Dans un jardin parisien

Publié le par CERISETTE

Dans un jardin parisienDans un jardin parisien

Belle journée de printemps aujourd’hui.

Mon jardin est jaune et mauve.

Jaune des giroflées que je dois soutenir avec des étais, tellement elles ploient dans leur odeur de miel, tiges trop hautes, trop grandes, trop fleuries. La vie bourdonne autour d'elles.

Mauve des tulipes, les plus bêtes des fleurs corolles, qui se contentent d’être habillées, rigides sur leur pied, distinguées mais froides et lointaines, inaccessibles aux parfums. Allez donc, grandes dames, dans vos gants violets...

Les narcisses ne sont pas encore fanés mais ce sera pour bientôt, les pétales se froissent, comme du papier mâché.

Les lilas penchent, trop lourds comme tous les ans, et leurs grappes aux étoiles baissent la tête, réclamant l’eau jusqu’au soir, où petit à petit la force reprend dans les dédales des branchages.

Tout ce petit monde respire autour de moi. Je lis avec nonchalance, dans les traversées d’abeilles, les allées et venues des insectes, les musiques d’oiseaux parisiens. Moineaux, mésanges (bleues sur la tête ou charbonnières au ventre jaune), petites perruches, rouge-gorge, hirondelles, étourneaux.

Une cohorte de fourmis se dirige à un point précis, en haut du mur. La colonne se déplace selon une oblique parfaite du sol au plafond.

Tout est si calme !

Je suis à Paris, le monde grouillant des voitures, magasins, foules pressées n’est pas loin, mais on le devine, on ne l’entend pas ; c’est une présence rassurante, je ne vis pas dans la pampa, les autres, la cohue, l’agitation et les contacts que je pourrais désirer avoir se sentent, à portée de main, de voix, non d’appel, je ne suis pas seule. Je pourrais sortir, si je voulais, je pourrais m’engouffrer dans le métro, je pourrais visiter Paris sous le soleil, c’est si joli vers Le Louvre, ou le quartier latin, ou Beaubourg, ou flâner dans Le Marais.

Mais non, ce sera pour plus tard, pour ce soir, tiens, il y a un spectacle à l’Odéon. Demain j’écrirai mes commentaires.

Maintenant je lis à l’ombre du cerisier, et je me demande si le beau temps va durer suffisamment pour qu’on ait des cerises cette année. L’an dernier, il a plu au mauvais moment, et nos fruits étaient tous tombés encore à moitié verts.

Quel beau printemps ! il n’y a pas de saison plus luxueuse que le printemps. Ni trop chaud, ni trop froid, la clarté du soleil comme au mois d’août, mais un soleil plus pétillant, plus acide, plus stimulant qu’au mois d’août, la paresse qui commence à se faire sentir, la grasse paresse, aux chants d’oiseaux, à l’eau bien fraîche….pas de suffocation, mais un petit frisson dans le fond de l’air, une sorte d’hésitation du beau fixe, un tremblement immobile, une attente.

Il va falloir ranger, il va falloir s’y mettre…plus tard. Je suis abritée dans ce jardin, mais à demi réveillée aussi, à demi en action, pas encore..mais presque.

Encore une pensée pour ceux qui vivent dans mon cœur, mes enfants qui vivent le printemps de leurs vies..., j’espère leur avoir donné le goût pour les émerveillements. Non, pas la passion trop envahissante, trop lourde, entêtante, mais la saveur des choses, le goût de la découverte du monde, la curiosité sans fond. L’élan, la fougue, la soif…l’envie de connaître, une légère ivresse (voir, écouter, sentir) qui accompagne le regard et l’oreille.

Je n’avais rien à dire aujourd’hui, juste à vivre, et à partager ce moment de printemps à Paris.

La citation ci-dessous m’a toujours émue, elle est très connue.

Colette, Sido ou les vrilles de la vigne

« Peu de jours après, je trouvais ma mère sous l’arbre, passionnément immobile, la tête à la rencontre du ciel d’où elle bannissait les religions humaines…

- Chut ! … Regarde…

Un merle noir, oxydé de vert et de violet, piquait les cerises, buvait le jus, déchiquetait la chair rosée…

- Qu’il est beau ! … chuchotait ma mère. Et tu vois comme il se sert de sa patte ? Et tu vois les mouvements de sa tête et cette arrogance ? Et ce tour de bec pour vider le noyau ? Et remarque bien qu’il n’attrape que les plus mûres…

- Mais maman, l’épouvantail…
- Chut ! … L’épouvantail ne le gêne pas…
- Mais, maman, les cerises ! …

Ma mère ramena sur la terre ses yeux couleur de pluie :

- Les cerises ? … Ah ! oui, les cerises… »

 

Je penserai plus tard à tout se ce qui se prépare, les élections, le travail...

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Publié dans Humeurs

Commenter cet article

Claire-Marie 15/04/2017 09:30

Génial cet article ! Merci pour ce petit moment de bonheur partagé. Oui, je connais ce jardin, oui, chacune de ces fleurs je les ai vues mais rien ne remplace ton regard, tes sensations, tes pensées... c'est drôle, maintenant je me sens chanceuse d'avoir entrevu un petit coin du paradis....

lombart.s@wanadoo.fr 14/04/2017 17:03

Profite ma belle un maximum de ces beaux jours.