Je danserai si je veux (film de Maysaloun Hamoud)

Publié le par CERISETTE

Je danserai si je veux (film de Maysaloun Hamoud)
Je danserai si je veux (film de Maysaloun Hamoud)
https://youtu.be/Z3jahOV5Ap0

Ah quel bon film ! Voilà qui est bien écrit, bien filmé, qui fait penser et qui ne se présente pas non plus comme un traité, ni une démonstration.

Tout d’abord un mot sur la réalisatrice : c’est une Palestinienne israélienne de 35 ans (il y a 20 % de la population israélienne qui est palestinienne, et attention aux clichés, tous les palestiniens ne sont pas musulmans). Le producteur du film s’appelle Shlomo Elkabetz et c’est un Israélien juif. Le film est dédié à l’immense actrice Ronit Elkabetz, morte l’an dernier à 51 ans, d’un cancer et qui devait être la femme de Schlomo.

L’histoire ?

Deux femmes palestiniennes vivent à Tel Aviv dans un appartement partagé. Elles attendent l’arrivée d’une troisième co-locataire, envoyée par la précédente, partie à Jaffa se marier.

L’une d’elle est chrétienne. L’autre est musulmane, avocate, très débrouillarde, tandis que la première galère un peu, et vit la nuit : elle est DJ, serveuse. Des filles normales, quoi ! Elles fument, elles boivent, sortent, font la fête, comme tant d’autres, comme partout. Il faut s'enlever de la tête nos clichés sur le monde arabe, les filles essaient de trouver leur voie, la religion n’y fait rien. Il n'y a pas que des collets montés, des femmes soumises, sans autre univers que la famille. Il ay a aussi des femmes éduquées et qui entendent assurer leur indépendance.

Arrive la troisième, voile bien serré autour de la tête. Layla et Salma vont donc partager leur appartement avec Nour, musulmane traditionnelle, jeune femme studieuse, un peu grassouillette, au visage de bébé, qui annonce très vite, avoir un fiancé et qui se montre aussi bonne en cuisine qu'en informatique.

Malgré les modes de vie aux antipodes, les filles s’entendent bien.

Le film est parlé en hébreu et en arabe, et les personnages switchent dans les deux langues sans aucune difficulté. Tel Aviv est peut-être une des rares capitales où il existe des communautés alternatives. On n’est pas toutefois dans le monde des bisounours. Le racisme est assez ordinaire, et malgré les multiplicités des langues, on est prié assez brutalement de s’exprimer en hébreu et pas en arabe. C’est le cas de Salma, la chrétienne, qui se fait virer du restaurant où elle travaille parce qu’elle parle arabe.

Mais les femmes sont solidaires, bien au-delà de leurs différences, et de leurs choix. Elles sont résolument solidaires parce que la société est conservatrice et que leur liberté menace l’ordre des choses (comme toujours, la liberté des femmes est une bombe nucléaire !)

La réalisatrice dit :

« Pour moi, la sororité est l’essence du film et la clé pour changer les choses. Si on ne comprend pas ça, rien ne bougera. Il est important aussi de se rappeler qu’avant nous, il y a eu d’autres personnes qui se sont battues pour les droits dont nous jouissons aujourd’hui, et que nous, on ne fait que reprendre le flambeau. En France aussi, les femmes sont divisées, notamment sur la question du voile : j’espère qu’elles iront voir mon film! Les femmes sont plus fortes ensemble, quelle que soit leur définition du féminisme. La sororité est encore un long combat mais on progresse. »

 

Pour moi, l’essentiel de ce film c’est la recherche de la liberté de chacune. Bien au-delà des religions qui ne sont pas en cause, ce sont les règles sociales rigides qui brisent les êtres humains, c’est la loi du père, du fiancé, du copain, c’est la loi des hommes qui divise la société et l’empêche d’évoluer.

La liberté des femmes est tout simplement insupportable. Mais cette liberté est LA solution aux maux de l'époque.

Et sans jamais en user elles-mêmes, les filles subissent la violence, la pure violence physique et psychologique parce qu’elles ne veulent pas se conformer à la règle. Elle se font violenter, violer…mais elles se relèvent, elles relèvent la tête et décident de continuer leur chemin. Elles ne remettent en question ni leur attachement à leurs parents, ni leurs choix de vie, elles ne sont pas des révolutionnaires acharnées, elles veulent juste vivre tranquillement leurs vies.

Le titre est mal traduit en français. En VO, l’affiche est écrite à la fois en arabe et en hébreu. En arabe, le film s’appelle Bar Bahar, qui signifie “terre et mer”, en hébreu, il est intitulé Lo cham, Lo po pour “pas ici, pas là-bas”.

Autrement dit, « je cherche ma voie », je ne veux pas de la direction imposée, sans être nécessairement une révoltée, une femme agressive, sans me renier moi-même, au contraire.

Je recommande vivement d’aller voir ce beau film optimiste, et je souligne, que malheureusement , sa réalisatrice est sous le coup d’une fatwa !

Je danserai si je veux (film de Maysaloun Hamoud)
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