Les bactéries et nous

Publié le par CERISETTE

Les bactéries et nous

Nous possédons 2 à 3 kg de bactéries dans notre corps.

Compte tenu du fait qu’elles sont microscopiques, et même si leur nombre a été récemment revu à la baisse, ce sont des milliards de cellules que nous hébergeons en silence dans notre intestin (en grande partie).  Le chiffrage actuel indique autant de bactéries que nous avons de cellules soit 30 à 40 milliards.

Oui, c’est la mode de l’intestin. De nombreux livres sont parus à ce sujet et cela signifie très certainement que des financements ont été trouvés pour des recherches sur ce thème. J’ai lu beaucoup sur ce sujet, ce qui ne signifie pas que je maîtrise tout, mais je partage ce que j’ai compris.

Chaque microbiote (le système bactérien) nous est particulier et si nous avons 95 à 98 % de gènes communs entre nous et les grands singes, nous ne partageons que 60 à 70 % de notre microbiote avec eux. D’un être humain à l’autre c’est pareil : nous n’avons pas la même carte microbiotique même si nous vivons ensemble et partageons la même alimentation.

De tout ce que j’ai lu, voilà ce que j’ai retenu (sources citées en fin d’article) :

  • Il est désormais admis que le tube digestif contient autant de neurones que la moelle épinière, [1]
  • Les bactéries intestinales nous aident à digérer bien sûr, (elles ont un effet important sur l’obésité on y reviendra) mais pas seulement, [2]
  • Ces bactéries jouent un rôle important pour nos défenses immunitaires,[3]
  • Ces bactéries jouent un rôle dans la production de nouveaux neurones et, en conséquence, ont quelque chose à voir avec les maladies du système neuronal, et cela va de l’autisme à la sclérose en plaques, en passant par la dépression, le stress, l’anxiété. [4]

 

Or, nous négligeons notre flore intestinale et pire, nous lui faisons subir beaucoup de dommages.

Comment ? 

  •  Notre alimentation est trop standardisée, trop « aseptisée », trop uniforme. Pas la peine de faire un dessin, on mange des trucs raffinés, sous vide, stérilisés, pas assez variés. Je ne suis pas une grande prêtresse des régimes (pour ainsi dire, c’est même le contraire). Vrai ou faux, je mange de tout…sauf les vers, les insectes, les abats, enfin ce qui me dégoute.
  • Le lien malbouffe/obésité est bien montré dans le film « Supersize » (2009), et on sait bien que ce qui fait grossir les américains (et nous) c’est l’alliance sucres (rapides ou lents) et manque d’activité. Des études montrent le mécanisme :
  • Certaines ont analysé le génome bactérien de 341 personnes parmi lesquelles 134 non obèses et 207 obèses. Un quart possède un microbiote « pauvre » en espèces bactériennes, 80% des individus obèses font partie de ce groupe. Ce groupe présente, qui plus est, un risque accru de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires…
  • D’autres montrent que l’effet de satiété n’est pas atteint si l’alimentation ne comporte pas de fibres (c’est comme si l’intestin criait famine car les sucres ne vont pas jusqu’à lui, et passent très vite dans le sang), ce qui contribue à un comportement alimentaire frénétique, et donc à l’obésité, [5]
  • Enfin, le microbiote n’est pas stable dans l’intestin et une alimentation aseptisée, et surtout faite de sucres (lents ou rapides) fait diminuer notre microbiote (parfois de moitié) ce qui entraine la boucle décrite ci-dessus.
  • On aurait guéri des souris de la dépression (je ne suis pas biologiste mais je pense que ça doit pouvoir se voir quand une souris est dépressive, elle reste peut être confinée dans un coin, ne mange plus….), avec des bactéries du colon humain (C'est une drôle d'idée, mais la souris ne doit pas bien se rendre compte) [6]
  • En mangeant moins de plantes que nos aïeux, et en consommant pas mal d’antibiotiques (un microbe passe par là, hop un antibiotique), nous détruisons inexorablement notre microbiote (mais pas question non plus de retourner au régime de l’homme des cavernes qui avalait de la viande crue et des baies toute la journée, l’extrémisme n’est jamais bien sain), et nous nous rendons antibiorésistants, ce qui ne va pas tarder à nous coûter cher,
  • Nous sommes devenus allergiques, à force de vivre dans les villes. On dit que le rhume des foins était autrefois l’apanage des citadins qui ne côtoyaient pas les allergènes dans leur enfance et c’est vrai qu’un enfant qui est léché par le chien, la vache , qui se roule dans l’herbe et fait de la patouille avec de la bouse,  risque d’être mieux « vacciné » aux allergènes par la suite. [7]

Des chercheurs parlent du rôle de l’accouchement « par les voies naturelles » pour conférer au nourrisson des « bons microbes », mais comme j’ai un peu peur que ce soit encore une façon de culpabiliser les femmes qui accouchent par césarienne, je ne mentionne donc rien à ce sujet.

Il y a d’autres études qui accordent un rôle déterminant au microbiote dans la lutte contre le cancer, le diabète, le cholestérol etc….

Cette histoire de microbiote, ce n’est évidemment pas LA Solution miracle à toutes nos maladies et à tous nos maux, mais c’est une piste intéressante, il me semble.

Alors, quoi faire ?

N’étant pas une ayatollah des régimes et une adepte des religions diététiques, je ne peux que conclure (provisoirement) avec les conseils du docteur Emeran Mayer,  directeur exécutif du Centre de neurobiologie du stress à l'Université de Californie, à Los Angeles, auteur de Mind-Gut Connection, qui me paraissent à peu près équilibrés.

J’ai presque tout expérimenté avec beaucoup de succès :

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/microbiote-et-cerveau-les-8-conseils-du-dr-emeran-mayer_104878

 


[1] Ron Sender & al. « Are We Really Vastly Outnumbered? Revisiting the Ratio of Bacterial to Host Cells in Humans ». Cell. , « Germs, humans and numbers: New estimate revises our microbiome numbers downwards ». ScienceDaily. , Eric A. Franzosa. « Identifying personal microbiomes using metagenomic codes ». PNAS.

[2] Super Size Me, ou Malbouffe à l'américaine au Québec, film documentaire américain écrit, réalisé et mis en scène par Morgan Spurlock. Le film présente ce dernier se nourrissant exclusivement chez McDonald’s pendant un mois à raison de trois repas par jour. Il prend ainsi plus de 11 kilogrammes et a des problèmes de foie.

[3]   Cotillard et al., (2013), Nature, 500(7464):585-8

[4]   Le Chatelier et al., (2013), Nature, 500(7464):541-6

L’idée que l’on pourrait atténuer l’anxiété, le stress, voire la dépression en modifiant le microbiote fait déjà son chemin. Par exemple, au laboratoire ETAP-Éthologie appliquée (Vandoeuvre-lès-Nancy, Meurtheet-Moselle), deux souches de bactéries, Lactobacillus helveticus et Bifidobacterium longum, ont été administrées à deux groupes de volontaires sains pendant trente jours, les résultats étant comparés à ceux de volontaires prenant un placebo. Au terme de l’expérience, une réduction significative du stress et de l’anxiété a été constatée dans le groupe « probiotique ».

[5] Tennoune et al., Translational Psychiatry (2014), Une équipe de recherche INSERM à Rouen spécialisée dans les relations cerveau/intestin a fait une découverte importante : une protéine fabriquée par une bactérie bien connue du microbiote intestinal Escherichia coli est le sosie d’une hormone, la mélanotropine, qui intervient sur la satiété. Lorsque cette protéine est fabriquée en abondance, des anticorps viennent la neutraliser et neutralisent en même temps la mélanotropine. D’où une augmentation de l’appétit.

En dosant les anticorps de 60 personnes ayant des troubles du comportement alimentaire, l’équipe de Rouen a montré que ces personnes présentaient un nombre d’anticorps élevé prouvant alors la tendance aux compulsions. Rétablir un meilleur équilibre au sein du microbiote intestinal et ainsi moduler la production de la protéine fabriquée par la bactérie E.coli pourrait permettre d’aider à limiter les compulsions excessives.

[6] Les chercheurs ont amélioré plusieurs symptômes de l'autisme chez la souris en lui administrant une bactérie humaine, Bacteroides fragilis, connue pour favoriser la cohésion de la paroi du côlon. Un régime d'une semaine de ce probiotique après le sevrage des souris a corrigé plusieurs troubles psychomoteurs, l'anxiété et l'absence de communication. Les chercheurs ont ainsi déterminé que ces troubles pouvaient être dus à une substance bactérienne diffusant dans le sang.

Une molécule analogue a d’ailleurs été retrouvée chez les personnes autistes, dont le système digestif est souvent perturbé et appauvri en bactéries productrices d’acides gras à courte chaîne. Par ailleurs, la consommation pendant deux mois d’un autre probiotique,

[7]https://www.sciencesetavenir.fr/sante/comment-le-microbiote-intestinal-bloque-les-allergies_29286

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