Etonnants Voyageurs (éditions 2017), ceux que je connais..

Publié le par CERISETTE

Etonnants Voyageurs (éditions 2017), ceux que je connais..

Etonnants voyageurs : le festival a 25 ans, et je ne le fréquente assidument « que » depuis 10 ans. C’est absolument magique, c’est à Saint Malo, tous les ans à Pentecôte.

Ce festival est spécifique parce que :

  • Saint Malo, la cité corsaire, constitue un décor unique. Côte d’Emeraude, remparts, maisons de granit, tombeau de Chateaubriand, plage immense, plateaux de fruits de mer et crêpes….que rêver de mieux ? Tout le folklore de la Bretagne sans chichis, ni tralala. Les marins de la Course du Rhum s’y retrouvent également au café de l’Univers, en débouchant de la Porte Saint Vincent.

 

 

  • Michel Le Bris, l’organisateur, est un vieux baroudeur, gauchiste en son temps, écrivain, marin et voyageur….
  • Le Festival s’est illustré notamment en 2007 avec son « Manifeste pour une littérature- monde », signé par des dizaines de grandes plumes. Finie la tyrannie de l’idéologie, le roman revient en force, il raconte quelque chose, une histoire, le monde quoi. Finie la francophonie, il n’y a pas d’un côté des écrivains français et de l’autre des écrivains francophones (après tout, il n’y a jamais eu une littérature anglais et une autre anglophone !), il y a des écrivains écrivant en français, point.
  • Aujourd’hui, pour 2017, un nouveau manifeste est publié : « Nous sommes plus grands que nousmêmes ». La démocratie se vit comme fatiguée d’elle-même, et elle est contestée partout : nous ne nous sentons plus représentés. Face à ce constat, il y a urgence : la démocratie, ce n’est pas seulement une institution, c’est aussi la culture et elle aussi est menacée. Or créer du lien social, éviter la haine (de soi et des autres), les guerres, cela passe par la culture, bien sûr, par la littérature, par les moyens d’échanges non superficiels entre êtres humains.

Je vais parler de l’édition 2017 du festival, en commençant par les écrivains que je connais déjà.

Laurent Gaudé (Actes Sud)

Ecoutez nos défaites

Depuis 2004, avec Le soleil des Scorta (prix Goncourt), ce bel homme de 45 ans règne sur les lettres françaises du XXI ème siècle. Son œuvre (théâtre, romans, nouvelles) a une couleur particulière : il s’agit souvent de guerres, d’ouragans, de séismes dans les secousses desquelles ses personnages évoluent en conservant une part de mystère, d’insaisissable, d’intériorité qui est, à mon avis, sa signature.

Dans « Ecoutez nos défaites » il met en scène Hannibal (le Carthaginois), Grant (la guerre de Sécession) et Hailé Sélassié (le Négus) . Hannibal a -t-il vraiment perdu ? (on le connait beaucoup plus que son adversaire Scipion, l’ancien). Grant a-t-il vraiment gagné ? (Oui, mais la guerre a été une vraie boucherie). A travers ces exemples c’est le lien entre défaite et victoire que Laurent Gaudé explore et qui nous conduit à penser qu’il n’y a pas de vérité unique, que nous sommes le fruit de ces ces multiplicités, de ces ambiguïtés historiques. Nous sommes les enfants de ces courants contradictoires, de ces origines mêlées et notre identité est faite de ces équivoques.

Moi j’ai adoré «Dans la nuit Mozambique », un recueil de nouvelles hallucinées.

Russel Banks (Actes sud)

C’est un jeune homme de 77 ans qu’on ne présente plus tant il est connu, qui est venu nous parler de ses mariages (4), de ses voyages et surtout de ses engagements. Interrogé sur Trump, il répond que ses personnages (de roman) auraient certainement pu voter pour Trump. Il ne sert à rien de ridiculiser l’actuel chef du monde, car ce n’est pas efficace, il s’en fiche. Russel, qui a pris parti pour Bernie Sanders, qui appartient au Parlement des Ecrivains créé par Salman Rushdie, s'est donné pour mission d'établir aux États-Unis des lieux d'asile pour des écrivains menacés ou en exil.

J’ai beaucoup aimé les nouvelles de « Un membre permanent de la famille ».

 

Kamel Daoud (Actes sud)

Kamel Daoud est le fils d'un gendarme, seul enfant de sa famille à avoir fait des études. Après des études de mathématiques, il étudie la littérature à l'université. S'il écrit en français et non en arabe, c'est, dit-il, parce que « la langue arabe est piégée par le sacré, par les idéologies dominantes. On a fétichisé, politisé, idéologisé cette langue. »

Il a 47 ans et vit sous le coup d’un fatwa pour avoir dit, à l’émission de Ruquier en 2014 : « Je persiste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l'homme, on ne va pas avancer, a-t-il dit. La question religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu'on la tranche, il faut qu'on la réfléchisse pour pouvoir avancer. »

Mais, de plus, et de façon incohérente, il est accusé par des intellectuels français d’être islamophobe à cause de ses prises de position sur les viols du nouvel an à Cologne : Le

C’est un écrivain percutant, brillantissime, dans ses livres comme dans ses mots. J’ai lu « Minotaure 504 » (des nouvelles inspirées par ce que disent les chauffeurs de taxi à Alger), et « Meursault contre-enquête », récit absolument implacable qui invente qui était l’arabe (sans nom) tué par Meursault (le personnage central de l’Etranger de Camus).

Lui qui vit sous la menace et en Algérie, nous affirme : « Je ne crois pas qu’il soit possible de se désengager. Si je décris une chaise vide, personne ne pourra croire que je ne parle pas du président algérien. »

Drago Jancar (excellent écrivain slovène dont il a déjà été question ici). Il a 69 ans et il est publié chez Phébus.http://www.mesmauxdevie.com/2017/01/six-mois-dans-la-vie-de-ciril-de-drago-jancar.html

Hakan Gunday (prix Médicis étranger pour son roman « Encore », qui met en scène un passeur enfant de 9 ans, qui vend l’espoir européen aux migrants).

J’ai beaucoup aimé son roman Topaz dont j’ai fait une critique ici. C’est un écrivain turc de 41 ans, qui écrit sur des sujets de société et qui nous éclaire sur l’humour en Turquie. Il dit : « Il vaut mieux éviter le tourisme tout inclus. De ce produit-là, l’humanité est la seule exclue. Ceci étant si vous persistez, alors on vous vendra le rêve que vous voulez, et on fera tout pour que vous ne vous réveilliez jamais ».

Marina Lewycka. Elle est née de parents ukrainiens émigrés au royaume Uni après la seconde guerre.

Elle a un humour extraordinaire et j’ai adoré « Une brève Histoire du tracteur en Ukraine » et « Deux caravanes ». Son dernier roman brosse le portrait de Londres actuellement et son titre c’est « Rien n’est trop beau pour les gens ordinaires ».

Elle dit qu’on ne peut pas comprendre le Brexit si on ne connait pas la « bedroom tax : Certains locataires de HLM ont vu leur loyer augmenter depuis le 1er avril 2013 car, selon le gouvernement, ils disposent d'un appartement trop grand pour eux. Les critères utilisés par le gouvernement sont très contestés. Les locataires d’un logement social ont vu leur allocation réduite de 14 % s’ils ont une chambre inoccupée et de 25 % s’ils en possèdent au moins deux. S'ils ne paient pas, alors ils doivent libérer leur logement ou demander à être relogés dans un endroit plus petit.

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