui (de l'acteur) sont installées sur les pistes des actions romanesques et on peut se photographier avec ces statues un peu de partout…( Il faut de toutes façons voir ces villes baroques, classées au patrimoine mondial, que sont Modica, Scicli, Ragusa, Ibla, Sampieri, Donnalucata et Puntasecca). Ce qui fera écrire à Camilleri, avec beaucoup d'humour, et dans un de ses romans policiers Montalbanesques, que le personnage de Montalbano a rencontré l’acteur qui joue son rôle sur un tournage. Fascinante mise en miroir au sein du roman lui-même ! Clin d'oeil extraodinaire où les fictions s'entrecroisent!

Car les personnages nous sont devenus si familiers, qu’ils vivent littéralement avec nous, dans notre imaginaire, comme s’il s’agissait d’amis véritables !

Il y a d’abord, le Commissaire, Montalbano Salvo, un homme d’environ 50 ans (éternellement 50 ans), grincheux,  désabusé, peu versé pour les tâches administratives (il a toujours une pile de courriers à signer sur sa table de bureau, qu’il signe toujours en retard, et il déteste les relations avec le Préfet de police et la hiérarchie paperassière), séducteur (mais pas Don Juan, plutôt le genre Philip Marlowe, en moins cynique), et surtout ultra doué pour résoudre les énigmes policières, en général toutes manigancées par la MAFIA. Il habite une maison sur la plage, adore la cuisine, a sans cesse des problèmes avec sa voiture (de service, c'est normal, rien ne fonctionne sur le plan administratif), rêve beaucoup (nombres de ses aventures commencent par un rêve cocasse et souvent prémonitoire). Son restaurant préféré est celui de Calogero, et on entend souvent des phrases comme ça :

Montalbano : Per primo niente, ho intenzione di tenermi leggero.
Cuoco : Per secondo, Le posso servire  pesce spada in agrodolce o nasello in salsa di acciughe. 
Montalbano : Portami  una porzione di nasello, mi raccomando una porzione abbondante… Uffa intanto che aspetto, dammi anche un bel piatto di antipasti di mare, forse non sarà un
un pasto leggerissimo ma ho fame.

Traduction:

Montalbano : Pas de premier plat, j'ai l'intention de manger léger.
Calò : Ensuite je peux vous servir de l'espadon à l'aigre-doux ou du merlan sauce d' anchois.
Montalbano : Apporte-moi du merlan, mais surtout une ration abondante... Ah pendant que j'attends, donne-moi une bonne assiette de hors-d'oeuvre de la mer. Ce ne sera sans doute pas un repas très léger mais j'ai faim.

Après son repas, le Commissaire est habitué à faire une promenade digestive le long de la mer. Et il y a , là, un rocher plat, où il s’assoit toujours, et où un crabe vient le voir, pendant qu’il réfléchit aux solutions possibles, et qu'il trouve un indice qui lui permet d’avancer dans l’enquête.

Parmi ceux qui l’entourent il y a:

  • Adelina, la dévouée servante, qui lui fait son ménage et lui prépare des petits plats pour le soir. Son fils est un voyou que le Commissaire aide de temps en temps et qui lui sert également à pénétrer les milieux de la toute petite délinquance. (du menu fretin que le Commissaire ne connait même pas)
  • Sa petite amie, qui, heureusement pour les deux, habite Bologne. Elle s’appelle Livia, est possessive et maniaque. Elle rappelle à l’ordre notre Commissaire qui adore la voir repartir dans le nord brumeux,ne serait ce que pour mettre fin aux scènes de ménage homériques qui caractérisent leur relation.

Mais les personnages les plus truculents à mon avis sont les policiers de sa brigade : Fazio, Augello Mimì, et Catarella.

Fazio,c’est l’inspecteur, efficace et compétent, mais perfectionniste et qui possède la malheureuse habitude d’aller chercher tout l’état civil des suspects et des témoins comme un généalogiste: le Commissaire doit le supplier de faire court.

Mimi Augello, c’est son adjoint, plus préoccupé par les femmes en général que par la sienne en particulier. C’est l’Italien, le Sicilien typique, baratineur, joli cœur, menteur et charmeur. 

Et il y  l’ineffable Catarella, policier aux fonctions bizarres, parfois téléphoniste, parfois secrétaire, gardien du commissariat, à peu près totalement analphabète, mais toujours hilarant dans sa capacité à brouiller les noms et le contenu des messages qu’il ne retient jamais correctement. Catarella, c’est l’image même de la «parlure» sicilienne, qui est empreint de componction, de tournures de phrases compliquées et qui assure avoir fait ou vu des actions « di person pirsonalmente » (en personne moi-même).

2- Voilà quelques exemples de langage ou de syntaxe utilisés par Camilleri:

« rompere i cabasisi » (casser les c…) : très utilisé par l’ombrageux Commissaire et qui me fait toujours rire beaucoup surtout quand ce mouvement d'humeur s'adresse à son supérieur.

« Io una tomba sono ».La construction de la phrase (je suis une tombe) est tout à fait latine, l’italien aurait dit simplement comme le français : Sono una tomba.

Et une anecdote parmi des milliers :

Un giorno a Montalbano Catarella si era presentato con la faccia di circostanzia.

C : Dottori, lei putacaso mi saprebbi fare la nominata di un medico di quelli che sono specialisti?.

M : Specialista di cosa, Catare`?.

C : Di malattia venerea.

Montalbano aveva spalancato la bocca per lo stupore.

M : Tu?! Una malattia venerea? E quando te la pigliasti?.

C : Io m'arricordo che questa malattia mi venne quando ero ancora nico, non avevo manco sei o sette anni.

M : Ma che minchia mi vai contando, Catare`? Sei sicuro si tratta di una malattia venerea?

C : Sicurissimo, dottori. Va e viene, va e viene. Venerea.

Il s’agit d’un jeu de mot difficile à rendre en français car Catarella se plaint d’une maladie « venerea », donc vénérienne, et il confond à l’oreille « va et vient » qui se dit de la même façon.

Que celles et ceux qui ne connaissent pas encore les aventures du Commissaire Montalbano sont chanceu.x. ses ! Ils.Elles vont pouvoir en commencer la lecture, peu importe l'ordre. Et même traduit en français, je pense que c'est addictif!

Je parlerai des autres types de romans de Camilleri dans le post suivant.

Mon écrivain préféré (épisode 1)

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