Un conte normand à ma façon...

Publié le par CERISETTE

Un conte normand à ma façon...

Après les journées chaudes et ensoleillées de début avril, on dirait que l’hiver cherche à revenir: l’air est soudain glacial, le vent aigre, la pluie s’est réabonnée, les journées s’allongent dans la grisaille. "Depuis des semaines, j’essaye de travailler tous les soirs sans avoir pu écrire une page propre. Rien, Rien. Alors je descends peu à peu dans des noirs de tristesse et de découragement dont j’aurai bien du mal à sortir. Après mes sept heures de travaux administratifs , je ne puis plus me tendre assez pour rejeter toutes les douleurs qui m’accablent l’esprit….Je vois des choses farces, farces, farces et d’autres qui sont tristes, tristes, tristes, en somme, tout le monde est bête, bête, bête, ici comme ailleurs".

Et que dire de mon chef ? "Il commande, il en a le droit- et il se venge. Il parle haut, durement, insolemment , et les subordonnés s’inclinent".

Heureusement l’un de mes amis, propriétaire d’un ancien prieuré en Normandie, m’a fait signe. Voici venir les week-ends prolongés, de Pâques, du 1er mai, du 8 mai. « Pourquoi ne viendrais-tu pas faire une escapade en Normandie ? Mais je te préviens, ce que tu y trouveras, ce n’est pas la chaleur de l’été, c’est une météo si changeante que, dans la même journée, tu connaîtras les quatre saisons: le matin, tu te réveilleras dans la gelée et tu pourras contempler mes prés blanchis. Avec un peu de chance, tu verras quelques rayons de soleil sur mes pommiers en fleurs (mais dépêche-toi, les poiriers sont déjà verts), ensuite tu pourras prendre un thé dehors, sur ma terrasse, en tee-shirt, mais tu t’empresseras de rentrer avant l’averse dont les gouttes feront tinter les vitres de la véranda ».

Je suis parti pour quelques jours, désireux de rompre la monotonie de mes journées parisiennes. Et, avant de rejoindre le prieuré, j’ai voulu revoir Etretat, où je n’étais pas passé depuis longtemps. Mal m’en a pris, le temps s’est gâté, comme si l’hiver était effectivement revenu. "Le vent du nord soufflait en tempête, emportant par le ciel d’énormes nuages d’hiver, lourds et noirs, qui jetaient en passant sur la terre des averses furieuses. La mer démontée mugissait et secouait la côte, précipitant sur le rivage des vagues énormes, lentes et baveuses, qui s’écroulaient avec des détonations d’artillerie. Elles s’en venaient tout doucement; l’une après l’autre, hautes comme des montagnes, éparpillant dans l’air, sous les rafales, l’écume blanche de leurs têtes ainsi qu’une sueur de monstres".

Heureusement, le lendemain matin, seules quelques gouttes luisaient dans la lumière qui soulignait le rose des pommiers et le blanc des cerisiers parmi le vert dominant des prairies et des haies. la Normandie dans toute sa splendeur de printemps, bien pluvieuse et lumineuse, si rassurante, resplendissante, comme une invitation au voyage sur la mer toute proche.

Le prieuré de mon ami est une propriété cossue. "La cour, immense, entourée de cinq rangs d’arbres magnifiques pour abriter contre le vent violent de la plaine les pommiers trapus et délicats, enfermait de longs bâtiments couverts en tuiles pour conserver les fourrages et les grains, de belles étables bâties en silex, des écuries pour trente chevaux, et une maison d’habitation en brique rouge, qui ressemblait à un petit château'.

Oui , c’est une belle découverte au bout d’un chemin étroit enserré sous une voûte d’arbres et de haies. Mais que vais-je trouver dans ce séjour ? Ne vais-je pas m’y ennuyer ? Alors que je voulais précisément rompre pour quelques jours avec mon ennui parisien ?

« Ne te fais pas de souci, me rassure mon ami. Ici, aucune journée ne ressemble à la précédente. Il se passe toujours quelque chose. Tu trouveras toujours un château Renaissance à visiter, un porche d’église romane à contempler, et, surtout, n’oublie pas d’aller te recueillir sur la tombe de la mère Denis, oui, celle des publicités pour la lessive (il y a longtemps, c'est vrai). Et, quand tu auras absorbé ta dose de verdure et d’arbres fleuris, alors tu iras faire un tour vers la Grande Bleue sur les plages de Deauville-Trouville. C’est encore un peu tôt pour tâter des bains de mer mais tu pourras admirer les concours de cerfs-volants, les bords de mer venteux s'y prêtent magiquement."

Côté imprévu, il ne croyait pas si bien dire: le lendemain matin, branle-bas de combat, sous nos fenêtres, dans la pelouse, deux vaches se prélassaient en nous contemplant d’un air désabusé. Normal, me direz-vous ? Pas tout à fait, elles sont juste du mauvais côté de la barrière, à côté de la maison. Non seulement elles rechignent à repartir par le même chemin, mais elles veulent aller se promener sur la route d’accès. La route, c’est nous qui allons la prendre, avec mon ami, pour retrouver le propriétaire. Et, croyez-moi, nous ne sommes pas à Paris, les gens ne répondent pas dans la minute sur leur téléphone portable. Encore faut-il avoir suffisamment de réseau pour faire aboutir les appels !

Bref, une journée mouvementée qui m’a permis d’apprécier, le soir venu, un apéro convivial, et de retrouver aussi la ritournelle des infos sur notre élection présidentielle, les candidats, la préparation du débat de l’entre-deux-tours, et leurs promesses. A les entendre, nous allons connaître de véritables changements, une révolution, avec de profonds bouleversements en perspective.

Et, pourtant, quelques jours plus tard, quand j’ai repris mon travail administratif, espérant vivre des journées plus variées après cette élection, j’ai rapidement déchanté. "Notre ministre prenant possession de son département prononçait à peu près ces paroles devant les hauts fonctionnaires de son administration, les chefs et les employés : « et n’oubliez pas que j’exige votre estime et votre obéissance : votre estime, parce que j’y ai droit ; votre obéissance parce  que vous me le devez ». Cela sent-il assez l’autoritaire parvenu ?" Le voilà, le beau changement annoncé !

Mais…. Que se passe-t-il ? Où suis-je ? Ah… la télévision ce soir, qui n’arrête pas de diffuser son lot d’anecdotes banales et de « scoops » bidon sur les dernières péripéties de la campagne électorale. Eh bien, elle a fini par m’endormir ! et, comme j’avais commencé à lire un récit de Guy de Maupassant, mon esprit est parti vagabonder dans ces beaux paysages normands.

Vivement la fin du suspens! Ce soir, je crois que je vais me coucher de bonne heure !!!!

signé: Momo, employé de bureau parisien fatigué, juste avant LE DEBAT, et avec l'aide de Guy de Maupassant

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