Et si je devenais dictateur de Mikal Hem (Ed Gaia)

Publié le par CERISETTE

Et si je devenais dictateur de Mikal Hem (Ed Gaia)

Il semblerait bien que la vieille dictature exercée par des gens un peu cheloux soit revenue à la mode en ce moment.

Et que je compare ma bombe à la tienne, et que je te provoque, et que je lance des missiles en veux-tu en voilà, bref, les dictateurs ont ceci de particulier, c’est qu’ils aiment bien jeter n’importe quoi par la fenêtre sans se soucier de nous, pauvres fourmis, qui essayons de vivre en paix en cultivant nos jardins.

L’auteur est norvégien, Mikal Hem, journaliste dans de grands quotidiens, et spécialiste de politique internationale. Il a beaucoup voyagé en Afrique et dans les pays d’ex-Union soviétique. Enfant, il a vécu deux ans au Zimbabwe sous la dictature de Robert Mugabe. Il a un blog « Le nouveau dictateur » mais qui n’existe pas en français.

Il me parait que ce livre est son second livre, après une analyse du règne de Poutine.

En 4ème de couv, c’est écrit : « Dictateur c’est un métier ».

Donc ça s’apprend, en conclut l’auteur. Et nous voilà devant 10 étapes à parcourir pour apprendre le job.

Et voilà un bref résumé de ce que j’ai appris :

Première étape : il faut déjà devenir dictateur. Et là, normalement, il faut faire un coup d’Etat, encore que certains dictateurs célèbres n’aient pas eu besoin de coup d’Etat. Et un coup d’Etat, se fait surtout dans un pays sous développé économiquement (ceci étant quel besoin de devenir dictateur dans un pays très pauvre ?). Bon, il faut aussi s’assurer de soutiens étrangers, (autrefois, c’était facile, on avait juste à dire qu’on voulait renverser un régime communiste et les USA nous soutenaient illico, il faut se creuser un peu plus aujourd’hui), et couper quelques oreilles et têtes (il faut bien se renseigner au départ, mais si on coupe un peu plus que nécessaire, ce n’est grave que si on échoue).

Mais on peut aussi parvenir au pouvoir par héritage (sans un père dictateur, c’est toutefois un peu difficile), ou, à défaut par des élections. Et là, il existe aussi différentes méthodes pour truquer les votes, ou pour éliminer la concurrence. Dans certains cas, ce n’est même pas nécessaire non plus.

Seconde étape : il faut réussir à garder le pouvoir, et bien sûr, c’est assez difficile car le dictateur peut être confronté, malgré tous ses soins, «  à l’antipathie de certains pans de la population ». Normalement, un dictateur n’a pas besoin d’élections intermédiaires, mais « en concédant l’existence d’une opposition réduite (à son minimum, cela va de soi), on garde un excellent aperçu de ce que fabriquent les adversaires dans notre dos ». Le conseil est de « transformer le processus électoral en chemin de croix jalonné de subtilités administratives », car le bourrage d’urnes ou l’arrestation des autres candidats sont un peu trop voyants.

Il va falloir ensuite penser à l’ampleur du raz de marée électoral, et de « déterminer la limite du raisonnable » car, plus de 100 % de votes en notre faveur, ça fait un peu mal préparé.

Troisième étape : Etablir un culte de la personnalité, car tout dictateur doit se sentir à l’égal de Dieu. « Un dictateur doué parvient à s’infiltrer sous la peau de ses sujets ». Pour ça rien ne vaut de publier son portait partout, de l’installer dans tous les bureaux, de faire ériger des statues et de les coller partout. Ah, il faut aussi trouver un titre particulier, comme le Léopard, le Cavalier, le Génie du Grand Fleuve…C’est pas mal d’écrire un livre qui deviendra du coup un best seller (tout le monde devant l’apprendre à l’école). C’est bien aussi de promulguer des lois bizarres (dont personne ne comprend la raison).

Je passe rapidement sur les chapitres « S’enrichir » ou « Copuler », tous mes chers lecteurs ayant bien compris maintenant de quoi il retourne.

Un détail quand même qui me fait encore rire. Un dictateur doit « penser grand, rétro, baroque, et …doré ». L’or ne passe jamais de mode, et il est bon de vivre dans le doré : lavabos, lit, tentures, meubles, tout doit être le plus doré possible.

Se souvenir que « l’apparence doit rester notre obsession », et particulièrement en matière vestimentaire.

On doit être dans la 6ème étape. Le style vestimentaire varie suivant les classes de dictateurs : il y a le classique (uniforme d’officier), le rebelle (froissé, style jungle), le bling bling (avec médailles et plumes), l’ethnique (peaux de bêtes), et …le complet-veston.

Un bon dictateur aime bien l’architecture…et notamment la construction de villes nouvelles, d’îles artificielles…

Et tout ça se termine sur le dernier chapitre « Partir à temps », mais l’auteur souligne que peu de dictateurs choisissent de se retirer avant un coup d’Etat, et qu’ils semblent préférer rester au pouvoir jusqu’à leur mort.

Pourtant, ils pourraient également trouver refuge dans de très beaux Etats, et dans de beaux paysages bien verts….à moins qu’ils ne finissent sous les verrous, mais cette dernière extrémité est réservée aux malchanceux qui auraient pu être jugés.

On en connait d’autres qui trouvent une vie éternelle en étant embaumés et visités par des générations entières.  

Livre croustillant, d’un humour décapant, que je recommande sur les plages ou pour cette fin de vacances.

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