Au bout du champ en juillet 2018

Publié le par CERISETTE

Au bout du champ en juillet 2018

Extrait du web:

Capital                               31/07/2018

L'agriculture fera bien partie des négociations commerciales entre les États-Unis et l'Union européenne, que Bruxelles le veuille ou non, a déclaré lundi le secrétaire américain à l'Agriculture.

"Bonjour M’Sieur, Dame

"Ça oui, il fait ben chaud, mais ça va pas durer ben longtemps , demain ça sera humide par chez nous.

"Non, non, personnellement, j’m’en occupe pas, de c’tas de graviers. J’ai dit à la commune qu’ils pouvaient tout déposer devant ma porte, là,  en attendant, parce qu’il y a un renfoncement dans la haie pour permettre d’entrer. Y m’ont demandé, pour pouvoir gravillonner le chemin, là , entre les deux communes, vous savez ? J'ai dit oui pour rendre service à la commune.  Mais  ils z’ont pas bien écouté. Ils z’ont tout jeté tout comme ça, juste devant le portail. on peut plus rentrer. J’ai le tracteur là devant mais j’ai pas besoin de rentrer dans la cour, heureusement, avec ce gros tas ! J’sais pas quand ils font finir par la faire, la route. Y zont dit que ce serait sur la "bande de roulement" seulement qu'on aurait du goudron, c’est ça, juste du goudron sur les 2 côtés du chemin, parcequ’y z’ont pas d’argent.

"C’est comme ça maintenant, plus personne n’a d’argent. Y a pas d’argent, alors on recouvre en gravillons que 20 cm de chaque côté. Au milieu, ça peut ben s’effondrer, c’est pas la question.

"Moi, j’ai repris la ferme, là plus haut, vous zy êtes passés devant tout à l’heure. Des quatre enfants, personne voulait reprendre, alors quand j’me suis pris la retraite, j’ai dit que j’allais m’y mettre, mais vous savez, ch’suis fou, c’est juste par plaisir. J’aidais déjà avant à la ferme, mais quand la mère et le père sont décédés, y a près de 10 ans, j’me suis décidé à racheter les parts des z’autres.  J’ai dit que j’m’en occupera, ben tout seul. Mon fils que vous z’avez vu, lui, il s’est installé menuisier. Déjà bien qu’il est courageux, y en a tellement qui veulent pas se lever, le matin, y sont déjà fatigués, au moins lui il travaille, mais j’aurais pas pu lui parler de reprendre les bêtes, ça non, c’est trop dur.  Ch’suis fou, comme si ça suffisait pas, j’m’occupe aussi des 4 hectares du Parisien qu’habite là. Au total , j’ai rentré 14 hectares de foin, c’t’ année.

"Oui , y a eu beaucoup d’herbe ! Mais vous savez si je le fais pas, les propriétaires y faut qu’ils paient pour qu’on brûle les foins. Qu'on brûle le foin sur pied, sans rien en faire! C’est-à-dire que les prés leur coûtent cher ! Sans compter les taxes foncières. Le voisin là haut, y a planté 12000 arbres. Y z’encouragent à ça : dans le bocage, y faut plus rien, plus d’bêtes, plus de cultures. Y faut mettre du bois partout. Tiens là, les pommiers, juste à côté, vous voyez un pré avec des pommiers, et ben, heureusement qu’un agriculteur a racheté, y voulaient planter des bois : du frêne, du hêtre, du châtaigner…C’est subventionné, et pis y paient pas de taxes quand y a des bois dessus l’terrain.

"J’ai que 30 vaches, et pas à lait, j’aurais pas eu le temps quand je travaillais et que j’aidais déjà mes parents, de traire avant de partir au  boulot. J’fais des veaux d’ssous. Eh oui, y a les vêlages, et en plus y z’ont tous des puces dans les zoreilles. C’est plein de papiers à faire tout le temps. Mais j’fais ça par plaisir. J’ai des moutons aussi. Mais rien se vend, les gens y veulent plus de viande, y veulent plus manger nos veaux. Et pis, les miens, y sont d’ssous, donc y sont pas nourris avec des ZOGM, y sont nourris d’ssous, c’est bio. Eh ben, même comme ça, j’les vend pas plus cher. C’est le même prix, et c’est pareil pour les agneaux. Les moutons, j’suis obligé de faire que des mâles. C’est un marchand musulman qui me les achète, vous savez, c’est pour leurs fêtes, là. Il est ben v’nu y quelques semaines pour m’acheter des moutons, mais eux y veulent que des mâles. C’est tout bio  mes moutons. Non, j’ai pas le droit de vous les vendre à vous, y sont tous contrôlés par GPS. Ceux qui contrôlent, y voient tout, y z’ont pas besoin de venir, c’est dans les étoiles qu’y z’ont les satellites. Chaque mouton est compté. Ben, s’y en a un qui meurt, j’dois tout déclarer. Et ça c’est contrôlé avec l’équarrissage. Ah, on fait pas c'qu'on veut! Tout est contrôlé, partout.

"Vous savez, dans l’coin, on n’est plus que trois agriculteurs, vous vous rendez compte , seulement trois ! .

"Ah si, y font les chevaux, ça oui, y a des chevaux. Mais c’est pas les chevaux qui nourrissent les gens ni qui font du boulot pour nous.

"Ah, autrefois !

"J’avais deux boulots, j’faisais les routes, j'bouchais les trous, et j’aidais mes parents. On y arrivait comme ça. Maintenant on gagne pas sa vie. Mais heureusement que j’ai une retraite, j’m’en sortirais pas sans ça. Le prix d’la viande, ça couvre pas, j’perds d’l’argent.

"J’sais pas ce qu’ça va devenir, et j’plains les jeunes. Et quand j’y pense, des fois, j’me dis bien, qu’y va falloir arrêter un jour, quand j’pourrais plus.

"J’ai 67 ans, va ben falloir que j’me pose des questions. Mais tant qu’ça va encore, question santé. Enfin quand j’m’suis arrêté à la retraite, j’ai eu des opérations. J’avais des calculs, j’ai ben failli y passer. Y m’ont dit que j’buvais pas z’assez. De l’eau ! Mais quand on travaille tout le temps, pour éviter de transpirer, c’est vrai que j’buvais pas trop. J’fais attention d’nos jours. J’ai bien compris. J’ai l’air solide comme ça. Oui, bien sûr, j’ai pas b’soin d’aller à la gymnastique. Ramasser les bottes de foin, c’est pas parce que c’est fait avec le tracteur, qu’y a pas des trucs lourds à porter. Et c’est pas tout, avec les zanimaux, y a toujours à faire.

"Les subventions ? Ah non, y z’ont tout supprimé. J’ai bien touché des primes à la vache allaitante, mais maintenant y m’ont dit que j’y avais plus droit. Vous savez pourquoi ? j’ai pas assez d’vaches !.

"Y faudrait que j’remonte le troupeau, c’est pas à mon âge que j’vais remonter un troupeau. Tout va aux grandes exploitations, à ceux qui sont les plus riches, à ceux qu’en ont pas b’soin. C’est vrai, c’est pour le plaisir que j’fais ça. Et les petits troupeaux c’est encore possible, mais pas des grands troupeaux. Faudrait faire des stabulations, c’est pas comme ça qu’on faisait par ici, c’est le bocage, on faisait jamais ça.

"Bah, j’sais pas ce qu’y veulent, y z’ont complètement supprimé toute l’agriculture. Quand vous mangerez que des choses qui viennent de Chine, j’sais pas ben ce que vous z’aurez dans l’assiette. J‘comprends même pas pourquoi y faut qu’il y ait partout des bois, d’la forêt.

"Regardez bien, si j’plante à mon âge, j’aurais jamais le temps d’en profiter, des forêts. Le voisin là, qu’a planté des hectares entiers d’arbres, il a 80 ans.  Ca sert à rien, mais peut être que c’est juste pour pas payer les taxes. Mais même ça, c’est pas mon problème. Y faut juste ne plus avoir de terres agricoles, c’est un boulet, c’est pas comme avant, on se faisait fort d’avoir des terres à transmettre, mais maintenant c’est un vrai poison d’avoir des terres. Ça se vend pas du tout ! Y faut sans z’arrêt payer.

"Qu’est ce qu’vous dites : vous vous trouvez bien ? Vous z’êtes au paradis ? Vous z’êtes bien tranquilles ? Ben oui, j’sais ben.

"Bon, allez, c’est pas le tout, j’y va. J’ai encore à faire. Y va pas tarder à pleuvoir. Faut que je couvre mon herbe.

"Bien le bonsoir M’Sieur, Dame. "

 

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Publié dans Humeurs

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