Ras le sein (Marie Claude Barbin)

Publié le par CERISETTE

Ras le sein (Marie Claude Barbin)

Je viens d’apprendre le décès de GUY CORNEAU, psychanalyste et auteur de « REVIVRE »  (décédé à Montréal le 5 janvier 2017), où il raconte sa bataille miraculeuse contre un horrible cancer de la paroi de l’estomac. Je me dois de lui rendre hommage, c’était un homme extraordinaire et c’est pourquoi je publie cette analyse d’un livre témoignage récent sur le cancer du sein.

Super surprise ! voilà une râleuse comme moi !

Elle fait partie de celles que la médecine adore (lol) , affiliée à une mutuelle dont le nom commence par MG..et se termine par EN: c’est une ancienne enseignante à la retraite, elle a l’esprit critique, le cerveau délié, et la plume acérée. Tout ce que j’aime pour ma part.

C’est drôle que je vienne de lire deux témoignages coup sur coup dont les auteures habitent la belle Ile Bourbon, notre DOM de l’Océan Indien, l’ile de La Réunion.

La précédente était journaliste, celle-ci est (aujourd’hui encore ?) psychologue clinicienne auprès des victimes de violence, après avoir été professeure des écoles. Mais elle ne se laisse pas faire, on voit que c’est une femme de combat, une révoltée, une indignée. Une comme moi en quelque sorte !

Je l’aime, celle-là, vraiment !

Son histoire est simplissime : un dépistage de routine, une vieille mastose bien commune, une classification en nomenclature douteuse (classement en suspect soit ACR3), une biopsie, puis une autre pour confirmer, un scanner, résultat:  un nodule (carcinome infiltrant) .

Et s’en suit tout le parcours de la pauvre combattante : chirurgie, radiothérapie et hormonothérapie.

Elle échappe à la chimio, tant mieux pour elle.

Mais ce qui est intéressant, c’est son expérience du milieu médical, expérience qui rejoint largement la mienne.

D’abord le supplice de « l’omelette baveuse », mille fois raconté par les humoristes femmes, il me semble, et qui consiste à aplatir votre sein entre deux plaques vissées au plus serré : c’est la mammographie. Bizarrement, quand il y a un doute, il y a des bugs, la machine ne marche plus très bien , la radiologue a besoin de confirmer son cliché et hop on recommence dans un sens, l’autre, en biais, à droite et à gauche. Les seins en ressortent transis, aussi fripés que le moral de la patiente…

Ne bougez plus, ne respirez plus ! « A la place de mon jeune et séduisant radiologue, officiait ce jour là un vieil homme, disons hyperactif, au comportement si perturbé que l’on était en droit de se demander ce qu’il avait fumé au petit déjeuner ».

Puis visite chez le chirurgien : « Je ne peux pas gérer votre angoisse .Allez vous faire aider.»

Plus vrai que vrai, ce genre de réflexions !

Ensuite l’empathie de nos semblables : « Ne t’en fais pas. Ma mère/sœur/tante..est passée par là, on en guérit très bien ».

Enfin le bloc opératoire qui « grouillait d’hommes verts comme un ruche martienne ».

Elle se retrouve avec 11 ganglions en moins et l’humiliation, elle psychologue clinicienne de devoir demander la visite d’une psy de l’hôpital, ne sachant plus « à quel sein se vouer », devant le silence glacial du monde médical.

Elle se rend ensuite aux 33 séances de Kepler 452b (l’appareil de type monocle dans lequel la patiente est insérée pour les séances de rayons), et son cortège de brûlures à soigner avec Dexeryl, le langage codé du radiothérapeute, le sein qui devient tout noir et tout gonflé.

Enfin l’hormonothérapie :

« La patiente ne l’était plus guère. Après des mois de parcours du combattant, je flanchais devant cette recrudescence de souffrances et d’inquiétudes. Les nerfs à vif, j’avais envie d’être rassurée par des explications claires enrobées d’un minimum d’empathie : pas d’entendre les formules impersonnelles voler au-dessus de ma tête, l’un des médecins s’adressant à l’autre comme si je n’étais moi-même qu’un élément du décor ».

« Heureusement la « patiente » pouvait se former toute seule du moment qu’elle savait lire ».

« On aimerait nous faire croire que le monde est composé d’individus qui savent ce qui est bon pour autrui, et d’ignares qui le subissent, passifs ; Ceux qui savent sont animés d'un sentiment de toute puissance.  Ceux qui ne savent pas sont doublement vulnérables car soumis aux diktats des bien-pensants »

"Les patientes doivent se fondre dans le moule, comme à l’école. Tant pis pour les anxieuses, les atypiques, les hypersensibles, les hyper-réactives et tout ce qui sort de la norme ! »

Cette femme n’est pas du tout unique, et je pourrais citer son livre en entier tant il est réaliste.

Je conclus, comme elle, en déplorant l’absence de lieux de paroles jugés trop chers à organiser, si j’en crois ce que l’on m’a dit de mon côté, alors que les médicaments anti-cancer ont un coût prohibitif (mais c’est l’industrie du médicament, pas touche) et que les fonds pour la recherche sur le cancer sont gigantesques et depuis des décennies !

Bref, celles et ceux qui ont traversé cette expérience comprendront.

Publié dans santé

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