Le fantastique et moi...

Publié le par CERISETTE

Le fantastique et moi...

Je viens d’entendre le nom de Tzvetan Todorov, hélas pour déplorer son décès (le 7 février 2017).

Et un grand pan (PAN, pan !) de ma jeunesse m’arrive comme un coup de poing. (C’est la mode et moi aussi j’encaisse).

Avec Gérard Genette, Noam Chomsky, Roman Jakobson, Vladimir Propp, c’était tout le monde des intellectuels littéraires des années 1970 que je côtoyais…dans mes lectures, dans mes universités, dans mes déambulations artistiques et sociales : waouh ! la sémiologie, le structuralisme, la psychanalyse des contes de fées, la construction du récit, la linguistique, le signifiant et le signifié, les mythes, tout nous faisait « signe ».

Avec les monstres sacrés qu’étaient Barthes (Roland), Foucault (Michel) , Aron (Raymond), Deleuze (Gilles) , Guattari (Félix), Bourdieu (Pierre), je me suis régalée de lectures compliquées et de concepts obscurs, de théories et de textes où il fallait quasiment apprendre une nouvelle langue tant le vocabulaire était abscons et complexe.

Beaucoup de ces grands profs enseignaient à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, si bien localisée dans le boulevard Raspail. (Je ne sais pas si elle s’y trouve encore)

Je cite Charles Sanders Pierce :

« L'icône rompt le contact avec la chose en faisant émerger une image d'elle par ressemblance ou par analogie. Le symbole s'extrait de la ressemblance ou de l'analogie pour produire un signe symbolique qui prend signification en excluant tous les autres. »

Ça semble pas un peu capillitracté ?

Ou Gérard Genette (Figures III)

« La diégèse est l'univers spatio-temporel désigné par le récit. »

Je passe la transtextualité (oui, oui), la métalepse, l’immanence de l’œuvre, les noèmes (oui, oui)….

Non ? Si ? et quand je pense qu’on s’était moqué des femmes savantes !

Mais au moins, on était dans une époque créative !

Et nos intelligences étaient stimulées par des discussions pleines de sens, car, à chaque fois, nous étions bien conscients d’entrer sur la scène politique. Tout était politique, (c’est vrai, cela reste vrai) mais il faut bien reconnaitre qu’on ne risquait pas de faire mal à une mouche avec nos phonèmes, uchronies, percepts, espaces haptiques et autres bizarreries langagières à la mode d’alors. Que celles et ceux qui ont une dent contre ces années 1970 le comprennent bien : nous n’étions pas des enragé(e)s prêt(e)s à toutes les transgressions et complètement égarés dans nos folies de toutes natures. Nous étions surtout, et avant tout, de jeunes curieux pleins de vitalité et c’était notre tour de reconstruire le monde. On s’attardait beaucoup dans des dédales conceptuels, qui, faute de déboucher sur du concret, avaient le mérite d’exercer notre cerveau aussi bien, (et peut-être mieux ?) que les addictions actuelles au smartphone, non ?

Pour ma part, et c’est là que je voulais en venir, je garde de Tzvetan Todorov, toute mon admiration pour ses théories (pas fumeuses du tout) sur la littérature fantastique.

En gros et sans le soutien de mon ami de Wikipédia, juste de mémoire, je me souviens qu’il s’agissait de départager ce qui relève du fantastique de ce qui relève du merveilleux, du fabuleux, de la science-fiction de l’horreur ou du conte de fées.

En soi, ce n’est pas vraiment important de faire cette différence, sauf si, comme moi, on se plait à lire du « fantastique », du vrai et pas autre chose et qu’on n’est pas bien comprise par ses lecteurs (trices) et interlocuteurs (trices), ami-e-s, copains (non je ne vais pas écrire p…., mais copines, en entier).

Donc le fantastique, c’est quand on hésite entre une explication naturelle (le type a eu une hallu, c’est un fou, il projette ses angoisses) et une explication surnaturelle (il y a bien eu une mystérieuse disparition d’un objet, « quelqu’un » de non -humain est intervenu, il y a une main invisible…qui ne peut pas être entrée par la porte, comme tout le monde parce que cette main vient d’un être extra-naturel, d’un fantôme, d’un revenant).

On classe donc dans cette catégorie mes meilleures lectures (citées de mémoire aussi) :

Victor Hugo (La Conscience)

Guy de Maupassant (le Horlà, La Chevelure)

Jules Barbey D’aurevilly (Les Diaboliques)

Honoré de Balzac (La peau de chagrin)

Alexandre Pouchkine (La Dame de Pique)

Jorge Luis Borgès (tout Borgès)

Julio Cortazar (Les Armes secrètes)

Voilà ce qu’en dit Wikipédia mieux que moi :

« Le texte fantastique est par nature ambigu et demande à être interprété correctement. Les auteurs ont donc souvent recours à des techniques narratives qui conditionnent le lecteur. Les textes courts (contes et nouvelles) qui permettent de maintenir la tension dramatique sont privilégiés. Il est souvent fait appel à un narrateur, parfois redoublé d'un second narrateur qui introduit le récit et le met à distance. Le lecteur du texte fantastique se retrouve face à un choix paradoxal : soit il fait confiance au narrateur et accepte la version « surnaturelle », et alors le texte devient évidemment une fiction ; soit il préfère une explication « rationnelle » qui ramène le texte dans le champ du réalisme, mais alors il doit mettre en doute la crédibilité du narrateur. »

Et je termine cette séquence souvenir avec un poète gothique, Aloysius Bertrand. (juste quelques vers…)

« Un rêve

J'ai rêvé tant et plus, mais je n'y entends note.
Pantagruel, livre III.

Il était nuit. Ce furent d'abord, - ainsi j'ai vu, ainsi je raconte, - une abbaye aux murailles lézardées par la lune, - une forêt percée de sentiers tortueux, - et le Morimont(*) grouillant de capes et de chapeaux.

Ce furent ensuite, - ainsi j'ai entendu, ainsi je raconte, - le glas funèbre d'une cloche auquel répondaient les sanglots funèbres d'une cellule, - des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque fleur le long d'une ramée, - et les prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnent un criminel au supplice.

Ce furent enfin, - ainsi s'acheva le rêve, ainsi je raconte, - un moine qui expirait couché dans la cendre des agonisants, - une jeune fille qui se débattait pendue aux branches d'un chêne, - et moi que le bourreau liait échevelé sur les rayons de la roue…. »

 

 

Voilà ce que ce génie de Todorov, m’a rappelé, mais il a écrit bien d’autres essais que celui qui concerne la littérature fantastique et je vous invite, mes amis-es que j’ai déjà perdu-es dans cette lecture, à le découvrir, si ce n'était pas votre propre madeleine de Proust comme moi.

Le fantastique et moi...Le fantastique et moi...

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