Macbeth (Shakespeare- Théâtre Odéon)

Publié le par CERISETTE

Macbeth (Shakespeare- Théâtre Odéon)

Dans ce Macbeth-là, Stephane Braunschweig a choisi de situer l’action dans le monde contemporain (ce n’est pas la première représentation qui prend cette option), et pour ce faire, il dresse deux décors :

  • L’un est un palais royal de type XIII ème siècle, on dirait la salle à manger de l’Elysée : il y a Diane Chasseresse en grand accrochée au mur, des lumières rutilantes, une table mise,
  • L’autre est une cuisine complètement carrelée de blanc où pendent des couteaux. Cette cuisine ressemble étrangement à une boucherie, à un sinistre abattoir. Les chaises sont en aluminium, la table aussi, les néons éclairent la scène d’une lumière blafarde.

Le premier lieu est le lieu du pouvoir, de l’illusion du pouvoir, de la mise en scène du pouvoir. C’est là que Duncan, le roi d’Écosse, tient des réunions avec son état-major, c’est là que Macbeth, devenu roi d’Écosse, reçoit ses courtisans. C’est une salle d’apparat.  

Le second lieu est celui des basses œuvres, du sexe et du sang. Lady Macbeth se roule sur la table de découpe en talons aiguilles et robe moulante noirs. C’est là qu’elle imagine avec volupté, le crime suprême, le régicide, c’est aussi là qu’elle attire Macbeth et lui suggère (au sens psychanalytique) le désir de tuer.

Sur l’avant-scène, se trament les complots, surgissent les morts et les sorcières. C’est le lieu magique, ensorcelé, maléfique, un no man’s land qui sépare et nous relie à l’action.

Depuis le temps que je vois cette pièce, je n’avais jamais remarqué à quel point il s’agit d’une œuvre « psychologique ». Stéphane Braunschweig met l’accent sur la dualité entre Macbeth et Lady Macbeth : le couple est complémentaire, son évolution dans la pièce se fera en croisant les désirs et les destins. C’est Lady Macbeth qui arme son mari, c’est elle l’auteure véritable du sacrilège, c’est par sa volonté que l’horrible est accompli.

Oui, mais quand le pouvoir est entre les mains de Macbeth, c’est là qu’il comprend que tout est à refaire, car il faut se protéger de tout, il faut continuer à tuer, il faut s’en prendre à ses proches, à ses plus fidèles soutiens, et il est impossible de ne pas continuer. Et ce non seulement parce que la digue de l’interdit a déjà sauté mais aussi parce que le crime appelle le crime, et que c’est ainsi que de simple soldat valeureux on devient un tyran sanguinaire, c’est ainsi qu’on perd son humanité et soi-même dans le même temps.

Et enfin, quand les crimes se succèdent et que l’on comprend que cela n’aura plus de fin, c’est Lady Macbeth qui la première comprend et se sent coupable, irrémédiablement condamnée, et qu’elle meurt, probablement en se suicidant.

Macbeth se retrouve au combat final : il est confiant, il se sent invincible parce qu’il a plongé dans la folie, dans le déni de réalité. Les sorcières ont prédit que rien ne pourra l’abattre si ce n’est un homme qui ne sera pas né d’une femme et qu’il ne perdra la bataille que si la forêt se déplace.

L’extraordinaire, le surnaturel n’est pas rationnellement possible, et le pauvre fou se raccroche à une prédiction fantastique, fantasmatique et même carrément folle pour la comparer aux lois de nature et finalement penser qu’elle n’aboutira pas. C’est assez tordu comme raisonnement car soit on croit aux présages soit on les nie. Macbeth est dans l’entre deux, dans la double contrainte : il croit aux dons divinatoires des sorcières tout en niant la véracité de leurs prophéties.

Entre Macbeth et lady Macbeth, il y a inversion de la confiance : l’une a compris l’inéluctable et plonge dans la perdition, l’autre, après avoir ressenti la vanité de son crime, reprend espoir et s’enferre dans des certitudes fatales.

Le fait que Macbeth soir joué par un acteur noir fait immanquablement penser au Roi d’Ecosse

Le choix d'Adama Diop pour incarner Macbeth évoque irrésistiblement les tyrans africains, eux aussi victimes de leurs croyances dans l’animisme, et eux aussi dépassés par la facilité avec laquelle ils ont accédé au pouvoir (le crime est « facile » à l’homme).

On pense alors au film "Le Dernier Roi d'Écosse", où Forest Whitaker incarnait un clone du dictateur Idi Amin Dada aussi ridicule que terrifiant.

Le couple formé entre Macbeth et sa lady (Chloé Réjon) n’a rien d’extravagant, on a même l’impression que le duo fonctionne bien, et qu’il est somme toute, très banal.

Et bien sûr , les réflexions de Macbeth tirent les conclusions de ce désastre :

« La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur qui s’agite et se pavane un temps sur la scène, et puis qu’on n’entend plus. Une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien ». A tale told by an idiot, full of sound and fury, signifiying nothing.

Les sorcières ont l’aspect de femmes enceintes, accouchant de prophètes bébés. Elles sont sœurs, et comme elles sont pareillement grosses, et accouchent en même temps, on peut imaginer qu’il s’agit d’une représentation bouffonne de sorcières de comédie. Les démones enceintes devraient accoucher de diables, engendrés eux-mêmes par le Malin…Mais là, il s’agit simplement d’égarées au sourire enjôleur qui pratiquent une magie de pacotille Rien d’effrayant à ces sorcières.

Globalement j’ai quand même trouvé que le spectacle se tenait bien et, malgré le fait que j’avais vu d’autres mises en scènes moins axées sur la psychanalyse, je pense que celle de Braunschweig est intéressante.

La salle était pleine d'ailleurs et c'était un mercredi. Le spectacle se joue à l'Odéon jusqu'à la mi-mars 2018.

 

 

Macbeth (Shakespeare- Théâtre Odéon)

Publié dans spectacles, Théatre

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article