Lettre sur l'amour (1)

Publié le par CERISETTE

Lettre sur l'amour (1)

Kikou ma copine qu’est dans le pays des princes et des princesses,

 

Maintenant que t’es à l’étranger, faut qu’on se parle et je veux te tenir informée de ma life, surtout que j’ai beaucoup tardé. Mais j’ai du lourd maintenant, prépare toi.

D’abord faut que je te raconte le cours sur l’amours courtois (pour que ça situe le contexte et surtout pour que tes concitoyens ne la ramènent plus avec leurs histoires de prince Harry et de comtesse de Sussex), et ensuite je te dis qu’est-ce que j’ai fait ces derniers temps, ok ?

Alors sur l’amours courtois :

On ne va pas se raconter de sornettes. Tu me calcules assez pour savoir que pour moi,  j’adhère pas du tout aux contes à dormir debout, là où ça cause de princesses et des carrosses, et surtout du beau chevalier qui possède tout, jeunesse, beauté, richesse et élégance (et justement pas moi, il est passé sous ma fenêtre et Madonne, il ne m’aurait pas même jeté un regard ?) . L’amour courtois, (tu sais, la rose à cueillir aux aubettes, le lys qui se reflète dans l’étang, un mirage de fleur, t’as vu, enfin une histoire romantique qui existait peut être avant la guerre? ), je me demande bien franchement pour quoi et pour qui ça a été inventé.

Dans les périodes moyenâgeuses au moins, ce genre d’amour platonique devait faire contrepoids à la violence des us et des coutumes. Les gentilshommes (qu’est-ce que je cause bien, tu trouves pas ?, bref c’était le BG de l’époque) adoraient se promener sur les champs de bataille, heaume relevé pour pas qu’on les confonde avec un autre, le glaive vif et la tunique de fer sur un cheval à pompons.  Il me semble que la galanterie permettait de donner un but un peu plus « smart » aux mufleries quotidiennes. D’ailleurs il fallait se pencher bien bas, et embrasser le mouchoir de  la meuf du chef, car pas question de zaiber avec la Dame, on ne s’accouplait qu’avec les servantes, avant le mariage (et même après d’ailleurs). C’est comme si les keums d’aujourd’hui glissaient des billets doux entre les nénés de la nana du boss– devant ce dernier- of course et en plein accord avec icelui- avant de partir en réunion.

Pour te faire travailler les méninges voilà le texte en english :

For indeed I knew
Of no more subtle master under heaven
Than in the maiden passion for a maid,
Not only to keep down the base in man,
But teach high thought, and amiable words
And courtliness, and the desire of fame,
And the love of truth, and all that makes a man.

 

(Alfred Lord Tennyson, Guinevere, lignes 474-480

 

Car en vérité je ne connaissais

Aucun maître plus aimable sur terre

Que la pureté de l’amour inspiré par une jeune vierge,

Qui non seulement réprime les bas instincts de l’homme,

Mais encore lui enseigne nobles pensées et propos agréables,

Courtoisie et désir de gloire,

Amour de la vérité, et tout ce qui fait l’homme.

 

C’est bien clair là-dedans qu’il s’agissait de contenir le désir sexuel, et de glorifier les nobles pensées (pas de vulgarité, ni de porno tubes).

Tu ne penses pas que ces mensonges étaient aussi adressées aux femmes, pour qu’elles se laissent aimer de loin et ne cèdent jamais rien à leur soupirant de peur de leur ôter toute leur motivation ? Pour ma part, j’ai vite intuité l’arnaque. Pas plus de princes que de princesses dans ce monde ici-bas que de crapauds qui parlent.

D’ailleurs je n’ai jamais trouvé intelligent de faire confiance à un crapaud (même bavard), et avec mon pot coutumier, si j’avais simplement voulu tenter ma chance, j’aurais risqué de n’essayer que des crapauds véritables sans que jamais l’un d’entre eux ne soit le crapaud gagnant, celui qui se change automatiquement en charmant. Finalement autant n’embrasser que des altesses, et maharadjahs déjà bien lustrés.

Quand j’y réfléchis d’encore plus près, même dans un palais, un crapaud reste un batracien, tu crois pas ?. Tandis que le keum super balancé te transforme une bicoque et un vieux plume (avec édredon quand même) en palace cinq étoiles. Bon, je dis pas non plus que le moindre galetas deviendrait un château mais on peut se débrouiller pour améliorer les points de vue si on n’a que l’essentiel.

J’en arrive au fait (oui, oui, je bavarde), et je te raconte la dernière que j’en suis encore sur le cul.

Depuis la rentrée, le super beau gosse de la classe-, oui, il est nouveau, tu le connais pas,  il s’appelle Valentin, ça s’invente pas- me tease continuellement. J’suis flattée dans un premier temps. Tu le serais aussi. Et je décide de le faire lambiner. Pas parce que je serais devenue bêcheuse mais parce qu’il faut toujours les faire souffrir un peu avant de leur accorder quelque attention, t’es toujours d’accord avec ça ?.

Maintenant je te décris l’objet : 1m90, tout en muscles, zieux verts, bronzé, calme, délicat, pas trop con (16 en français et en maths), pas relou, mais, car il y a toujours un mais, pas très causant. Ce qui excite les nanas, tu penses. Enfin, elles en bavent d’envie, surtout les toutes petites fifilles à sa maman, les zoulettes, les souricettes, tu sais, celles qui se perchent pour sortir en boite et qui préfèrent les ampoules au pied que le confort des tennis pourvu qu’elles soient grandes et qu’elles montrent de beaux mollets. Il a cet air indifférent qui les fait toutes craquer.

Moi, question look, tu me connais, je ne quitte ni mon jeans-T-shirt, ni ma queue de cheval avec ma barrette toute simple (que j’échange avec mon chouchou blanc de temps en temps). Et pas de talons parce queje suis déjà grande, toute en souplesse, et félinité (oui, oui, j’ai besoin de temps en temps d’un selfie flatteur), bref je me mets bien, à l’aise.

Et, comme toi,  je préfère les mecs balèzes, qui ne te demandent pas d’autres permissions une fois que t’as dit oui, qui ne tergiversent pas, comprennent que t’as accepté d’être dans leurs bras pour être dans leur main. On n’est pas compliquées nous deux !

Bref, un soir, comme souvent le samedi, et comme l’an dernier, on décide de sortir pour un bon vibe en boite.

« On » c’est notre bande préférée que tu connais bien, des bons vivants et Valentin se joint à nous comme si c’était naturel.

On danse, je kiffe bien et  voilà que mon grand costaud se plante devant moi, me lâche pas d’une semelle, me course au bar, me verse mon shot de gin, se tortille, me colle pendant toute une séquence, s’approche de ma hanche, planque son bras derrière mon pouf, bref m’entreprend dans les grandes longueurs. Je résiste pas trop, surtout que je reluquais le parterre de filles à ses genoux et que ça me faisait marrer un max d’être celle qui attirait l’athlète ! Il était bien en train de réaliser un sans faute : pas de trucs chelous comme des grosses auréoles de sueur sous les bras et le front qui goutte sur ma joue, ou me parler du chien de ses parents, ou encore me raconter son ex (que par ailleurs je connais déjà et toi aussi, puisque les nouvelles vont vite même entre deux bahuts), ou enfin me renverser ses glaçons sur mon tee-shirt (c’est pas parce qu’on sort pas en robe longue qu’on prend pas soin de ses affaires, !). Enfin, il ne parlait guère, mais c’était pas nécessaire vu qu’on se connaissait déjà et que je raffole pas du manuel du dragueur : compliments, sourires, humour (fille qui rit à moitié, à moitié quoi donc au fait ?, non, c’est « fille qui rit à moitié dans ton lit »), désinvolture. Encore que si finalement, sa froideur le rendait un peu magnétique et on aime bien ça, nous, que les mecs soient des énigmes, même si c’est juste pour quelque temps.

Je n’imaginais pas ne pas  conclure ce soir-là…. (à suivre)

Publié dans Humeurs

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