Festival du film USA à Deauville

Publié le par CERISETTE

Festival du film USA à Deauville

La semaine dernière à Deauville, c’était le festival du film américain. Pour la première fois, nous avons choisi un jour de pluie (c’est la Normandie) pour visionner quelques-uns des films en compétition.

 

D’abord, se souvenir qu’il s’agit du film indépendant, donc de films d’auteurs et non de super grandes productions hollywoodiennes.

Ensuite, Deauville, ce n’est pas Biarritz. Je fais cette comparaison parce que nous avons l’habitude de nous rendre au FIPA à Biarritz tous les ans, la 3ème semaine de janvier et que je peux avaler, à raison de 5 films par jours, une trentaine de films dans toute la semaine.

Pour Deauville, le cadre est plus somptueux (à certains points de vue) mais il y a aussi moins de films et c’est beaucoup plus cher. (eh oui, les grands hôtels, le Casino, tout ça, ça coûte !).

Bref j’ai vu 4 films dans une journée pour rentabiliser le forfait, mais aussi parce que je suis super entrainée au marathon des spectacles.

Les films visionnés étaient les suivants :

  • « Dead women walking » réalisé par une jeune femme, Hagar Ben Asher
  • « Monsters and men » réalisé par Reinaldo Marcus Green,
  • « Night comes on» réalisé par Jordana Spiro
  • « We the animals » réalisé par Jeremiah Zagar

 

Il y avait bien des similitudes entre ces films.

Presque tous parlaient du racisme, de l’exclusion, de la violence, de la justice, de la prison, de la drogue, du sort des femmes, de la misère, de la déchéance, de la mort.

Brrrr, c’est vrai, il y avait de quoi me coller un bourdon d’enfer !

Ces quatre films brossent un tableau d’une Amérique complètement déboussolée, ravagée par la discrimination, le rejet des plus fragiles, l’indifférence aux autres, le chacun pour soi. On n’est pas tellement étonnés finalement de savoir que Trump est toujours populaire dans certains milieux. Il est le pur produit du système. J’ai entendu un commentateur dire qu’Obama représentait les USA tels qu’ils auraient voulu être et que Trump ne faisait que montrer les américains tels qu’ils sont pour de vrai (pour reprendre ce qu’on disait des personnages de Corneille par rapport à ceux de Racine, pendant mes années studieuses). J’ai eu l’impression d’être passée de l’autre côté du décor avec tous ces films, et cela reste tétanisant tellement on le sait déjà et tellement on ne voudrait pas le savoir.

La plupart des points de vue de tous ces films sont ceux des victimes face à la monstruosité des gens ordinaires, mais pas uniquement.

Le premier montre des femmes "(Dead women walking", c’est une fiction mais élaborée  à partir de situations réelles) filmées pendant les deniers jours qu’elles ont à passer dans le couloir de la mort. On assiste à  la dernière audience, la dernière demande de grâce refusée, le dernier parloir, le dernier repas, l’ultime cigarette et même, à la fin, l’exécution.

Honnêtement, je  trouve que la situation des femmes  est bien plus pénible que celle des hommes. D’abord, elles sont indéniablement moins nombreuses dans les prisons et à fortiori dans le couloir de la mort que les hommes. Ensuite, ce qu’elles doivent affronter me parait bien pire. Je m’explique : Souvent mères célibataires et rejetées par leurs familles (dans certains cas, elles l’ont tuée, car les crimes commis sont à 90% des meurtres familiaux), elles sont très seules. Seules oui, mais souvent elles laissent des enfants auxquels elles tiennent et qui leur sont (leur ont été) enlevés. Elles sont encore plus seules par le fait même qu’elles doivent mourir en laissant leurs enfants complètement orphelins…Et si elles ont commis des crimes familiaux, c’est souvent pour se libérer d’un mari frappeur, de parents dysfonctionnels, de souteneurs et d’autres exploiteurs. Sur les 9 cas analysés dans ce film aucune n’avait le profil d’un cambrioleur, d’un braqueur, d’un tueur de flics…

Je ne justifie absolument pas le passage à l’acte mais je trouve que le genre de crimes qu’elles ont commis les fragilise encore plus, comme si elles s’étaient tiré une balle dans le pied. Elles ne sont pas devenues des caïds, elles n’ont pas tué pour de l’argent, alors ce qu’elles ont fait leur nuit d’abord à elles-mêmes, c’est comme un suicide.  

Dans ce film, il y a une interrogation constante sur Dieu, sur sa place, sur le réconfort possible de la religion ou non. Une nonne vient par exemple, braver tous les contrôles et tous les interdits, pour apporter de la drogue à une condamnée par pure compassion (véridique et profonde) pour la souffrance de la jeune femme, et c’est une scène bouleversante que je garderai longtemps en mémoire.

« Monsters and men » met en scène une histoire vraie. Peu après l’élection du maire actuel de New York un  jeune noir a été tué par la police, ce qui a occasionné la révolte de la communauté et conduit le nouveau maire à prendre parti et à condamner les policiers abusifs. Sauf que quelques jours plus tard, deux policiers se font descendre par des voyous ; Les manifestations de policiers ulcérés et convaincus que si le maire les avait mieux protégés, cela ne serait pas arrivé, ces manifestations ont fortement déstabilisé la mairie (démocrate) ..Cela a été au point où on se demandait si le maire finirait son mandat.

Dans le film on suit quelques personnages qui progressivement et malgré toutes les contraintes de leurs vies professionnelles, s’élèvent à la conscience : un jeune portoricain dont la femme est enceinte et qui vient de trouver un boulot, va tout perdre en publiant les vidéos de son téléphone sur les réseaux sociaux, un flic hésite à balancer son chef, un jeune espoir du base ball ose monter dans le stade avec un T-shirt de revendication. Qui sont les monstres ? Les auteurs des crimes ou ceux qui se mettent la tête dans le sable, et ne crient pas à l’injustice ?

« Night comes on » et « We the animals » évoquent tous les deux la situation des enfants qui doivent vivre dans des familles névrotiques : les pères frappent ou tuent les mamans, les enfants essaient de faire face.

Dans le 1er il s’agit d’une jeune ado, à la recherche de son père meurtrier pour se vend=ger, dans le 2nd trois jeunes garçons, une fratrie, survivent dans une maison moche et isolée où le père, après avoir roué de coups sa femme, part en laissant la couvée à l’abandon.

La présidente du jury était Sandrine Kiberlain, et le grand prix a été attribué à un film que je n’ai pas vu et qui est un documentaire sur un policier texan qui tente d’élever sa fille vaille que vaille…Un thème en droite ligne avec les sujets traités par les films dont j’ai parlé plus haut.

Triste Amérique !

Publié dans Humeurs, cinéma, spectacles

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